LES PRINCIPAUX ÉCONOMISTES
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AFTALION Albert

AGLIETTA Michel

AKERLOF Georges

ALLAIS Maurice

AZARIADIS

BARRO Robert

BASTIAT Frédéric

BAUMOL

BECKER Gary

BENTHAM

BERNOULLI

BEVERIDGE

BISMARK

BODIN

BÖHM-BAWERK

BOURDIEU

BOYER

BUCHANAN

 

 

CALVIN

CHAMBERLIN

CLARK

COASE

COLBERT

CONDILLAC

COURNOT

COVARRUBIAS (de)

 

 

DUESENBERRY

 

 

 

 

EDGEWORTH

ENGEL

 

 

 

FISHER Irving

FITOUSSI Jean-Paul

FOGEL Robert

FOURASTIÉ Jean

FRIEDMAN Milton

FRIEDMAN (David)

 

GALBRAITH

GIFFEN

 

HAAVELMO

HARROD

HAYEK (von)

HECKSCHER

HICKS

HIRSCHMAN

 

 

 

KAHN

JEVONS

 

 

 

KALDOR

KEYNES

KLEIN

KUZNETS

 

LAFFER

LAFFEMAS

LÉNINE

LEWIS

LIST

LUCAS

 

 

 

 

MALINVAUD

MARKOVITZ

MALTHUS

MARSHALL

MARX

MEADE

MENGER

MILLER

MISES (von)

MILL

MODIGLIANI

MONTCHRESTIEN (de)

MUN

MUSGRAVE

MUNDELL

MYRDAL

 

 

 

 

NORTH

 

 

 

OHLIN

OLIVENNES

OLSON

 

 

PARETO

PERROUX

PETTY

PHILLIPS

PIGOU

PIKETTY

POLANYI

 

 

RAWLS

QUESNAY

 

 

 

 

RICARDO

ROBINSON

ROMER

ROSA

ROSANVALLON

RUEFF

 

 

 

 

SAINT-ÉTIENNE

SALIN

SAMUELSON

SAUVY

SAVAGE

SAY

SCHLUTZ

SCHUMPETER

SEN

SIMON

SIMONNOT

SISMONDI

SMITH

SRAFFA

STEUART

STIGLITZ

 

 

 

 

TAYLOR

TINBERGEN

TOBIN

TURGOT

 

VEBLEN

 

 

 

 

WALRAS

WEBER

WICKSELL

WICKSTEED

WIESER (von)

WILLIAMSON

 


LA CHRONOLOGIE DES PRINCIPAUX ÉCONOMISTES

ALONSO DE COVARRUBIAS
(Espagne, 1488-1570)

Jean Cauvin CALVIN
(France, 1509-1564)

Jean BODIN
(France, 1529-1596)

Barthélemy de LAFFEMAS (France, 1545-1612)

Antoine de MONTCHRESTIEN (France, 1575-1621)

Thomas MUN
(Angleterre, 1571-1641)

 

 

 

Jean-Baptiste COLBERT (France, 1619-1683)

William PETTY
(Angleterre, 1623-1687)

François QUESNAY
(France, 1694-1774)

 

 

 

Daniel BERNOULLI
(Suisse, 1700-1782)

CONDILLAC (Étienne BONNOT de) (France, 1715-1780)

Adam SMITH
(GB, Écosse) (1723-1790)

 

 

 

Anne Robert TURGOT
(France, 1727-1781)

James STEUART
(Angleterre,

Jeremy BENTHAM
(Angleterre, 1748, 1831)

Thomas Robert MALTHUS
(Angleterre, 1766-1823)

Jean-Baptiste SAY
(France, 1767-1832)

David RICARDO
(Angleterre, 1772-1823)

Jean-Charles Léonard Sismonde de SISMONDI (CH, 1773-1842)

 

 

Frédéric LIST
(Allemagne, 1789-1846)

Frédéric BASTIAT
(France, 1801-1850)

Antoine Augustin COURNOT (France, 1801-1871)

 

 

 

John STUART-MILL
(Angleterre, 1806-1873)

Otto von BISMARK
(Allemagne, 1815-1898)

Karl MARX
(Allemagne, 1818-1883)

 

 

 

Ernst ENGEL
(Allemagne, 1821-1896)

Léon WALRAS
(France, 1834-1910)

Stanley JEVONS
(GB, 1835-1882)

Sir GIFFEN
(GB, 1837-1910)

Carl MENGER
(Autriche, 1840-1921)

Alfred MARSHALL
(Angleterre, 1842-1924)

Francis EDGEWORTH (Irlande, 1845-1926)

Vilfredo PARETO
(Italie, 1848-1923)

 

 

 

Eugen Von BÖHM-BAWERK (Autriche, 1851-1924)

Friedrich von WIESER (Autriche, 1851-1926)

Frederich Winslow TAYLOR (ÉUA, 1856-1915)

 

 

 

Tornstein VEBLEN
(ÉUA, 1857-1929)

WICKSTEED

Knut WICKSELL
(Suède 1859-1926)

 

 

 

Max WEBER
(Allemagne, 1864-1920)

Irving FISCHER
(ÉUA, 1867-1947)

Edward CHAMBERLIN
(ÉUA, 1867-1967)

 

 

 

Albert AFTALION
(France, 1874-1956)

LÉNINE (Vladimir Ilitch Oulianov, Russie, 1870-1924)

Richard KAHN
(GB, )

 

 

 

Artur Cecil PIGOU
(Angleterre, 1877-1959)

William BEVERIDGE (GB,1879-1963)

Eli HECKSHER
(Suède, 1879-1952)

 

 

 

Ludwig von MISES
(Autriche, 1881-1973)

John Maynard KEYNES
(Angleterre, 1883-1946)

Joseph Alois SCHUMPETER
(Autriche, 1883-1950)

 

 

 

John Maurice CLARK
(??1881-1963)

Karl POLANYI
(Hongrie, 1886-1964)

 

 

 

 

Friedrich von HAYEK
(Autriche, 1889- 1992)

Jacques RUEFF
(France, 1896-1978)

Pierro SRAFFA
(1898-1983)

 

 

 

Alfred SAUVY
(France 1898-1990)

Gunnar Karl MYRDAL
(Suède, 1898-1987) NOBEL 1974

Bertil OHLIN
(Suède 1899-1979)

ÉCONOMISTES DU XXème siècle

Roy HARROD
(GB, 1900-1978)

Simon KUZNETS (Nobel 1971)
(Ukraine, 1901 - ÉUA, 1985)

Theodore SCHULTZ
(ÉUA, 1902- ?) Nobel 1979

 

 

 

Joan ROBINSON
(GB, 1903-1983)

François PERROUX
(France, 1903-1987)

Jan TINBERGEN
(Hollande, 1903-1994) Nobel 1969

 

 

 

John HICKS
(GB, 1904-1989)
Nobel 1972

James MEADE
(GB, 1907- ?)
Nobel 1977

FOURASTIÉ Jean
(France, 1907-1990)

KALDOR
(1908-1986)

 

 

A. W. PHILLIPS
(GB, ?)

Richard MUSGRAVE
(Allemagne, 1910. États-Unis, )

Trygve HAAVELMO
(Norvège, 1911-1999)
Nobel 1989

 

 

 

Arthur LEWIS
(ÉUA, 1915-1991).

Nobel 1979

James TOBIN
(ÉUA, 1918-2001)
Nobel 1981

Merton MILLER
(ÉUA, 16/05/1923 - 03/06/2000).

Nobel 1990

John RAWLS
(États-Unis, -2002)

Pierre BOURDIEU (France, 1930 - )

 

 

 

 

 

 

ÉCONOMISTES VIVANTS

 

 

 

John Kenneth GALBRAITH
(États-Unis, 1908- )

Ronald COASE
(Angleterre, 1910- )

Maurice ALLAIS
(France, 1911- ) Nobel

 

 

 

Milton FRIEDMAN
(États-Unis, 1912- ) Nobel 76

Paul-Anthony SAMUELSON
(ÉUA, 1915- ).
Nobel 1970

Herbert Alexander SIMON
(ÉUA, 1916-)

 

 

 

J. S. DUESENBERRY
(ÉUA, 1918- )

Franco MODIGLIANI (ÉUA, 1918- ) Nobel 1985

 

 

 

Lawrence R. KLEIN
(ÉUA, 1920- ) Nobel 1980

Douglass C. NORTH
(ÉUA, 1920- ) Nobel 1993

Edmond MALINVAUD
(France, 1923- )

 

Gary Stanley BECKER
(ÉUA, 1930- ) Nobel 1992

 

Olivier WILLIAMSON
(ÉUA, 1932-)

Robert LUCAS
(ÉUA, 1937- ) Nobel 1995

Michel AGLIETTA
(France 1939- )

Jean-Paul FITOUSSI
(France, né à Tunis, 1942-)

 

 

 

Robert BOYER
(France, 1943 - )

Robert BARRO
(ÉUA, 1945-)

Paul ROMER
(ÉUA, 1956- )

 

 

 

James BUCHANAN
(ÉUA, ?)

Arthur LAFFER
(États-Unis, 1941 )

Harry MARKOWITZ
(ÉUA, ?)   NOBEL 1990

 

 

 

Mancur OLSON

 

Robert MUNDELL
(CANADA, ?) Nobel 1999

Denis OLIVENNES
(France, ?)

Thomas PIKETTY
(France, ?)

Jean-Jacques ROSA
(France, ?)

Pierre ROSANVALLON
(France, ?)

Christian SAINT-ÉTIENNE (France, ?)

Pascal SALIN
(France, ?)

Philippe SIMONNOT
(France, ?)


Les principaux ÉCONOMISTES

classés par ordre alphabétique

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Albert AFTALION (France, 1874-1956)
1913 : "Crises périodiques de surproduction ", ouvrage dans lequel il met en évidence l'accélérateur à partir d'une analyse de l'industrie textile. Il met exergue l’effet accélérateur
1922 : "Les fondements du socialisme "

De tendance réformiste, il a étudié le cycle des affaires, expliquant les crises économiques par un accroissement de la demande de biens de production plus important que celle des biens de consommation.
L'allongement du
détour de production (cf Bôhm-Bawerk) permet d'accroître la productivité du travail mais présente le défaut de favoriser périodiquement un phénomène de "surcapitalisation" qui précipite une crise de surproduction. Pour effectuer sa démonstration littéraire, il a utilisé la parabole du poêle à charbon par laquelle il compare l'économie à une pièce chauffée au charbon. Quand l'occupant a froid, il garnit le poêle et il faut un certain temps avant que le charbon ne brûle. Quand la combustion est au plus haut point, il fait très chaud dans la pièce et on n'ajoute plus de charbon jusqu'au moment où le feu tombe ainsi que la température et qu'il faut alors recharger le poêle.
Il y a un décalage entre le cycle de l'activité économique et l'investissement. C'est l'effet d'accélération.

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Michel AGLIETTA (France 1939- )

1976, "Régulation et crise du capitalisme"
Avec Robert BOYER, il est un des fondateurs de
" l’école de la régulation " qui peut être présentée comme une analyse de la crise du fordisme.

"L’innovation technologique commence à irriguer l’économie et favorise la montée des services. Avec les technologies actuelles, ce sont l’initiative et l’adaptation des personnes qui sont valorisées. Les personnes n’appartiennent plus à une équipe, elle est en relation avec des clients dont elle a la responsabilité.

Elles n’ont plus la garantie de l’emploi, mais elles reçoivent une part des profits sous la forme de participation, d’intéressement ou de stock-options pour les cadres dirigeants. Le partage des responsabilités s’est accompagné du partage des profits. Dans les dernières années, c’est l’extension formidable de cet actionnariat populaire qui a soutenu la consommation américaine : les profits des entreprises valorisent les actions et le patrimoine des ménages, qui consommant alors davantage et augmentent, augmentent leurs profits : un cercle vertueux, exactement comme au temps du fordisme, mais de nature différente. " in L’Expansion N°589 du 21 janvier 1999.

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Georges AKERLOF

"The market for lemons: quality uncertainety and the market mechanism", 1970.

En 1970, ce livre sur les voitures d'occasion analyse la dynamique de sous-information d'une des parties d'un contrat ("The market for lemons: quality uncertainety and the market mechanism").
Le vendeur connaît l'état des voitures, mais l'acheteur non. Il peut ne pas y avoir de transaction, alors que les deux parties y auraient eu intérêt. Ce type d'asymétrie d'information trouve un développement au sein de la théorie de l'agence, dans les rapports entre mandataires et mandants.

Le phénomène de l'anti-sélection, reposant sur une asymétrie d'information, se concrétise, dans le domaine des assurances. On arrive à des situations de blocages, ou encore d'anti-sélection (sélection adverse) : en effet, dans le cas assureur-assuré, il se peut que le premier sélectionne l'individu le plus risqué pour signer un contrat, car l'assuré potentiel peut avoir retenu de l'information sur son passé de conducteur. En fait, ce sont les individus les plus "à risque" qui ont tendance à se sur-assurer, ce qui est défavorable à l'assureur, à qui il manque des éléments d'information. Une partie de la théorie des contrats se propose de déterminer les types de contrats qui permettront aux deux parties d'avoir accès à l'information.
L'anti-sélection est source d'inefficience, car elle empêche que se nouent des relations mutuellement bénéfiques.
Cette "défaillance de marché" est un élément de plus dont disposent les théoriciens néoclassiques pour expliciter les raisons pour lesquelles l'équilibre général et auto-régulateur est parfois rompu.
Cette nouvelle approche admet une certaine réhabilitation du rôle de l'Etat, dont l'intervention devient source d'efficience.

Le site de l'auteur : http://www.elsa.berkeley.edu/users/akerlof/
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Maurice ALLAIS
(France 1911- )

Néoclassique qui récuse des hypothèses importantes du modèle de Walras.
Convaincu qu'il est possible de trouver dans l'économie les mêmes régularités que dans les sciences physiques, il se propose de reconstruire la science économique moderne sur des bases plus réalistes et plus rigoureuses.

En 1943, il publie "À la recherche d'une discipline économique" (réédité en 1994 par les éditions Clément-Juglar sous le titre "Traité d'économie pure"), livre dans lequel il démontre ce qu'il appelle les théorèmes d'équivalence : "Toute situation d'équilibre d'une économie de marché est une situation d'efficacité maximale, et réciproquement, toute situation d'efficacité maximale est une situation d'équilibre d'une économie de marché".

En 1947, il publie "Économie et intérêt" (réédité en 1998 par les éditions Clément-Juglar) livre qui traite du problème de l'intérêt. Il n'y perd jamais de vue les deux faces inséparables de l'intérêt : le montant qu'un prêteur doit recevoir pour renoncer à la liquidité que lui procure la monnaie, le prix que prennent en compte investisseurs et épargnants pour déterminer leur demande et leur offre de capital. Et, à partir de cette base, il étudie les processus capitalistiques de production, la théorie de l'optimum de Pareto, la théorie de l'optimum capitalistique correspondant à la répartition optimale des facteurs de production entre leur utilisation directe et leur utilisation indirecte.

 

Par ailleurs, il a montré que certaines productions, en raison de très importants coût fixes, connaissent des rendements croissants. C’est le cas pour l’électricité car dans ce secteur, quand les infrastructures ont été installées, le coût marginal décroît. Marcel BOITEUX, président d’ÉDF préconisa une tarification au coût marginal

Il a défendu l’idée que "l’indexation des dettes en valeur réelle "est une condition de l’équité mais aussi de l’efficacité. Ce n’est que si le prêteur est assuré de ne pas être spolié par l’inflation et donc de retrouver la valeur réelle de son capital que les taux d’intérêt seront faibles.

Maurice ALLAIS pense, par ailleurs, que l’exubérance des marchés financiers est due à une création intempestive de monnaie tant de la part des autorités monétaires que des banques commerciales et que sans une vigoureuse réforme du système bancaire, la crise financière est certaine (1999).

Prix Nobel 1988, cet économiste français est connu pour sa contribution à l'étude des marchés et ses travaux sur l'utilisation efficace des ressources.

Il élabore une formulation mathématique du système Walrassien, et particulièrement deux " théorèmes d'équivalence ": ils stipulent que toute sitution d'équilibre d'une économie de marché est une situation d'efficacité maximale, et réciproquement.
Tout optimum de Pareto peut donc être un équilibre concurrentiel.
Allais reconnaît qu'une procédure de planification peut également conduire à une situation d'équilibre et d'efficacité, sous certaines hypothèses.

Allais est toutefois conscient du caractère irréaliste de ses présupposés théoriques. Il élabore alors un "Modèle alternatif ", à l'aide du concept de surplus distribuable. On peut alors formuler d'une part, un "calcul économique" permettant d'orienter l'intervention économique, d'autre part, une théorie des optimums économiques, et enfin une théorie des équilibres de marchés.

Attribués à d'autres économistes, les concepts de règle d'or ou de générations imbriquées avaient déjà été évoqués par Allais.
Enfin, Allais réfute le fait que, au sein de la théorie du risque, l'attitude soit mesurée en fonction de l'utilité. Il propose d'utiliser une "fonction spécifique de probabilité" permettant de mesurer l'attitude par rapport au risque.
Pour en savoir plus :
http://www.allais.maurice.free.fr/

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M. AOKI

"Le modèle J", Problèmes économiques N° 2225, 1991.

L'économiste Japonais étudie la "structure informationnelle", c'est-à-dire la façon dont circule l'information et dont se prennent les décisions. Il oppose la firme A (comme américaine) à la firme J (comme Japonaise).
Dans la première, prédominerait une coordination verticale : l'information remonte la hiérarchie jusqu'aux dirigeants, qui la centralisent, contrôlent et décident.
Dans la seconde, la coordination serait surtout horizontale, et seules les informations à finalité stratégiques remontent (recherche-développement, gros investissements). Les autres problèmes sont traités à la base, sans délais.

En revanche, face à l'imprévu, la firme J est capable de réactions rapide. Par ailleurs, l'organisation étant plus souple, les postes de travail sont définis de façon moins stricte, et le personnel peut "tourner" plus facilement.

Le degré d'intégration de la firme J est moindre, d'où un recours important à la sous-traitance.Nous sommes loin de la "M-forme" (forme multidivisionnelle) de O.Williamson, au sein de laquelle l'entreprise intègre différentes activités distinctes plutôt que de donner naissance à plusieurs entreprises.

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Kenneth ARROW

"The economic implications of learning by doing", review of economic studies, 1962.

Note de lecture : http://www.cndp.fr/RevueDEES/notelecture/200101-25.htm

L' auteur est d'abord connu pour son " théorème d'impossibilité " : celui-ci stipule qu'il n'est pas possible de déduire une relation de préférence collective cohérente portant sur les états réalisables d'une économie, à partir des relations de préférence des agents.
La fonction d'utilité collective ne peut faire face à ce qu'on demande d'elle, et on montre que de nombreuses incohérences surviennent lorsqu'on soulève le problème de la répartition.

Mais c'est surtout pour l'ensemble d'hypothèses qu'il formule avec G.Debreu en 1954, qu'il est célèbre; En effet, cette démonstration d'au moins un équilibre général concurrentiel est une contribution essentielle à la théorie micro- économique contemporaine. ( Modèle de Arrow- Debreu).
Ce modèle est la base sur laquelle s'est édifiée la théorie néoclassique actuelle : les théoriciens néoclassiques voient en lui la preuve de ce que les prix peuvent être un moyen de coordination des décisions prises individuellement .

Il existerait un vecteur de prix qui égalise l'offre et la demande globale de chaque bien présent au sein de l'activité économique.

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C. AZARIADIS

En 1975, il publie un livre "Contrats implicites et équilibre de sous-emploi" ("Implicit contracts and unemployment equilibria") eu un temps où le chômage augmente rapidement. Il y pose une question importante : pourquoi les salaires varient moins que le niveau de l'emploi. C'est la "théorie des contrats implicites".

Le salarié, estime-t-il, a une grande aversion pour le risque, dès lors, le contrat de travail joue le rôle d'une compagnie d'assurance en lui garantissant un revenu régulier, et ce quelles que soient les vicissitudes de la conjoncture. Par contre, il montre que l'entreprise a une "aversion pour le risque" moins forte que le salarié. Il estime que le salarié raisonne intertemporellement. Dans les périodes de plein-emploi (et de haute conjoncture), en acceptant un salaire inférieur à celui du marché, il cotise à une assurance auprès de son employeur de manière à ce que celui-ci lui assure un revenu régulier en période de sous-emploi (et de basse conjoncture). Il s'agit d'un contrat implicite. Dès lors, le volume du travail demandé ne s'ajusterait pas automatiquement au volume de l'activité et Azariadis tient là une explication de la rigidité du marché du travail, notamment la résistance du salaire à la baisse en cas de sous-emploi.
L'objectif de cette théorie (qui respecte le cadre théorique de l'individualisme méthodologique) est d'analyser les rigidités salariales, ce que Bernard SALANIÉ explique clairement : "l'objet de la théorie des contrats est d'appréhender les relations d'échange entre des parties en tenant compte des contraintes institutionnelles et informationnelles dans lesquelles elles évoluent".

La sélection adverse ou anti-sélection est un phénomène connu lors de nombreux échanges dès qu'une des parties possède des informations auxquelles l'autre partie n'a pas accès. Ainsi, les exemples abondent dans les domaines de l'assurance, de la santé ou de la location de biens ou de services. Cette asymétrie d'information, illustrée dans le livre de George Akerlof de 1970 concernant les véhicules d'occasion, peut conduire jusqu'à la sélection adverse, situation dans laquelle ce sont les mauvaises voitures qui se vendent, ou encore l'agent le plus risqué qui est assuré.

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Robert BARRO (ÉTATS-UNIS, 1945-)

"Government sending, interest rates, prices and budget deficit in U K, 1701-1918 ", journal of monetary econmics, 1987.

Ses travaux sur les déterminants de la croissance économique lui valent de figurer parmi les nobélisables (AA : un peu jeune !). Il est professeur à Harvard. L'université de Columbia a tenté, sans réussit, de l'embaucher pour un salaire de 2 millions de francs annuels. Il travaille aujourd'hui sur les inégalités causées par les échanges commerciaux :"On sait depuis longtemps que les échanges commerciaux stimulent la croissance économique. Mais ils semblent avoir une autre conséquence : la montée des inégalités dans les pays en voie de développement. Dans ces pays, en Amérique latine, par exemple, les groupes sociaux les plus avantagés profitent considérablement plus de l'ouverture des échanges que les autres. Ce n'est pas que les plus pauvres s'en trouvent plus mal, mais ils n'en retirent aucun bénéfice, alors qu'ils voient les classes aisées accéder à un niveau de vie encore meilleur.
Dans les pays riches, on ne constate pas de tels effets. Lorsqu'on a ouvert les frontières entre les États-Unis et le Mexique, on s'imaginait que la concurrence du travail peu cher allait peser sur les salaires des Américains les moins qualifiés. Finalement, il n'en a rien été. Ce sont au contraire les pauvres du Mexique qui ont vu leur situation relative se dégrader.
(...) Les avantages du commerce l'emportent largement sur le reste, même pour un pays pauvre. J'ai simplement été surpris de constater un fait qui est perçu de façon intuitive par nombre de gens, l'augmentation des inégalités."

Son nom est associé au célèbre théorème d'équivalence RICARDO-BARRO. Dans un article de 1974, "Are governments bonds net wealth ?", il a actualisé le théorème d'équivalence de David RICARDO (il est indifférent, globalement pour l'économie, que l'État se procure ses ressources par l'emprunt ou par l'impôt). Ricardo préférait une augmentation des impôts pour financer l'augmentation des dépenses publiques plutôt que de recourir à une augmentation de la dette publique. En effet, dans le cas de l'impôt, les ménages supporteront une baisse de revenus ; dans le cas de l'emprunt, qu'il faudra un jour rembourser, les ménages sont censés faire des prévisions parfaites (théorie des anticipations rationnelles), et intégrer dans leur contrainte budgétaire les impôts futurs. Ils freinent donc leur consommation, ce qui annule l'effet de relance attendu par l'État.

Le théorème de BARRO s'énonce ainsi : quand les autorités publiques creusent le déficit budgétaire pour augmenter les dépenses publiques, les agents économiques (rationnels) anticipent alors une augmentation future des impôts pour rembourser cet emprunt. Dès lors, ils font un choix intertemporel et ils réduisent leur consommation actuelle pour faire face, plus tard, à l'augmentation des impôts.

Autant augmenter, semble dire BARRO, les impôts immédiatement, cela évitera les reports intergénérationnels. HAAVELMO montrera qu'une augmentation des dépenses publiques financée par une augmentation des impôts engendre un effet multiplicateur de coefficient 1. Mais le fond de sa pensée est qu'il ne faut pas augmenter les dépenses publiques. Il infirme donc l'efficacité des politiques de relance keynésienne qui, pour lui, seraient sans effet. Il s’appuie sur le concept d’anticipations rationnelles pour expliquer que les agents anticipent une hausse future des impôts destinée à rembourser la dette publique. Le supplément de revenu que leur procure un déficit budgétaire est donc épargné pour faire face à l’augmentation future des impôts et n’amène pas l’effet de relance attendu.

 

Au début des années soixante-dix, sous l'impulsion de R.Lucas, T.Sargent et R.Barro, les "Nouveaux classiques" se proposent de réhabiliter les thèses de ceux que Keynes appelait les "classiques". Une économie où on "laisse faire", sans intervention de l'Etat, est en équilibre permanent de concurrence parfaite, et correspond donc à un optimum de Pareto. Si une économie est soumise à des dysfonctionnements, c'est en raison de "chocs extérieurs", que les agents résorbent en intégrant dans leurs plans l'information qu'ils véhiculent.

Barro introduit l'idée de transfert intergénérationnel, selon laquelle les ascendants pensent aussi, de façon altruiste, au bien-être de leur descendance. Les choix intertemporels des ménages ne sont pas modifiés par la forme des prélèvements (impôts ou emprunt), mais engendrent un comportement de précaution qui vise à compenser une hausse certaine des prélèvements futurs, pour eux-mêmes et pour leurs descendants.

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Frédéric BASTIAT (France, 1801-1850)

Né à Bayonne le 30 juin 1801, il fut orphelin dès l'âge de neuf ans. D'abord exploitant agricole, il devient, après la révolution de 1830, juge de paix à Mugron, à 16 kilomètres de Saint-Sever dans le pays de Chalosse, où il avait passé sa jeunesse.
En 1844 un de ses articles sur les tarifs est publié par le Journal des économistes. Désormais il est reconnu comme un polémiste redoutable. En six années il publiera sept volumes d'essais sur les principes du libre-échange et du droit.
En 1848 il est élu représentant des Landes, d'abord à l'Assemblée Constituante et puis à l'Assemblée législative.
Avant même d'avoir terminé son traité sur les Harmonies économiques, il meurt le 24 décembre 1850 à l'âge de quarante-neuf ans, victime de la tuberculose.

Frédéric BASTIAT était déjà acquis aux idées libérales, en politique comme en économique, quand il était encore étudiant. Il fut un libre-échangiste convaincu, il appuya la campagne anti-protectionniste de COBDEN (école de Manchester), comme David RICARDO. Cette campagne aboutit à l'abolition des lois prohibant l'importation de blé en Angleterre en 1856. Son texte anti-protectionniste le plus fameux, le plus connu concerne sa "Pétition des marchands de chandelle".

Il est surtout connu pour avoir repris sous une forme claire et élégante les grands principes des théories classiques. Il se distingue toutefois par quelques originalités : l'importance qu'il accorde aux services et sa conviction qu'il existe des rendements croissants dans l'agriculture et dans l'industrie. C'est donc un libéral optimiste, contrairement par exemple à Ricardo. Pour lui, plus l'État intervient pour assurer des avantages particuliers à, certaines catégories de citoyens, plus il devient avantageux pour un nombre croissant d'individus de consacrer une part grandissante de leurs ressources et de leur énergie à s'organiser de façon à utiliser le pouvoir de contrainte de la puissance publique au profit de la promotion, de leurs intérêts corporatifs. L'extension du rôle de l'État dévalorise les solutions contractuelles et génère une économie dans laquelle plus l'État intervient, plus on lui demande d'intervenir. Par exemple, il avait, avec prescience, défini ce que deviendrait l’assurance sociale à guichets ouverts.

On retrouvera ses idées chez les libéraux de la fin du XXème siècle.
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BAUMOL

Auteur de la thèse de la différence de productivité : Certaines activités ne peuvent pas économiser du travail autant que d'autres, alors, s'il est nécessaire de rémunérer ce travail de manière à peu près équivalente à celle des activités à forte productivité, alors le coût de ces activités augmentera plus vite que les autres et ces activités absorberont une part croissante du revenu national.
Pensons aux différences qui peuvent exister entre les manufactures de pneumatiques ou l'industrie automobile et les activités comme la coiffure, l'enseignement, la santé ou le théâtre.
Avec Panzar et Willig, il est l'auteur de la
théorie de la croissance endogène.

W.BAUMOL

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En collaboration avec J.Panzar et B.Willig, dans "Contestables markets and the théorie of Industrie structure"(1982), W.Baumol montre que certaines situations, des entreprises qui sont en petit nombre et qui offrent le même bien peuvent être efficientes.
Pour cela, il faut que ces entreprises puissent être "contestées" par d'autres, ces dernières étant susceptibles de les supplanter. Cette présence d'entreprises candidates "potentielles" à la production d'un bien suffit à éviter qu'une entreprise profite de sa position dominante. Ainsi, le rôle de l'Etat ne consisterait pas à surveiller ou à imposer un certain nombre de contraintes d'ordre règlementaire, mais à créer les conditions pour qu'elles puissent être "contestées".

Parmi les "configurations d'industrie" possibles du modèle, certaines configurations réalisables sont "soutenables" si aucune entreprise extérieure à l'industrie ne peut offrir un bien produit par celle-ci à un prix inférieur ou égal au prix de la configuration, tout en faisant un profit positif.
Dans ce cas particulier de concurrence, le rôle de l'Etat consiste donc à créer les conditions de réalisation de ces marchés parfaitement contestables, c'est-à-dire "toute situation où les configurations réalisables ne peuvent être des équilibres que si elles sont soutenables".
Les hypothèses de base sont proches de celles qui forment le socle de la concurrence pure et parfaite. En particulier, les entreprises qui veulent produire un bien, peuvent le faire sans coût d'installation et instantanément.

Cette analyse est correcte à court terme, ainsi que dans le contexte de Cournot-Nash et celui de la théorie des jeux. Même si le prix n'est que très légèrement supérieur au coût chez le monopoleur ou la firme dominante, ceux-ci seront immédiatement chassés du marché.

Le point central de la théorie de la "contestabilité" est le monopole pur. Le monopoleur est si totalement inhibé par la menace d'une entrée qu'il respecte intégralement, en matière de prix, les conditions de la concurrence pure.

Les critiques apportées à cette théorie portent surtout sur l'absence de coûts d'entrée et de sortie, ainsi que sur la passivité des entreprises en place devant la menace d'entrée d'entreprises concurrentes.

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Gary Stanley BECKER (ÉUA, 1930- )    Nobel 1992
Gary BECKER est connu pour avoir remodelé le champ de la pensée économique libérale en l’élargissant à l’ensemble des comportements humains. Ainsi, il s’intéresse aux sciences sociales définies au sens large, étant convaincu que la théorie économique offre sous sa forme néoclassique les meilleurs outils d’analyse pour l’étude des relations sociales. L’idée qui guide tous les travaux de Becker est que la théorie économique peut être appliquée avec profit à une large gamme de problèmes humains.

Ses multiples travaux sur les fondements des comportements humains reposent principalement sur deux théories fondamentales :

la théorie du capital humain et la nouvelle théorie du consommateur.

La théorie de la concurrence pure et parfaite considère le consommateur comme un individu qui compare des prix pour effectuer ses choix. Becker le présente comme un être qui produit des satisfactions dont il est lui-même le consommateur. Ainsi, il n’achète pas un bien pour lui-même, mais pour les services qu’il lui rend. L’utilité ne vient donc pas directement des biens et des services achetés sur le marché mais elle est le résultat de comportements du consommateur qui choisit et qui produit lui-même ses propres satisfactions. N’importe quel acte individuel est alors comme un acte économique soumis à la contrainte budgétaire et temporelle. En effet, au-delà du budget monétaire, l’individu est limité par le temps dont il dispose pour assouvir ses besoins. La valeur du temps, ressource rare, correspond dès lors au revenu sacrifié par unité de temps consommé : c’est le "coût d’opportunité ".

La grande innovation de Becker dans le domaine de la théorie du consommateur est de considérer le ménage comme une institution économique comme les autres. Ses préférences sont définies à partir de biens intermédiaires, c’est-à-dire de biens destinés à produire des services désirés. Alors, comme pour l’entreprise, il ‘agit d’analyser les mécanismes qui déterminent le comportement des ménages, ce que la théorie du capital humain se propose de faire.

L’idée de base, développée dans "Human capital "en 1964, est que l’on peut considérer, du point de vue de l’individu, l’éducation et la formation professionnelle comme un investissement. La valeur de celui-ci est égale au coût monétaire direct de l’éducation auquel s’ajoute la valeur des gains non perçus pendant le temps de l’éducation. Celle-ci est un investissement avantageux pour l’individu si la valeur actualisée nette des coûts est inférieure aux avantages qu’elle procure (salaires notamment). Cela le conduit à distinguer l’éducation générale et la formation spécifique de l’individu qui peut améliorer sa productivité. De ce point de vue, les firmes, conscientes de leur intérêt à investir en capital humain ne le feront cependant que si cette formation est conforme aux intérêts de la firme. Une formation spécifique qui se traduit par une augmentation de la productivité du salarié sur son lieu de travail permet à l’entreprise de récupérer, et au-delà, son investissement en formation. Au contraire, l’employeur n’est pas incité à procurer une formation générale qui risque de ne pas dégager d’efficacité (surtout si elle est fournie par l’État ?). Cette analyse permet à Becker de considérer les inégalités de salaires comme le reflet de différences d’investissement en capital humain. De même, il pense que l’individu effectue des arbitrages permanents entre le revenu futur qu'il peut espérer en contrepartie de son effort d’investissement et la satisfaction immédiate du temps libre qu’il aura consacré ni à son travail, ni à sa formation.

Ainsi, Gary Becker considère que les différences de salaires selon le niveau de diplôme s’expliquent par des différences de productivité, elles-mêmes liées aux différences de formation et d’investissement en capital humain.

Ces différentes théories ont peu à peu permis à Gary BECKER de développer une analyse plus poussée des interactions sociales. Il a commencé à théoriser les relations entre individus hors du contexte du marché, et en particulier, au sein de la famille. En remarquant que, dans les autres sciences sociales, la famille est une institution de première importance pour comprendre le fonctionnement de la société, il œuvre pour que l’analyse économique la prenne en compte et il a écrit "A treatise on the family ". Ainsi, Becker voit dans la décision d’avoir des enfants une demande de biens durables et dans le mariage, une institution économique au sein de laquelle les conjoints essaient de maximiser leur utilité en se spécialisant dans les tâches pour lesquelles leur productivité est plus élevée que celle de leur conjoint. Le contrat de mariage est perçu comme un contrat par lequel la femme s’engage à mettre au monde et à élever des enfants en échange de protection et d’assurance. Le divorce, à l’instar du mariage, est traité comme une décision qui dépend principalement du revenu de chaque conjoint à l’intérieur et à l’extérieur du mariage. L’augmentation du taux de divortialité est ainsi expliquée par l’augmentation du salaire des femmes sur le marché du travail et le versement d’allocation aux mères célibataires.

Ses travaux sont novateurs et leur apport a été essentiel dans de très nombreux domaines tels que le capital humain, l’analyse économique de la famille, l’allocation du temps, mais aussi la discrimination entre les individus ou encore le crime et la peine. Son analyse emprunte beaucoup à l’individualisme méthodologique, elle veut compléter l’homo OEconomicus pour le rendre et plus compréhensible. Son analyse constitue une véritable révolution intellectuelle remettant en cause nos modes actuels d’appréhension des phénomènes sociaux.
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Jeremy BENTHAM (Angleterre, 1748-1831)

(Source : Économie de SAMUELSON et NORDHAUS) Philosophe qui a étudié le droit et qui a été influencé par Adam SMITH avant d'étudier les principes indispensables pour établir une législation sociale.
Il a proposé que la société soit organisée selon le "principe d'utilité", qu'il définissait comme la "propriété de tout objet... de produire du plaisir, du bien ou du bonheur ou d'éviter... de la peine, du mal ou du malheur". Toute législation, selon BENTHAM devrait être conçue d'après les principes utilitaristes afin de promouvoir "le plus grand bonheur du plus grand nombre".
Dans ses écrits, on trouve des idées de tonalité très contemporaines sur la criminalité et la sanction : il suggère que le fait d'augmenter la peine des criminels par des sanctions sévères dissuade de perpétrer des délits.

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Daniel BERNOULLI (Suisse, 1700-1782)

Issu d'une famille de brillants mathématiciens, il remarque, en 1738 que les gens se conduisaient comme si l'euro qu'ils étaie,nt susceptibles de gagner dans un pari équitable avait, pour eux, moins de valeur que l'euro qu'ils pouvaient perdre en pariant.
Cette aversion pour le risque montrait que les euros supplémentaires procuraient des surcroîts de plus en plus faible de véritable utilité.
Cela en fait l'ancètre de l'
utilité marginale.

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Lord William BEVERIDGE (GB,1879-1963)

Il considérait, en 1942, que tout en préservant les libertés fondamentales, l’État a pour rôle de lutter contre la misère, le chômage et la maladie. Cette intervention de l’État est vue comme un moyen de "libérer l’homme du besoin ". Pour lui, la redistribution permet d’atteindre cet objectif. Il est à l’origine du "welfare state "mis en place au Royaume-Uni à partie de 1945.

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Otto Von BISMARK (Allemagne, 1815-1898)

Certainement vous serez étonné de trouver BISMARK dans cette liste chronologique d'économiste car il ne l'était pas. Mais il a inventé l'État-Providence et, à ce titre, il mérite d'être reconnu.

Il fut libre-échangiste puis protectionniste, c'était un autocrate qui s'accommodait mal du suffrage universel, Prussien rural favorisant la croissance de la Rhur, antisocialiste, il a inventé la sécurité sociale. Il a bâti les fondements de l'État moderne : unité politique, puissance économique et "providence"sociale.

Premier ministre de Prusse en 1862, il impose une zone de libre-échange (cf. List) de laquelle l'Autriche est exclue. Il achève de bâtir l'unité allemande en dressant les États contre un ennemi commun, la France.

Il crée le mark en 1873, il développe les impôts indirects pour asseoir l'autorité de l'État, il aide à la constitution de cartels et (jusqu'en 1878, il accepte le libre-échange.

Devant le succès croissant du part social-démocrate (le SPD), il pose les bases d'un État-providence en s'inspirant du sidérurgiste Krupp : assurance-maladie obligatoire en 1883, accidents du travail à la charge du patronat en 1884, retraite à 65 ans en 1889.
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Jean BODIN (France, 1529-1596)

Il exerce le métier d’avocat puis de magistrat. Il s’intéresse à l’histoire, à la philosophie, à la politique et à l’économie.
Dans "Réponse aux paradoxes de Malestroit "(1576), il a analysé le phénomène de la montée des prix au XVIe siècle en relation avec l’apport des métaux précieux d’Amérique. Peut être considéré comme l’ancêtre de la théorie quantitative de la monnaie.
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Eugen Von BÖHM-BAWERK (AUTRICHE, 1851-1924)

Un des chefs de file, avec Menger et de la première école autrichienne.
Il apporte aux théories marginalistes une dimension temporelle.
Sa théorie est en effet fondée sur l'idée que les individus ont une préférence pour le présent, ce qui conditionne toute sa théorie du capital, justifiant ainsi l'intérêt et le profit.
On lui doit, notamment, la notion de
détour de production désignant les biens intermédiaires dont le nombre a tendance à augmenter, allongeant ainsi le processus de production dans le but de le rendre plus productif.
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Robert BOYER (France, 1943 - )
Fondateur au milieu des années 70, avec Michel AGLIETTA, de l'école de la régulation
Il a essayé de montrer que chaque phase d'accumulation dans les économies capitalistes s'accompagnait d'un mode spécifique de régulation, c'est-à-dire des mécanismes sociaux, économiques, institutionnels qui permettent une certaine stabilité sociale.
Ainsi, le fordisme serait caractéristiques des Trente Glorieuses dans lequel dominent de grandes sociétés qui négocient avec les partenaires sociaux pour trouver un compromis (le compromis fordien) entre les exigences du travail à la chaîne et un niveau de rémunération convenable. Dans ce contexte, l'État-providence joue un rôle de modérateur et, par la loi, règle les points de différend inévitables entre les partenaires sociaux.

Ce mode de régulation, inutile dans le cadre de la mondialisation pour le patronat est entré en crise à la fin des années 70. L'État-providence n'a pas tardé à faire l'objet de critiques.
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Pierre BOURDIEU (France, 1930-2002)
Un sociologue dans notre panorama.
Il a travaillé sur les rapports de domination cachés dans la société lesquels empêchent les individus d'être des acteurs sociaux libres. Il a développé la théorie de l'habitus, attribut de l'individu et de la classe sociale à laquelle il appartient.
(Article à compléter tant ce socilogue tient une place importante.)
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James BUCHANAN (ÉUA, ?)

Il applique l'individualisme méthodologique à l'étude des décisions publiques (finances publiques, choix collectifs, économie publique).
Il explique que le citoyen a le même comportement que le consommateur, il compare un coût (les impôts payés) avec une satisfaction (les services publics et les prestations dont il bénéficie). Pour lui, il existe donc un marché politique qui influence aussi les décisions du personnel politique.
Soucieux de leur réélection, les hommes politiques prennent des décisions susceptibles de leur assurer un nouveau mandat ; ils ne sont pas seulement motivés par l'intérêt général.

Voir mon cours sur le le bien-être

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Jean Cauvin CALVIN (France, 1509-1564)

Né à Noyon en 1509, il participa, à partir de 1541 à la rédaction des Ordonnances ecclésiastiques qui furent le statut de l’église réformée de Genève.

En glorifiant le travail et autorisant le prêt, l’éthique calviniste fut, selon le sociologue Max WEBER, étroitement liée à l’essor du capitalisme.

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Edward CHAMBERLIN
(Angleterre, )

1930 : The theory of monopolistic competition
À partir de travaux d’Alfred MARSHALL, il développera ce que l’on appelle depuis lors "la concurrence monopolistique ". Il montre que les entreprises, en conduisant une politique de diversification de leurs produits, échappent à la concurrence frontale. Celles qui réussissent leur diversification bénéficient, au moins à court terme, d’un monopole. D’où la notion de concurrence monopolistique.

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John Maurice CLARK (1851-1963)

Il a introduit la distinction entre investissement de remplacement et investissement net. Ces deux composantes de l'investissement répondent à des logiques différentes : la première est proportionnelle à la demande, la seconde est proportionnelle à la variation de la demande, ce qui constitue l'essence du principe d'accélération.

"Si la demandes est traitée comme la vitesse à loaquelle les biens sont enlevés sur le marché, le remplacement varie approximativement comme la vitesse, mais les constructions nouvelles dépendent de l'accélération."

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Ronald H. COASE (Angleterre, 1910- )

NC, il appartient au courant ultra-libéral autrichien. Prix Nobel en 1991.

Son apport à la science économique est important car il a nié le fonctionnement idéal du marché (CPP) tel que Walras l’avait posé.
En effet, pour Coase, le recours au marché ne se fait pas sans coûts.
Partant de ce constat, il montre que "la principale raison qui rend plus avantageuse la création d’une firme paraît être qu’il existe un coût à l’utilisation du mécanisme des prix. (...) Lorsqu’on souhaite opérer une transaction sur le marché, il est nécessaire de rechercher son ou ses contractants, de leur apporter certaines informations nécessaires et de poser les conditions du contrat, de conduire les négociations instaurant ainsi un véritable marché, de conclure le contrat, de mettre en oeuvre une structure de contrôle des prestations respectives des obligations des parties ".

La firme évite toutes ces démarches coûteuses, elle économise les coûts de transaction.

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Jean-Baptiste COLBERT (France, 1619-1683)

Il commença sa carrière en gérant la fortune de Mazarin.

Son système (que l’on appellera le colbertisme) repose sur des principes mercantilistes énoncés par Montchrestien et Laffemas : le commerce international devait permettre de dégager un excédent de la balance commerciale afin que les métaux précieux entrent dans le royaume.

Le colbertisme donna un essor à l’industrie : l’État, en investissant, encouragea la création de manufactures d’État (Gobelins, Beauvais, la Savonnerie) ; ou en accordant des privilèges, il favorisa la naissance de manufactures privées (Saint-Gobain) et la création de grandes monopoles pour le commerce extérieur comme la compagnie des Indes orientales (1664), des Indes occidentales.

Ces manufactures, placées dans le cadre d’un strict dirigisme furent protégées par un tarif douanier prohibitif. Les importations de produits finis furent frappées par des droits de douane très importants et les exportations furent encouragées par le développement des infrastructures commerciales et par l’expansion coloniale.

Ces manufactures étaient chargées de produire des biens exportables (draps, acier, produits de luxe : draps, étoffes, tapisseries, cristallerie).

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CONDILLAC
(Étienne BONNOT de) (France, 1715-1780)

Dans son traité d'économie politique, "Le commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre"en 1776, il formule une théorie de l’intérêt et de la valeur : "La valeur des choses est fondée sur leur utilité, ou ce qui revient au même sur le besoin que nous en avons ; ou ce qui revient au même, sur l’usage que nous pouvons en faire."

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Antoine-Augustin COURNOT (France, 1801-1871)
A introduit les mathématiques en économie, est le précurseur de l'écologie

Théoricien de la mathématique industrielle, énergéticien, théoricien des sciences, écologue avant la lettre.
Catholique conservateur, haut dignitaire de l'Université, il publie, en 1838, à 37 ans, "Recherches sur les principes mathématiques des richesses", livre qui ne passera inaperçu pendant 25 ans, avant d'être récupéré par les néo-classiques, friands de mathématisation.
En 1863, Cournot publiera les "Principes de la théorie des richesses".

Cournot avait assigné à son premier livre ("Recherches...) trois objectifs :
- mettre la mathématique au service de l'économie ;
- concilier la théorie subjective de la valeur de l'école française avec celle de la valeur-travail de l'école anglaise
- et, enfin, critiquer la théorie libérale du commerce international (il admirait LIST).

Dans celui-ci, il élabore une loi économique qui nous est aujourd'hui familière, la loi de la demande ou la loi du débit : " Une denrée est ordinairement d'autant plus demandée qu'elle est moins chère. Le débit ou la demande (...) croît généralement quand la prix décroît. "
On peut la résumer ainsi : la demande d'un produit est une fonction décroissante du prix de ce produit.

Observant la logique des exploitations forestières, Cournot découvre la problématique qui oppose le rendement purement physique d'une forêt à son exploitation optimale du point de vue économique, en tenant compte de l'intérêt financier des capitaux en jeu. Et d'en conclure que "laissée à la libre exploitation, toute la forêt serait transformée de futaie en taillis au détriment de la reproduction de long terme". Il y aurait donc possibilité d'une discordance entre optimum technique, assimilable à la maximisation d'un rendement énergétique et optimum économique, correspondant à la maximisation du profit. Évidemment ce dilemme peut être transposé à beaucoup d'autres domaines de la vie économique. Outre la déforestation, Cournot met en avant le ravinement et l'extinction des cétacés.

En fait, l'interrogation malthusienne est encore présente dans les esprits même si elle s'est déplacée du domaine de la limitation des ressources alimentaires à celles des ressources fossiles, c'est-à-dire à un stock non renouvelable.

Le rapport de l'homme avec la nature est ainsi devenu un problème.

On lui doit aussi la théorie du monopole.

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ALONSO DE COVARRUBIAS (Espagne, 1488-1570)
Cet architecte de Charles-Quint annonce, dès 1554, une approche très moderne de la valeur :
"La valeur d’une marchandise dépend non de sa nature essentielle, mais de l’estimation des hommes, même si cette estimation est folle. "
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James Stemble DUESENBERRY
(ÉUA, 1918 - )
Économiste très connu pour avoir montré, en matière de consommation, "l'effet de démonstration". Il a montré par là que les personnes d'un groupe social cherchaient, par identification et pour démonstration, à acquérir les formes de consommation des groupes sociaux auxquels elles voulaient accéder.l
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Francis EDGEWORTH (Irlande, 1845-1926) NC
1881 : Psychologie mathématique, livre dans lequel il développe la fonction d'utilité généralisée.
S'est intéressé au développement des statistiques et des probabilités en économie.
Marginaliste, il a beaucoup travaillé à la représentation mathématique des préférences humaines. Continuateur de Jevons, il est à l'origine des courbes d'indifférence (que Pareto représentera graphiquement). Le consommateur attribue une même utilité totale (note globale notée U) à plusieurs paniers de biens dont la composition est différente.
Il représentera aussi la boîte d'Edgeworth.
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Ernst ENGEL (Allemagne, 1821-1896)
Connu dans le domaine de la consommation avec les lois d'ENGEL selon lesquelles lorsque le revenu augmente, la part des dépenses consacrées à l'alimentation diminue, celle consacrée à l'habillement et au logement reste identique et la part des dépenses consacrées aux loisirs, à la santé et à l'éducation s'accroît.
Quand on étudie les coefficients budgétaires, on constate que la part dévolue à l'alimentation et à l'habillement diminue constamment alors que la part consacrée au logement, au x transports et aux télécommunications s'accroît continûment. Pour les dépenses de santé, de culture et d'éducation, l'évolution est masquée par le fait qu'il s'agit principalement de consommations effectuées dans le cadre des services rendus par les administrations publiques (APU). En tenant compte de cela, leur part augmente manifestement.
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Irving FISCHER (États-Unis d'Amérique, 1867-1947)
Il a traduit la théorie quantitative de la monnaie intuitivement perçue par Jean BODIN et formulée littérairement par Jean-Baptiste SAY sous une forme mathématique :

Il se situe dans la lignée des marginalistes du XIXe siècle, mais on lui doit des avancées considérables dans le domaine de la théorie quantitative de la monnaie, mettant en relation masse monétaire, activité économique et inflation.
M V = P T
équation dans laquelle M représente la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie , P le niveau général des prix et T le volume des transactions. M est en général assimilé à l’agrégat monétaire M1 (billets, pièces et dépôts à vue).

Fischer pose les deux hypothèses suivantes :

Dès lors, il démonter qu’une augmentation de la masse monétaire entraîne automatiquement une hausse du niveau général des prix.

1892 : Mathematical investigation in the theory of value and prices
1906 : The nature of the capital and income
1907 : The purchasing power of the money
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Jean-Paul FITOUSSI (France, né à Tunis, 1942-)

Économiste français contemporain, président de l’OFCE, il est le chef de file du courant néo-keynésien français.

Il accuse la politique monétaire très restrictive de la décennie 1990 d’être responsable de l’aggravation du chômage entre 1992 et 1997. Pour en sortir, il préconise (1995) une réforme fiscale, une baisse des taux d’intérêt. Il estime que cette politique serait encore plus efficace si elle était coordonnée. La constitution de la zone €uro constitue, d’après lui, une nouvelle opportunité.

Olivier Blanchard et lui, en 1998, préconise une augmentation des bas salaires et une réduction des charges sociales pour relancer l’activité économique et faire baisser le chômage de manière significative.

BIBLIOGRAPHIE
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Inflation, équilibre et chômage" aux Éditions Cujas en 1973 ;
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Fondement microéconomique de la théorie keynésienne" aux Éditions Cujas en 1975 ;
"
Unemployment in western countries"(avec Edmond MALINVAUD) aux éditions MacMillan, Londres en 1980 ;
"
Modern macroeconomic theory"chez Basil Blackwell, Oxford en 1987 ;
"
Macro-dynamique et déséquilibres"(avec Pierre-Alain MUET) chez Economica en 1987 ;
"
The slump in Europe : reconstructing open macroeconomic theory"(avec Edmund PHELPS) chez Basil Blackwell, Oxford en 1988 ;
"
À l'Est, en Europe" (sous sa direction). Presses de la fondation nationales des sciences politiques ; Références OFCE en 1990.
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Entre convergences et intérêts nationaux : l'Europe" Presses de la fondation nationales des sciences politiques ; Références OFCE en 1994.
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Les cycles économiques"(avec Philippe SIGOGNE). Presses de la fondation nationales des sciences politiques ; Références OFCE en 1994.
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Economic growth, capital and labour markets" chez MacMillan, Londres en 1995 ;
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Le nouvel âge des inégalités"(avec Pierre ROSANVALLON) Seuil 1996 et Points essais (poche) en 1998 ;
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Croissance et chômage"(en collaboration). Documentation française, les rapports du Conseil d'analyse économique. 1998.
"
Rapport sur l'état de l'Union européenne : 1999". OFCE ; Fayard / Presses de Sciences Po.
"
Le débat interdit"aux éditions Arléa en 1995 puis chez Points économie (poche) en 2000.
"
Rapport sur l'état de l'Union européenne : 2000". OFCE ; Fayard / Presses de Sciences-Po Paris.
"La règle et le choix", 2002 ; La République des idées

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Robert FOGEL (ÉUA, -) Nobel 1993
Robert FOGEL est un cliométricien.
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Jean FOURASTIÉ (France, 1907-1990)
Cet homme éclectique et cultivé a laissé une bibliographie comportant plus de 40 ouvrages.
"Le grand espoir du XXe siècle" ; "Le long chemin des hommes" ;
"les Trente Glorieuses"
Il a traité de sociologie, d'éthique et, bien sûr d'économie. Il a élaboré des séries longues et il a montré l'importance de la hausse des revenus réelles permises par le progrès technique et la croissance de la productivité. Il a défini un instrument simple et permanent de mesure du niveau de vie : le salaire horaire du travailleur non qualifié rapporté aux principaux prix. Grâce à cet instrument, il pût répondre à des questions concrètes telles que: combien fallait-il d'heures de salaire à telle date pour payer un kilo de pain, une automobile, une paire de chaussures ?
Avec ce même instrument, il a mis en évidence la réduction considérable de l'éventail des salaires réels entre 1940 et 1990.
Avec "Les Trente Glorieuses", il a permis de prendre conscience de l'importance de la révolution invisible des années 1945-1975 en comparant deux villages, l'un de type sous-développé, l'autre de haut niveau de vie, en révélant ensuite qu'il s'agissait du même village, mais photographié, une première fois en 1946 et la deuxième fois en 1975.

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Milton FRIEDMAN (États-Unis, 1912- ) NOBEL 1976

Milton FRIEDMAN est né en 1912 dans une famille pauvre d'immigrants.
Il a étudié dans plusieurs universités. Il est nommé professeur de l'Université de Chicago en 1946 et publie de très nombreux articles et une trentaine de livres dont :
1956, "Études sur la théorie quantitative de la monnaie" ;
1957, "Une théorie de la fonction de consommation" ;
1963, avec Anna Schwartz, "Une histoire monétaire des États-Unis" où, s'appuyant sur un important matériel statistique, il jette les bases du monétarisme ;
"Capitalisme et liberté", où il prône le retour à une économie de marché au sens strict.

Il a fondé l’école de Chicago, "les monétaristes " et figure donc à l'origine du néo-libéralisme économique.
Il a obtenu le prix
Nobel en 1976.

La théorie keynésienne part du principe que la répercussion de la monnaie n'est qu'indirecte et assez faible. Pour stimuler l'économie, les Keynésiens attachent une grande importance à la politique budgétaire et aux variations de l'investissement et de la consommation.
Pour Milton FRIEDMAN, les fluctuations de l’activité dépendent dépendent de l’offre de monnaie.
FRIEDMAN et les monétaristes s'opposent frontalement à la théorie keynésienne car ils estiment que les variations du stock monétaire exercent une importante influence sur le revenu national nominal ; à court terme l'évolution du stock monétaire influence surtout la croissance réelle. les politiques de stimulation de l'activité économique ont une efficacité à court terme. Par contre, à moyen terme, dès que les agents économiques s'aperçoivent que l'expansion n'est pas réelle, ils modifient leurs comportements.
L'économie revient alors à son état antérieur avec un niveau d'inflation supérieur.
Un accroissement trop rapide de la masse monétaire conduit à l'inflation.

Rétablissant ainsi la théorie quantitative de la monnaie d’où le qualificatif de "monétariste "qui s’applique à sa théorie, FRIEDMAN remet en cause l’efficacité d’une intervention de l’État pour favoriser l’expansion économique.
Pour combattre l'inflation, les monétaristes proposent dès lors de limiter l'accroissement de la masse monétaire et d'imposer à celle-ci une norme de croissance fixe.

Il prône aussi les changes flottants qui permettent, d’après lui, aux marchés des changes de trouver le taux de change compatible avec la politique monétaire conduite.

Effet d’éviction       Revenu permanent

Sur le plan social, il préconise l’"impôt négatif ".

Milton FRIEDMAN a, indéniablement, marqué la politique économique actuelle. Ainsi, la plupart des grands pays industrialisés et plus particulièrement les États-Unis fixent à l'heure actuelle des normes de croissance de la masse monétaire en vue d'endiguer l'inflation. Et les résultats sont là, l'inflation a reculé de manière saisissante dans le monde depuis les pics des années 70.
Friedman a joué un rôle influent sur la politique économique des États-Unis (conseiller de Nixon et de Reagan), du Chili (conseiller de Pinochet dans les années 70) et de l’UE.

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John-Kenneth GALBRAITH (États-Unis, 1908- )

Il a critiqué les analyses et les politiques libérales sur de nombreux points. La thèse la plus connue est celle de la "filière inversée". Par celle-ci, cet économiste voulait montrer que le pouvoir des entreprises et de leurs dirigeants (la "technostructure ") était tel qu’elles imposaient leurs produits au marché. Il prend ainsi le contre-pied de l’assertion néoclassique selon laquelle les entreprises répondent aux besoins des consommateurs. Chez Galbraith, les grandes firmes ont le pouvoir de persuader les consommateurs de l’utilité de leur offre.

Son oeuvre passe notamment par ses deux principaux ouvrages : L'ère de l'opulence, Le nouvel État industriel.
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Sir GIFFEN (Angleterre, 1837-1910)
Au XIXè siècle, au cours des famines, sir GIFFEN a constaté que la demande de biens primaires (pain, pommes de terre) pouvait augmenter quand leur prix augmentait, ce qui est contraire à une loi universellement admise en économie.
On appelle donc effet GIFFEN cette situation dans laquelle, face au renchérissement des produits de base, les personnes se détournent de la consommation des autres biens pour consacrer l'essentiel de leurs revenus à ces biens de première nécessité. Il faut que, dans une telle économie, le niveau de revenu soit faible, ce qui était le cas au XIXè siècle.
Ce raisonnement peut cependant être aujourd'hui encore celui de personnes dont le niveau de revenus est très faible, le superficiel est sacrifié pour le principal.
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Trygve HAAVELMO (Norvège, 13 décembre 1911-28 juillet 1999)
Trygve HAAVELMO obtint un diplôme de sciences économiques en 1930. En 1933, il devint assistant du professeur norvégien Ragner FRISH (créateur de l’économétrie qui a partagé en 1969 le premier prix Nobel d’économie avec Jan TINBERGEN) à l’institut d’économie sociale de l’université d’Oslo.

Considéré comme l’un des pères de l’économétrie moderne, Trygve HAAVELMO avait mis au point, en 1943-1944, un outil méthodologique cohérent permettant de tester les théories économiques grâce à l’apport du calcul des probabilités et des statistiques. Pour cela, il a obtenu le prix Nobel en 1989 pour "l’étude des fondements probabilistes de la méthodologie économétrique ".

Le théorème d’Haavelmo montre que l’accroissement des dépenses publiques a un effet stimulant sur l’activité économique en période de sous-emploi même si celles-ci sont financées par des impôts de même montant. Il a démontré mathématiquement que lorsque l'État augmentait les impôts pour financer une augmentation des dépenses publiques, le multiplicateur d'investissement jouait encore et qu'il était égal à 1.

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Roy HARROD
(GB, 1900-1978)

G x C = s. Cette égalité est vérifiée ex post, par contre, elle n’est pas nécessairement réalisée ex ante ; il en conclut que la croissance a tendance spontanément à être instable.

G est le taux de croissance de la production. C = D C/D Y (rapport de la variation de capital par rapport à la variation de production) ; s est la propension marginale à épargner.
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Friedrich von HAYEK (Autriche, 1889- 1992)

Voir mon cours sur le libéralisme

Pour lui, la crise est le produit d'une insuffisance de l'épargne dégagée par les secteurs institutionnels et non pas, comme chez KEYNES, d'un excès de cette propension à épargner.

Il distingue deux types d'allongement du détour de production

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Eli HECKSCHER (Suède, 1879-1952)
Eli HECKSCHER (1879-1952) et Bertil OHLIN (1899-1979), Suédois tous les deux furent les économistes auxquels on doit les fondements de la théorie de l'inégalité des dotations en facteurs comme facteur du développement des échanges internationaux. Dans leur modèle de base, ces auteurs retiennent deux facteurs de production, le travail et la capital et ils montrent que les différences de dotations de facteurs sont à la source d'avantages comparatifs. Les pays sont supposés ne pas avoir les mêmes dotations relatives de facteurs et donc ne pas obtenir les mêmes coûts relatifs de production pour les produits.

En 1919, HECKSCHER tente de fournir une explication à la différence des coûts relatifs pouvant exister entre les pays.. Il admet que les techniques de production peuvent être facilement transférées d'un pays à l'autre (alors que Ricardo ne l'admettait pas). Partant de là, si les coûts de production sont différents entre les pays c'est parce que les prix des facteurs de production y sont différents. Chaque pays est donc amené à combiner ses facteurs de production (travail, capital, ressources naturelles) de manière différente. Par exemple, dans les pays où la main-d'œuvre est abondante le prix du travail sera faible et la production se spécialisera dans des biens incorporant une forte proportion de facteur travail et une faible proportion de facteur capital. Le commerce extérieur de ces pays se caractérisera donc par une spécialisation dans l'exportation de ces biens.

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John HICKS
(GB, 1904-1989) PRIX NOBEL 1972

Économiste de la synthèse.
Il a développé une théorie du consommateur fondée sur le rôle des anticipations des variations des prix. Si les ménages anticipent une baisse des prix, ils réduisent leur consommation immédiate pour la reporter quand les prix auront baissé. Dès lors la déflation précipite la crise en réduisant encore plus les débouchés.
Il s'oppose à l'effet d'encaisses réelles de PIGOU.
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Albert O. HIRSCHMAN (ÉUA, 1915- )
Classé parmi les économistes hétérodoxes, Albert HIRSCHMAN réfute l'approche néoclassique et montre que l'on ne peut pas penser l'économie dissociée des aspects sociaux, politiques et moraux.
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Stanley JEVONS (GB, 1835-1882) NC Fondateur de l’école de Cambridge.

1871, "La théorie de l’économie pure ", le début du marginalisme.
1875, "La monnaie et le mécanisme de l'échange", des propositions d'étalon monétaire.
1879, "Les crises commerciales et les taches du soleil", ou le début de l'économétrie.
1882, "Les relations de l’État et du marché du travail ", livre dans lequel il veut montrer la supériorité du libéralisme sur le socialisme.
Né dans une famille riche (père industriel dans le textile) à Liverpool en 1835, il connaît la ruine en 1847.
Ce qui l'empêche, pourtant élève doué, d'intégrer Oxford ou Cambridge. Grand consommateur de livres, il part en Australie, à 19 ans. Esprit éclectique, il accumule de nombreuses connaissances et publie une oeuvre abondante dans laquelle il va révolutionner les idées sur la valeur et mettre, à son tour, l'accent sur l'importance des mathématiques en économie : "L'économie, si elle veut être une science, doit être une science mathématique".

"Très influencé par le positivisme d'Auguste COMTE, il soutient que les économistes doivent formuler des relations mathématiques entre les grandeurs caractéristiques de l'économie et les vérifier par le calcul statistique, de façon que leurs assertions ne relèvent pas de la simple intuition ou d'une démarche politique prédéfinie. Il pose en fait les bases de ce qui deviendra l'économétrie. Son ouvrage de 1879, le plus célèbre en la matière met en parallèle une série chiffrée de la production anglaise et une chorologie des éruptions solaires, il établit un lien mathématique entre les deux et déduit que l'agitation du soleil, en perturbant le climat, modifie les récoltes et fixe les rythmes d'évolution de la production. Cet ouvrage suscitera une vaste polémique, certains le prenant comme exemple de raisonnement farfelu s'appuyant sur des résultats mathématiques hâtivement interprétés. Pourtant les physiciens d'aujourd'hui, qui connaissent mieux les cycles qui caractérisent l'activité solaire et leurs conséquences climatiques, ne sont pas loin de donner raison à Jevons, après un siècle de sarcasme sur son livre, présenté comme la caricature des abus de la modélisation." Jean-Marc DANIEL (Le Monde 28/11/2000), professeur à l'ESCP-EAP, auquel cet article doit beaucoup.

Dans son livre de 1871 ("La théorie de l’économie pure"), il reprend le concept d'utilité de BENTHAM pour expliquer le comportement des consommateurs en formulant le principe de l’utilité marginale : les individus rationnels fondent leurs choix sur l'utilité supplémentaire, ou marginale, de chaque bien.
Ce livre inaugure une approche marginaliste (en même temps que
WALRAS et MENGER) en faisant du fondement de la valeur l’utilité marginale. Il va révolutionner la théorie de la valeur en lui enlevant d'ailleurs son aspect philosophique hérité de Saint-Thomas d'Aquin. Il dénègue la valeur-travail en montrant, après Jean-Baptiste SAY, que le prix d'un objet correspond à l'utilité qu'il procure à son acheteur. Mais il va plus loin puisqu'il estime, en outre que cette utilité est mesurable (utilité ordinale) et qu'elle varie en fonction des quantités consommées. Le raisonnement marginaliste est né. Il constate que plus on consomme d'un même bien, moins l'utilité marginale est forte, celle-ci qu'il appelle "degré final d'utilité" est donc décroissante. Il démontre que, mathématiquement, cette utilité marginale est la dérivée de la fonction qui relie l'utilité totale aux quantités consommées; et que la dérivée seconde de la fonction est négative, ce qui explique la décroissance de l'utilité marginale. Pour Jevons, lorsqu'un acheteur acquiert une unité supplémentaire d'un bien sur un marché, son plaisir est égal au degré final d'utilité et son déplaisir est égal au prix qu'il doit acquitter. Tant que le prix à payer (son déplaisir) est inférieur à l'utilité marginale (son plaisir), le consommateur continue à acheter. Il s'arrête de consommer davantage de ce produit lorsque l'utilité marginale est égal au prix qu'il doit payer. Notons bien que ce raisonnement est un raisonnement individuel et, qu'en conséquence, chaque individu agira selon des goûts personnels.
"Les prix ne représentent pas les quantités de travail incorporés dans la production des objets, mais dans la hiérarchie des satisfactions que procure aux consommateurs l'acquisition d'une unité supplémentaire de chacun des biens disponibles sur le marché." J. M. Daniel

Enfin, en 1875, dans son essai sur la monnaie et les mécanismes de l'échange, il propose de remplacer l'or par un panier de marchandises comme référent monétaire.
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Richard KAHN (GB, )

1931. La relation de l’investissement public au chômage.

Cet ouvrage qui influença Keynes, marqua une étape décisive dans la pensée économique. À l’encontre du libéralisme traditionnel, il a mis en question le postulat de la tendance spontanée du système capitaliste vers l’équilibre du marché du travail. Il affirma la nécessité d’investissements publics comme moyen de lutter contre le chômage en démontrant l’effet multiplicateur. Il calcula le nombre d'emplois directs générés par un investissement public et le nombre d'emplois indirects générés par les retombées des emplois directs. Son multiplicateur est le ratio entre les emplois secondaires et les emplois directs.
KEYNES reprendra ces travaux dans sa "Théorie générale... "et les complétera pour aboutir au multiplicateur keynésien.

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KALDOR
(1908-1986)

"Les travailleurs dépensent ce qu’ils gagnent et les capitalistes gagnent ce qu’ils dépensent. "

XXX À compléter

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John Maynard KEYNES (Angleterre, 1883-1946)

1919 "Les conséquences économiques de la paix"  ; 1931 "Traité de la monnaie"  ; 1936. "Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie "

Économiste et financier anglais. Élève d’Alfred Marshall, à Cambridge, il fut chargé à plusieurs reprises d’importantes missions par le gouvernement britannique. Délégué à la conférence de la paix (1919), il démissionna pour marquer son opposition aux dispositions du traité de Versailles exigeant de l’Allemagne vaincue d’importantes réparations et exposa ses raisons dans "Les conséquences économiques de la paix "en 1919. Tenu quelque temps à l’écart des affaires publiques, il manifesta son hostilité à l’égard de la politique déflationniste du gouvernement britannique et en critiquant les thèses de l’économie politique classique et néoclassique, sur l’équilibre économique et ses mécanismes autorégulateurs.

Écrits au lendemain de la crise de 1929, alors que sévissait un grave chômage dans les sociétés industrielles, les deux ouvrages principaux de Keynes, "Le traité de la monnaie "(1931) et "La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie "(1936) visent précisément à expliquer l’existence du sous-emploi. Raisonnant en termes macro-économiques, les problèmes étant traités en termes de quantités globales (revenu, consommation, épargne, investissements), Keynes voit dans le sous-emploi le résultat d’une baisse relative des dépenses de consommation, d’une baisse de l’efficacité marginale du capital et d’un taux trop élevé de l’intérêt entraînant une baisse des investissements. Aussi, tout en voulant préserver au maximum les principes du libéralisme, Keynes préconisa-t-il une intervention des pouvoirs publics pour assurer le plein emploi par une politique monétaire et fiscale favorisant la propension à consommer (abandon de la référence monétaire au stock d’or pour pouvoir mener une politique monétaire plus permissive, augmentation des investissements privés et publics).

L’influence de Keynes fut considérable, tant sur le plan de l’analyse théorique que sur le plan de la politique économique, monétaire et sociale internationale. Devenu l’économiste officiel de la Grande-Bretagne, il fut nommé sous-gouverneur de la banque d’Angleterre, élevé à la pairie et chargé d’élaborer un projet de stabilisation internationale des monnaies (plan Keynes). La conférence de Bretton-Woods (1944) qui lui préféra le plan White, aboutira à la création du FMI et de la BIRD (banque internationale pour la reconstruction et le développement économique). (Robert)

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Lawrence R. KLEIN (États-Unis, 1920- )   NOBEL 1980

KEYNES DANS UN MODÈLE. Né en 1920, Lawrence KLEIN étudie à l'Université de Berkeley (Californie) et plus tard, avec Samuelson, au Massachusetts Institute of Technology.
Il a été professeur à l'Université de Pennsylvanie et conseiller du président Carter.

Il a contribué à la diffusion des idées keynésiennes en publiant, en 1948, "La révolution keynésienne ".

Le prix Nobel lui a été attribué en 1980 parce que, par sa recherche scientifique, il a contribué à diffuser l'emploi de modèles économétriques dans le monde entier.

Partant de la théorie macro-économique et de l'analyse des mouvements conjoncturels de Keynes, Klein s'est efforcé de développer des modèles économétriques de plus en plus sophistiqués. Ceux-ci peuvent être divisés en trois générations.
Dans les années 50 il élabore des modèles conjoncturels dans le but de prédire les mouvements cycliques aux États-Unis.
La deuxième génération est formée par le fameux "Wharton Econometric Forecasting ModeL". Ce modèle, qui groupe un millier d'équations, sert surtout à vérifier l'influence de la politique économique.
Dans les années 70, KLEIN étudie le projet "LINK ", visant à relier entre eux les modèles de divers pays afin de formuler des perspectives sur le commerce international et les mouvements internationaux de capitaux. Ce projet permet en outre de simuler et de prévoir les effets que les mesures prises dans un pays auront sur d'autres économies. Par exemple: l'incidence de mesures de relance adoptées en Allemagne sur la croissance économique en Belgique. Bien que les modèles économétriques ne puissent refléter qu'une partie de la réalité, ils offrent le grand avantage, en partant de certaines hypothèses, de fournir des prévisions et simulations cohérentes.

En travaillant avec des modèles de plus en plus perfectionnés, KLEIN a permis de mieux comprendre les mécanismes de l'économie et a surtout précisé les effets possibles de la politique économique, sur le plan national comme international.

Simon KUZNETS (Ukraine, 1901- États-Unis, 1985) NOBEL 1971

Source : Jean-Marc DANIEL, in Le Monde du 15 avril 2003.
" L’autre théoricien de la croissance. Sur les quelque cinquante prix Nobel d'économie décernés seuls deux l'ont été pour des travaux sur la croissance : Robert SOLOW et à Simon KUZNETS. Notons que Kuznets a consacré toute une vie de chercheur à cet unique sujet.

Chercheur dans l’âme (il ne quitte guère son bureau), il se méfie des idées toutes faites et il considère comme un préalable indispensable à toute théorie l'analyse méticuleuse et quantifiée de la réalité. Sa première contribution à la science économique porte sur la statistique. Il participe à la définition des concepts de la comptabilité nationale et élabore des séries chiffrées sur les principales économies. De cette approche empirique il retire une description de la croissance qui ne s'inscrit dans aucun schéma préétabli.

Son premier constat est que la croissance repose sur la diffusion du progrès technique par le biais de l'investissement. Pour accélérer la croissance, l'État doit contribuer à cette diffusion : une politique de formation augmente les savoir-faire et les compétences de la main-d’œuvre, transformant les innovations en gains de productivité du travail ; le financement de la recherche scientifique favorise les découvertes et l'émergence du progrès technique ; le libre-échange accroît les débouchés qui garantissent la rentabilisation à long terme des nouvelles technologies.

Son deuxième constat est que, à court terme, la croissance est cyclique. Récession et surchauffe, déflation et inflation se succèdent, selon un rythme déjà identifié par certains économistes du XIXème siècle comme le Français Clément JUGLAR. L'État doit chercher à lisser ces cycles. Pour cela, il dispose du déficit budgétaire en tant que régulateur conjoncturel Mais son usage doit s'inscrire dans une approche de long terme. Il est un facteur de croissance durable s'il finance des investissements augmentant la productivité, et un facteur d'inflation future s'il résulte d'un accroissement des revenus sans lien avec l'évolution de la productivité du travail comme c'est le cas par exemple en cas de baisses d’impôt.

Son troisième constat est que la croissance suppose des modifications en profondeur de la société, comme la concentration de la main-d’œuvre dans les villes, l'acceptation de la mobilité professionnelle, l'alphabétisation et la généralisation de la scolarisation, l'industrialisation et l'existence d'un secteur énergétique performant. Enfin, la croissance est un état d'esprit. Elle n'est possible que dans un environnement culturel favorable, qui encourage le risque et reconnaît les fonctions entrepreneuriales, au même titre que les fonctions publiques ou artistiques.

Pour sa part, Kuznets ne fait pas partie des audacieux économiques. La complexité du monde que lui montrent ses études le fait souvent douter et renforce sa modestie naturelle. C'est avec surprise qu'il apprend qu'il est lauréat du prix Nobel 1971, aboutissement d'une carrière qui se clôt officiellement cette année-là, mais qui ne s'achève en fait qu'avec sa mort en 1985. " Jean-Marc DANIEL est professeur à l'ESCP-EAP.

Source AA. Il faut aussi retenir deux apports de Kuznets :

L’invalidation de la loi psychologique fondamentale de KEYNES en montrant que sur le long terme, la propension moyenne à épargner était stable ;

La courbe en U renversée qui sera, elle démentie par J. STIGLITZ, qui stipulait que lorsqu’un pays amorce son développement, les inégalités sociales augmentent, dans un premier temps. Puis, dans un deuxième temps, l’enrichissement de l’économie permet de réduire les inégalités sociales.

 

 

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Arthur LAFFER (États-Unis, 1941)

Économiste libéral qui a constitué, avec Gilder et Mundell, l’école de l’offre (supply siders).
Cette école considère qu'il faut réduire le poids de l'État dans l'économie.

LAFFER s'est fait connaître par sa critique des taux d'imposition : "Trop d’impôt tue l’impôt " ou "les hauts taux tuent les totaux".
Au-delà d’un certain seuil, toute augmentation du taux d’imposition provoque une diminution des recettes fiscales. Il utilise, pour sa démonstration une courbe en cloche ayant en abscisse le taux d’imposition et en ordonnée les recettes fiscales.

Voir mon cours sur le libéralisme

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Barthélemy de LAFFEMAS (France, 1545-1612)

Économiste mercantiliste qui contribua au développement de la manufacture de luxe en France. Il écrivit, en 1597, "Règlement pour dresser les manufactures du royaume."

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LÉNINE (Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, Russie, 1870-1924)
Connu pour son rôle dans la révolution russe de 1917 et dans les premières années de l'URSS (il est l'instigateur de la nouvelle politique économique de 1921), il a également écrit plusieurs textes, notamment sur les phases finales du capitalisme. Il est "l'inventeur" de la phase de transition vers le communisme, appelée "socialisme", pendant laquelle l'Etat joue un rôle direct prépondérant.
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Arthur LEWIS (États-Unis d'Amérique, 1915-1991). Prix Nobel 1979

Arthur LEWIS est né aux Antilles en 1915.
Il a étudié à la London School of Economics, c'était un spécialiste de l'économie agricole et du développement.
Son ouvrage le plus connu est "The Theory of Economic Growth".

Dans son analyse des problèmes du développement, il insiste avant tout sur la nécessité de briser les structures sociales et culturelles traditionnelles des pays en développement. La classe dirigeante de ces pays empêche en effet souvent le développement économique parce qu'elle craint que les changements structurels ne lui fassent perdre le pouvoir. Il affirme en outre que le développement industriel dans le Tiers monde doit s'appuyer sur un secteur agricole solide et sain. Il faut aussi mettre en place une bonne infrastructure (transports et approvisionnement en énergie). Cela exige toutefois de gros capitaux, mais le faible taux d'épargne et l'organisation financière défaillante des pays en cause constituent des goulets d'étranglement.
Le grand mérite de Lewis est sans aucun doute d'avoir toujours mis en pratique ses théories. C'est ainsi qu'il a été attaché aux Nations-Unies, au Gouvernement du Ghâna et à plusieurs gouvernements de pays du Tiers monde.
Il a également participé à la création de la Banque caraïbe de Développement.
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Frédéric LIST (Allemagne, 1789-1846)
Il est surtout connu pour ces théories sur le commerce international, opposées à celles de Smith et Ricardo. Selon lui, en effet, le libre-échange a tendance à perpétuer la domination des nations qui ont su se lancer en premier dans une industrie porteuse. Il préconise donc l'utilisation des droits de douane pour favoriser l'éclosion d'industries nationales compétitives (théorie du protectionnisme éducateur).
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Robert LUCAS (ÉUA, 1937- )

Fondateur de la "Nouvelle école classique "(NEC). ou Nouvelle macroéconomie classique (NMC)

On lui doit le concept des anticipations rationnelles. Cela le conduit à rejeter la validité de la courbe de Phillips, y compris à court terme, ce qui le différencie des monétaristes : "Aucune règle étatique de politique monétaire ou fiscale ne permettra d’obtenir autre chose que le taux naturel du chômage ".

Il préconise donc une politique anti-inflationniste car elle est seule susceptible d’apporter la croissance et le plein emploi.

Il fait, par ailleurs, du capital humain le principal facteur de la croissance

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Edmond MALINVAUD (France, 1923- )

Cet économiste français est connu pour avoir cherché une synthèse entre les néoclassiques et les keynésiens.
Il a, en particulier, développé un modèle faisant apparaître que plusieurs types de chômage pouvaient coexister. Alors que le "chômage keynésien "résulte d’une insuffisance de la demande, le "chômage classique "est lié à l’impossibilité de vendre à un prix qui assurerait une rentabilité considérée comme normale de la part des chefs d’entreprise (théorie du dés
équilibre).

La politique économique susceptible de réduire un type de chômage est inadaptée à la lutte contre l’autre type de chômage. Une connaissance approfondie de la nature du chômage à un moment historique donné est une condition de la détermination d’une politique efficace.

Il a été le premier à affirmer que l’augmentation du chômage entre 1973 et 1984 a été due à "une hausse excessive des salaires réels due à des revendications et à des concessions salariales excessives ".
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Thomas Robert MALTHUS (Angleterre, 1766-1823)

1798. "Essai sur le principe de la population" ;
1820. "Principes d’économie politique";
1823. "Définitions en économie politique et mesure de la valeur".

Pasteur anglican, professeur d'histoire et d'économie politique. Son principal ouvrage est son "Essai sur le principe de la population". Son sujet de prédilection est donc démographique.
Sa démonstration est fondée sur l’idée que la population croît plus vite (progression géométrique) que les subsistances (progression arithmétique), provoquant un déséquilibre qui conduit l’humanité vers la famine.
Selon la loi des rendements décroissants, en effet, une faible population commencera par exploiter les terres les plus fertiles. Mais au fur et à mesure de la croissance de la population, on devra avoir recours à des terres de plus en plus difficiles à cultiver et nécessitant donc de plus en plus de ressources financières et humaines. Cela se traduit par des crises de famine périodiques. Il en déduit qu'il ne faut pas porter secours aux plus pauvres de manière à éviter leur multiplication... Pour ramener l’équilibre, il distingue des moyens destructifs (épidémies, guerres, etc.) et préventifs (restriction volontaire de la natalité).
Pour lui, les "poor laws" favoriseraient la natalité et la fainéantise.

Depuis, lorsque l'on parle de malthusianisme, on évoque les théories qui préconisent une limitation des naissances, ou parfois, d'une façon plus générale, de l'offre. Dans un ouvrage ultérieur (1820), il évoquera les effets négatifs d'une épargne trop développée. Il se distingue également des autres économistes classiques par sa conviction que c'est la demande qui stimule l'offre et non l'inverse comme le pense Say. Mais Malthus resta partisan d’une politique économique libérale et se montra hostile aux mesures d’assistance sociale prises par l’État. Certaines de ses idées influencèrent directement Ricardo (rôle de la monnaie, rente foncière), mais aussi Marx (qui le critiqua fortement) et Keynes avec ses conceptions de l'épargne et de la demande.

Ses idées influencèrent la formation du concept de sélection naturelle chez Charles Darwin.
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Harry MARKOWITZ (ÉTATS-UNIS)   NOBEL 1990

Ce Nobel 1990 a finalisée la "théorie de modélisation du portefeuille", qui permet de déterminer le meilleur portefeuille financier en fonction du risque et du rendement attendu.

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Alfred MARSHALL (Angleterre, 1842-1924) NC

"Principes d'économie politique" 1890
"Industrie et commerce ", 1919
"Monnaie, crédit et commerce ", 1923

Il fut un trait d'union entre les classiques et les marginalistes. Ses "Principes" constituèrent la référence des étudiants anglo-saxons jusqu'aux années trente. Il est donc avant tout le fédérateur de théories déjà établies; il formalisera par exemple la théorie des avantages comparatifs de Ricardo dans son dernier livre,
Mais il apporte également quelques idées originales : c'est par exemple à lui que l'on doit la notion d'économies d'échelle. On lui doit également l'appellation d'"
utilité marginale" que ses trois devanciers (Jevons, Menger et Walras) nommaient sous diverses autres appellations.
Contrairement à
Léon WALRAS qui travaillait sur l’équilibre général, Marshall a raisonné sur l’équilibre partiel. Il s’est attaché à décrire comment peut être atteint l’équilibre sur un marché, sans tenir compte des effets des variations du prix d’un produit sur l’équilibre des autres marchés. Il raisonnait "toutes choses étant égales par ailleurs "(ceteris paribus). Partant de là, on peut dégager des lois économiques (par exemple, la demande est une fonction croissante du revenu et une fonction décroissante du prix), mais on ne peut expliquer le fonctionnement de l’économie dans son ensemble.

Par ailleurs, il introduisit dans l’équilibre NC du producteur la distinction entre le court terme (l’employeur ne peut faire varier que le facteur travail) et le long terme (l’employeur peut jouer tant sur le volume du travail que sur le volume du capital).

Avec "Industrie et commerce" publié en 1919, il ouvre la voie à l’économie industrielle et se pose comme le précurseur de la concurrence monopolistique que développera Chamberlin en 1933.

Marshall défendit l’économie de marché dans laquelle les ajustements de prix permettent d’atteindre l’équilibre, notamment sur le marché du travail. Mais il préconise une intervention raisonnée de l’État afin de remédier aux conséquences sociales négatives qui pourraient subvenir.

L’État doit aussi intervenir pour soutenir les industries à coûts décroissants au détriment des industries à coûts croissants car les premières génèrent davantage de bien-être que les secondes.

Membre de l’école de Cambridge.
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Karl MARX (Allemagne, 1818-1883)

1848. "Manifeste du parti communiste"
1849. "Travail salarié et capital"
1859. "Contribution à la critique de l’économie politique"
1867. Premier tome du "Capital"

Dans la doctrine de Marx, le matérialisme historique fait des forces productives et des rapports de production (division du travail) la base du régime social, c'est-à-dire de la division de la société en classes opposées et celle des superstructures juridiques, politiques (l’État comme instrument de la classe matériellement dominante) et idéologiques (religion, philosophie, etc.), superstructures qui exercent une action en retour sur l’infrastructure économique et sociale. En se développant, les forces productives entrent en conflit avec les rapports sociaux et politiques : contradictions qui s’expriment dans la lutte des classes, ainsi celle qui oppose bourgeois et prolétaires dans le système capitaliste. Dépassant les analyses de l’économie politique classique sur la valeur d’échange des produits et sur le salaire naturel, Marx étudia les mécanismes de l’économie capitaliste (faire valoir le capital par l’échange). Il expliqua la formation de la plus-value par l’exploitation de la force de travail de l’ouvrier et du profit réalisé par le capitaliste (rapport de la plus-value sur le capital total), ainsi que l’accumulation du capital (plus-value accumulée). Il put ainsi étudier le développement des "contradictions "de ce système : la baisse tendancielle des taux de profit, les crises périodiques de surproduction, la concentration du capital entre les mains d'une classe toujours plus restreinte, la formation d'une surpopulation relative (chômage) et la paupérisation accrue de leur classe. Ces contradictions ne peuvent se résoudre que par la transformation de la société capitaliste en société socialiste, par l’appropriation collective des moyens de production, révolution dont l’agent sera le prolétariat.

Conception matérialiste et dialectique de l’histoire, le marxisme contient les principes théoriques d’une praxis révolutionnaire.
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James MEADE (GB) (1907-

1951 : "La balance des paiements" ; 1965 : "L’économie stationnaire" ; 1968 : "L’économie en croissance" ; 1971 : "L’économie concrète ou administrée"

MEADE est né en 1907. Dans les années 30, il fréquente comme jeune économiste le cercle de KEYNES (le circus) et se familiarise rapidement avec les théories macro-économiques de ce dernier. Après avoir travaillé pendant une dizaine d'années dans des organismes internationaux et britanniques, il continue sa carrière académique à la London School of Economics et à l'Université de Cambridge.

Meade a reçu le prix Nobel, en 1977, pour ses travaux sur le commerce international et les mouvements internationaux de capitaux. Il a toutefois aussi fait oeuvre de pionnier dans nombre d'autres domaines, en particulier la planification économique, l'économie du bien-être, les finances publiques, la théorie de la croissance et la distribution des revenus et du patrimoine. Il a, en outre, travaillé sur les inégalités des richesses, des revenus et de la propriété. Enfin, c'est un des pères de la comptabilité nationale.

Il distingue trois modes de base d’appropriation des ressources qu’il appelle :

"propdem ", répartition égalitaire ; démocratie des propriétaires ?

"plantcap ", capitalisme de plantation : propriétaires oisifs et travailleurs prolétaires ;

"propcap ", capitalisme de propriété qui est une situation mixte.

Ces modes d’appropriation peuvent être modulés par la redistribution ("welstat "ou la planification ("plansoc ").

Meade pense que les inégalités sociales limitent la croissance et il préconise des politiques mixtes : "lib-lab policy ", libérales par le maintien des mécanismes de marché, pour l’allocation des ressources et sociales pour éviter les injustices.

On lui doit le célèbre exemple du pomiculteur et de l'apiculteur pour expliquer ce qu'est un effet externe. Lorsqu'un pomiculteur, dont la propriété jouxte celle d'un apiculteur, décide d'accroître la surface de sa pommeraie, il fait bénéficier l'apiculteur d'une externalité positive puisque ses abeilles, au printemps, disposeront de davantage de fleurs et produiront davantage de miel. L'apiculteur, sans dépenser davantage, verra sa production augmenter.

En ce qui concerne sa contribution à la théorie économique internationale, Meade a bâti sur les fondements posés par Ohlin, en mettant surtout l'accent sur le problème de la politique de stabilisation dans les économies ouvertes. Meade a démontré notamment que la réalisation simultanée de l'équilibre intérieur (plein emploi et stabilité des prix) et de l'équilibre extérieur (balance des paiements) appelle aussi bien une action sur le revenu national (à travers des mesures monétaires et budgétaires) que des ajustements de prix (par des modifications du cours de change ou du niveau des salaires). En utilisant un seul instrument, une situation conflictuelle se crée entre les objectifs précités. Plus récemment, Meade a également approfondi la théorie de l'intégration économique : union douanière et union économique.
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Carl MENGER (Autriche, 1840-1921) NC

C’est le fondateur de l’école marginaliste de Vienne.

En même temps que Jevons et que Walras, dans "Fondements de l’économie ", 1874, il formule une nouvelle théorie de la valeur qui, mettant l’accent sur son fondement psychologique, prétend la déterminer non plus par le coût moyen nécessaire à la production des biens (théorie classique), mais par l’utilité de la dernière unité disponible de ces biens (utilité marginale).
Ses "Principes d'économie politique" constituent l'un des ouvrages majeurs de l'école marginaliste. Il est l'un des fondateurs de l'individualisme méthodologique, présentant l'être humain comme un être parfaitement rationnel cherchant à maximiser sa satisfaction (l'être humain ainsi considéré est parfois appelé homo-oeconomicus).
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John Stuart MILL (Angleterre, 1806-1873)

1843, "Système de logique". 1846, "Principes d’économie politique"

Formé par son père, James Mill, il adopta aussi les principes de la philosophie utilitariste de Bentham qu’il interpréta avec une largeur de vue nouvelle. Bien qu’individualiste et libéral, il prôna l’intervention de l’État en faveur de la classe déshéritée, proposa une modification du droit de propriété et la formation de coopératives de production. Il fut un partisan de la libération politique de la femme.

Les thèmes directeurs :

1°) La politique économique. Son problème : arriver au meilleur mode de répartition. Pour cela, la propriété privée est préférable au communisme à condition d’être aménagée : coexistence entre liberté individuelle et propriété commune des matières. La propriété n’est qu’un bail, il faut limiter le droit d’héritage et éliminer de la société tout parasitisme.

Il faut organiser "l’État stationnaire "puisque les progrès techniques ne sont pas illimités et que la richesse ne saurait s’accroître sans cesse.

Dans cet état, il faut s’attacher à une juste répartition.

2°) Les échanges internationaux. Le commerce international se révèle apte à lutter contre la baisse des profits et la hausse du prix des subsistances.
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 Merton MILLER (États-Unis, 16 mai 1923 - 3 juin 2000)       Nobel 1990

En se basant sur les travaux de Markowitz, il est devenu l'un des "fondateurs de la finance moderne". C'est d'ailleurs en compagnie de Harry MARKOWITZ et William SHARPE qu'il obtint prix Nobel en 1990. Ces trois économistes ont conduit des analyses dans le domaine de la théorie financière des entreprises.

À la fin des années 50, Miller avait conduit des analyses avec Franco MODIGLIANI (Nobel 1985). Leurs premiers théorèmes dans le domaine de la finance d'entreprise avaient été publiés en 1958. Ils ont été les premiers à appliquer les théories économiques aux entreprises. Ensemble, ils ont formulé deux théorèmes en matière de théorie financière, modélisant les relations entre la structure du capital, la politique du dividende et la valeur du coût du capital.

Le premier exprime de manière théorique le fait que la valeur d'une entreprise est indépendante de son endettement. Le second fait ressortir le fait que la valeur d'une entreprise est indépendante des dividendes distribués, et que, en conséquence, une augmentation importante des dividendes n'est pas nécessairement bénéfique. Une théorie que les groupes américains ont été nombreux à appliquer, bien qu'elle aille, en pratique, à l'encontre de l'intérêt des actionnaires.

Professeur à l'université de Chicago entre 1961 et 1993, il fut également membre du conseil du marché des contrats à terme de Chicago entre 1990 et 2000. Il a rédigé huit ouvrages, parmi lesquels :

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Ludwig von MISES (1881-1973)

Né à Lamberg, en Autriche-Hongrie, il a été professeur à Vienne, Genève et New-York.

"La théorie de la monnaie et du crédit" (1922)  ; "Le socialisme ; analyse économique et sociologique " (1922)

Dans ce dernier ouvrage, il défend l’idée que les pays socialistes sont condamnés car ils sont dans l’impossibilité de mettre en place un système de prix rationnel.
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Franco MODIGLIANI (ÉUA, 1918 - Italie )
Né en Italie, Franco MODIGLIANI a travaillé aux États-Unis d'Amérique. Il a obtenu le prix Nobel en 1985 "Pour son oeuvre de pionnier en matière de l’analyse de l’épargne et des marchés financiers. "

Il a développé la "théorie du cycle de vie" selon laquelle la consommation et l'épargne d'un individu dépendent de ses ressources stables calculées sur la vie entière et non pas sur le revenu courant (critique de la théorie keynésienne). Il a constaté trois phases significatives dans l'existence d'un individu en matière de consommation et d'épargne : la jeunesse, la période d'activité et la période de retraite. Les première et dernière phases sont caractérisées par une consommation supérieure aux ressources et donc par une désépargne alors que la période d'activité est marquée par la constitution d'une épargne et donc d'un patrimoine.
Cette présentation montre que les individus font des choix intertemporels (voire même intergénérationnels) et que leurs comportements ne sont pas irrationnels.
Pour une économie toute entière, le taux d'épargne dépendra aussi de l'âge de sa population, un pays jeune aura tendance à dégager une épargne plus importante alors qu'un pays vieillissant aura plutôt tendance à désépargner.

En outre, Modigliani a formulé, avec Merton Miller, deux théorèmes célèbres en matière de politique financière de la firme :

En conséquence, une augmentation importante des dividendes n’est pas nécessairement souhaitable.

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Antoine de MONTCHRESTIEN (France, 1575-1621)

Antoyne MAUCHRESTIEN (son vrai nom) est né à Falaise vers 1575. Il meurt lors d'une escarmouche confuse, au printemps 1621, près de Domfront (Orne). Ce personnage haut en couleur est le fils d'un apothicaire et sa famille, d'origine modeste, pense à un destin ecclésiastique, Mais celui qu'un biographe qualifie de " Cyrano normand " ne rêve que de coups et de blessures, d'aventures lointaines et d'amours audacieuses, tout en aspirant à la reconnaissance sociale et à la renommée. Il est d'abord auteur dramatique de tragédies dramatiques et fait jouer sa première pièce en 1596. En 1601, il publie un recueil de tragédies dont la plus célèbre, et la seule encore connue, L Écossaise, s'inspire de la vie de Marie Stuart. En cette même année 1601, le bon roi Henri, quatrième du nom, nomme Barthélémy de Laffemas ministre du commerce. Initiateur de ce qui deviendra le colbertisme et partisan d'une politique industrielle active, il développe les manufactures royales, créant notamment en 1603 celle des Gobelins. Si la postérité a plus retenu l'action de son rival Sully, il est une référence de son temps. II publie en 1606 un opuscule intitulé Du commerce, de la vie du loyal marchand et du bien qu'il faict au peuple du Royaume. C'est un des rares livres que Montchrestien a la possibilité d'embarquer dans sa fuite : car, en cette année 1606, il doit quitter précipitamment le pays pour avoir tué quelqu'un en duel. Muni du livre de Laffemas, il s'installe en Angleterre puis aux Provinces-Unies, pays dont la richesse augmente régulièrement malgré de faibles ressources naturelles. Fasciné par le dynamisme des Hollandais, il s'intéresse à ce qui deviendra grâce à lui " l'économie ". Revenu en France en 1609, se faisant appeler chevalier de Vasteville, il fait un riche mariage qui lui donne les moyens de créer une manufacture d'ustensiles et d'outils à Châtillon-sur-Loire. Apparemment assagi, notable reconnu et prospère il est fait baron en 1616. C'est dans ce contexte qu'il envoie en 1615 au jeune Louis XIII un traité d'économie politique qui doit aider le roi à consolider sa place dans l'histoire et va en pratique, assurer la sienne. Son contenu est jugé peu original dés la parution. Montchrestien copie Laffemas. Tous deux s'opposent à la vision scolastique qui met au centre de la société le paysan guidé dans sa vie spirituelle par le prêtre et, dans sa vie matérielle, par le seigneur. Pour eux les personnages importants sont l'industriel et le commerçant. En effet, la source de toute richesse est le travail, mais le travail agricole, qui dépend de la nature et de ses saisons, est limité dans ses résultats, et donc moins efficace que celui de l'artisan et de l'ouvrier. Ces derniers qui ne produisent pas leur nourriture, ont besoin d'échanger avec les paysans pour vivre de leur travail. C'est le rôle des commerçants d'organiser ces échanges, de vendre de quoi se nourrir à l'ouvrier et ses outils au paysan. Cette réhabilitation du commerçant que l'Église a du mal à accepter s'accompagne d'une apologie de l'accumulation de l'or et de l'argent, métaux précieux qui sont les instruments privilégiés du commerce. Montchrestien croit qu'il fait, selon l'expression en usage à son époque, de la " chrématistique ", Montchrestien veut fournir au roi des conseils pour faire une bonne politique, c'est-à-dire bien gérer l'État. Comme le but du souverain doit être le bonheur de ses sujets, et que ce bonheur passe par leur aisance matérielle, son économie politique est une réflexion sur le moyen d'accroître la production nationale. Mais elle ne se limite pas à cela. Montchrestien conseille au roi une politique étrangère agressive, des guerres victorieuses pour s'assurer la gloire et l'admiration de ses sujets. Il défend des thèses colonialistes. Le livre ne connaît guère de succès, mais c'est à partir de sa publication que l'expression " économie politique " s'impose. Certes, ORESME écrivait déjà au XIV siècle " Économie est l'art de gouverner pour acquérir richesses " et Louis Turquet de Mayerme parlait, dès 1590, d'économie politique. Mais c'est après Montchrestien que l'on prend l'habitude de désigner la réflexion sur la création de richesses sous le nom d'économie politique. Dans l'immédiat après-1848, les économistes, soucieux de ne pas effrayer les pouvoirs contre-révolutionnaires qui se mettent en place, laissent tomber le " politique ". Dès lors, on parlera de science économique. En 1621, Montchrestien meurt en rebelle. Il a rejoint les maquis protestants hostiles au roi, sans que l'on connaisse ses mobiles réels. S'il est peu probable qu'il se soit converti au calvinisme, plusieurs hypothèses sont émises : soit il fuit la faillite honteuse de son entreprise, ou une coalition de maris trompés en colère, ou enfin la justice qui le pourchasse pour s'être fait faux-monnayeur ! Il partage ses derniers jours entre l'attaque des riches façon Robin des bois et la rédaction de poèmes en l'honneur de l'armée. Lui qui fut économiste tout en voulant être Ronsard meurt des mains d'une famille destinée à s'acharner contre lui. Le magistrat qui dirige l'assaut fatal s'appelle Claude TURGOT. C'est un lointain ancêtre d'Anne-Robert TURGOT, qui s'emploiera à tuer les idées mercantilistes dont il fut un héraut.
D'après Jean-Marc DANIEL in Le Monde du 6 juin 2001
Avec Bodin et Colbert, il est une des figures du mercantilisme industriel.

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Thomas MUN (Angleterre, 1571-1641)

Homme d’affaires anglais, membre du conseil de la Compagnie des Indes orientales, Mun publie en 1621 un "Discours sur le commerce entre l’Angleterre et les Indes orientales"; pour défendre sa compagnie, accusée de contribuer à l’hémorragie des espèces hors du royaume par ses importations de cotonnade venant des Indes.

Son fils publiera, après sa mort, en 1664, son second livre "Le trésor de l’Angleterre par le commerce extérieur". Ce livre est considéré comme l’ouvrage classique du mercantilisme anglais.
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Robert MUNDELL   (CANADA, 1933- ) Nobel 1999

Formé à la London school of economics et au MIT de Boston, Robert MUNDELL, après un bref passage au FMI, enseigne de 1966 à 1971 à la célèbre université de Chicago. Depuis 1974, il est professeur à l'université Columbia de New-York. Ces établissements très influents ont façonné son originale pensée. Robert Mundell puise ses réflexions dans deux courants de pensée :

le keynésianisme, notamment, en s'appuyant sur la théorie de la politique économique développée par Jan Tinbergen ;

un monétarisme ouvert, il appartient à l'école de Chicago, mais il est plus nuancé et plus pragmatique que Milton Friedman.

Cette conjonction donne beaucoup d'unité et de portée aux travaux de l'économiste canadien.

Modèle Mundell-Fleming
Entre 1961 et 1963, avec Robert Fleming, dans le cadre du FMI, ils conçoivent un modèle keynésien avec des économies résolument ouvertes et confrontées à certaines des conséquences de la globalisation. Ils complèteront le schéma ISLM de Hicks et Hansen en y intégrant les répercussions des échanges extérieurs sur l'équilibre interne. Ce premier axe touche à la conduite de la politique économique. Ce modèle propose une formulation d'équilibre général appliquée à l'économie ouverte qui comporte deux avantages : elle pousse aussi loin que possible, pour l'époque, l'interdépendance des variables réelles (activité, emploi...) et des variables financières ; elle met en lumière l'efficacité comparée de la politique monétaire et de la politique budgétaire et fiscale selon le régime de change et la mobilité des capitaux. On passe du principe d'affectation des instruments (chaque instrument doit être affecté à la réalisation de l'objectif pour lequel il possède un avantage comparatif) à des recommandations pour le dosage monnaie-budget - le fameux policy mix. Ainsi en changes fixes, la politique budgétaire et fiscale est essentielle pour réaliser les objectifs internes, car la politique monétaire est affectée à l'objectif de change. En sens inverse, la politique monétaire peut être mise au service des mêmes objectifs internes en changes flottants. Leur principale conclusion est que l'efficacité des politiques économiques dans un pays est étroitement liée au régime de change, dès que les capitaux sont mobiles. Depuis, certaines des hypothèses et des conclusions de la formulation Mundell-Fleming ont été remises en cause, ou du moins nuancées. Robert Mundell lui-même y a participé à la fin des années 60, en contribuant à développer l'approche monétaire de la balance des paiements. II n'en reste pas moins qu'elle fournit une problématique incontournable pour traiter du policy mix et des conflits éventuels entre les objectifs domestiques et extérieurs des politiques de stabilisation.

Théorie des zones monétaires optimales
Dans un article de 1961, Robert Mundell fonde la théorie des zones monétaires optimales (ZMO) qui inspirera fortement les créateurs de l'euro. Comment découper et regrouper les espaces économiques (pays, régions...) en zones telles qu'à l'intérieur de chaque zone des taux de change fixes s'appliquent alors que des changes flottants prévalent dans les relations entre chaque zone et son environnement ? Il y a là une préfiguration saisissante de l'euro. Une anticipation d'autant plus remarquable qu'à l'époque les changes fixes étalent encore en vigueur au plan mondial avec un système de Bretton-Woods connaissant son apogée, et que la coopération monétaire régionale était quasi inexistante. Parmi les conditions d'une zone monétaire optimale, Robert Mundell insiste sur la mobilité des facteurs de production, celle du capital, mais aussi celle des personnes. Puisque dans une ZMO les ajustements ne se font plus par les taux de change, dans l'hypothèse d'un choc touchant certaines parties de la zone et pas les autres (choc asymétrique), il faut pouvoir compter sur le déplacement de la main-d'œuvre pour obtenir une rééquilibrage. Pas besoin de dessin pour saisir l'actualité de la problématique: la zone euro est-elle optimale au sens de Mundell ? Comment vont y être gérées les situations asymétriques qui existent déjà (la croissance de l'Irlande, de l'Espagne... en comparaison de la moyenne) et qui ne manqueront pas de se manifester dans l'avenir ? Vu la faible mobilité de la main-d'œuvre dans la zone, va-t-on devoir compter sur des transferts budgétaires centralisés et/ou des ajustements sur le marché du travail (y compris salariaux) pour gérer les chocs asymétriques ? Si l'on veut contenir tout à la fois la dérive budgétaire et la précarité sociale, il faudra savoir encourager la mobilité des personnes à l'intérieur de la zone euro. Là encore, la percée de Robert Mundell a suscité des raffinements théoriques sur les critères des ZMO et l'analyse coûts-avantages des unions monétaires, et des vérifications empiriques. Mais, grosso modo l'analyse des unions monétaires reste ancrée au texte fondateur de 1961. Un "parrain de l'€uro " Robert Mundell n'est bien sûr en aucune façon à l'origine du lancement de l'euro, il reconnaît juste en être l'un des "parrains". Mais les débats liés au lancement de la monnaie unique sont, peu ou prou, coulés dans le moule de pensée mundellienne. Les monétaristes sont favorables à des changes totalement flottants, censés réduire les contraintes pesant sur la politique monétaire et augmenter de ce fait son efficacité.

Triangle d'incompatibilité
Ses analyses le conduisent à définir un " triangle d'incompatibilité " qui veut que la liberté de circulation de capitaux, la fixité du taux de change et l'autonomie de la politique monétaire ne peuvent être obtenues toutes les trois en même temps. Il manifeste ainsi un pragmatisme certain et il met en évidence les cohérences indispensables. D'où le fameux " triangle d'incompatibilité ", l'impossibilité d'avoir le beurre et l'argent du beurre, en l'espèce des changes fixes, une parfaite mobilité des capitaux (due à la libéralisation) et des politiques monétaires nationales autonomes. Au mieux, deux éléments parmi les trois précédents peuvent être conciliés, ou alors il faut se satisfaire d'une réalisation partielle de chacun. La mort du système de Bretton-Woods en 1971-1973, les crises du SME de 1992-1993 les crises de change depuis juillet 1997 en Asie Sud-Est, en Russie, au Brésil... confirment l'aspect implacable du triangle. Chacun peut d'ailleurs en déduire ses propres conclusions, soit en contestant la globalisation financière (mais elle paraît largement irréversible, au moins pour les dix à quinze prochain années), soit en soulignant l'aspect inéluctable des changes flottants, soit en sens inverse en appelant à un degré de coordination internationale allant bien au-delà des exercices du G7 et autres instances en place, et permettant de concilier libéralisation financière et une (relative) stabilité des changes. Mundell a donc apporté une contribution majeure et durable sur les éléments centraux de ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui l'architecture du système monétaire et financier international. Il est au l'un des rares économistes anglo-saxons à avoir abordé de façon sereine et non dogmatique la création de l'UEM, la concurrence entre l'euro le dollar. Dans l'un des articles retentissants confiés en mars 1998 au Wall-Street journal, il affirmait : " Une union monétaire bien gérée, incluant aujourd'hui la plupart des pays de l'Union européenne, demain la plupart des pays européens, engendrera un énorme bénéfice non seulement pour les Européens, mais aussi pour le reste du monde, y compris les États-Unis. " En mars 2000, il a proposé à la banque centrale européenne de créer un "peg" entre le dollar et l'euro, c'est-à-dire un taux de change fixe de 1 euro pour 1 dollar qui est le taux de change optimal pour l'économie des douze, d'après lui : " Tout ce qu'aurait à faire la banque centrale serait d'annoncer l'établissement de ce lien. Elle pourrait commencer par encadrer la parité entre 0,98 et 1,02 et pourrait utiliser ses abondantes devises de changes pour défendre cette fourchette, en achetant ou en vendant des dollars. Personne ne spéculera contre le peg si la détermination des autorités monétaires est claire. " Notons que
Robert BARRO pense lui, au contraire, qu'un peg défendu par une banque centrale est inefficace dans un marché des changes mondialisé.

Penseur de la théorie de l'offre
Par ailleurs, ancien conseiller de Ronald Reagan, il est le penseur de la politique de l'offre qui sera moise en œuvre dans les années 80 aux États-Unis d'Amérique. Il fut l'un des chefs de file de l'influente "école de Chicago" sur laquelle s'appuya la révolution néolibérale au début des années 1990.

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Richard MUSGRAVE (Allemagne, 1910. États-Unis)

Économiste américain qui a défini le rôle de l’État à travers trois fonctions :

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Gunnar Karl MYRDAL (Suède 1898-1987)

"Je suis devenu un économiste par hasard. Je m'étais lancé dans des études de droit pour voir comment la société fonctionnait, à la manière d'un petit garçon qui démonte une montre pour en examiner le mécanisme, et ces analyses me déprimèrent profondément."
C'est son épouse, Alva MYRDAL (prix Nobel de la paix 1982) qui, pour le réconforter et l'encourager, lui fait découvrir l'économie en luis faisant lire des livres d'économie théorique, une science capable à ses yeux, de réformer la société et de réduire les inégalités.
En 1927, Gunnar MYRDAL soutient une thèse sur la formation des prix. En 1930, il est professeur d'économie politique à Genève. Avec Bertil OHLIN (Nobel 1977), Erik LINDHAL et Dag HAMMARSKJÔLD, il devient l'un des principaux animateurs de la célèbre "école de Stockholm", un groupe d'économistes qui, après la dépression des années 1930, préconise une politique monétaire et financière active. Assez proche de KEYNES, il estime que l'État peut contrecarrer le chômage et la stagnation économique par une politique de déficit budgétaire et d'emprunt pour couvrir les dépenses publiques.
En 1931 (5 ans avant la Théorie générale de Keynes), il s'oppose à l'analyse de WICKSELL et il fonde une distinction entre les deux temps logiques qui forment, pour lui, les anticipations ex ante et l'équilibre comptable ex post. Cette distinction lui permet d'analyser les fluctuations et les tensions inflationnsites et monétaires au sein d'une économie de sous-emploi.

Puis Gunnar MYRDAL s'écarte de l'économie purement théorique pour s'intéresser à la science appliquée et à la politique. Député du parti social-démocrate de 1935 à 1938, puis de 1944 à 1947, il sera conseiller du ministre des finances, puis président de la commission pour la planification économique après la guerre et ministre du commerce en 1945.
En 1944, il publie l'ouvrage qui devait lui donner une renommé internationale : "An american dilemma". Ce livre fut considéré comme la première analyse scientifique et historique de la condition des Noirs aux États-Unis. G. Myrdal ne se contente pas d'exposer des points de vue économiques, il s'inspire aussi de l'anthropologie, de la sociologie et d'autres sciences humaines.

Mais MYRDAL n'est pas un tacticien, il a un caractère impulsif, il n'est pas fait pour la politique. En 1947, il quitte le gouvernement suédois pour diriger, pendant 10 ans, la commission économique des Nations unies pour l'Europe à Genève.
Professeur à l'Université de Stockholm jusqu'en 1967, il publie, en 1968, "Le défi du monde pauvre", livre (trois volumes) consacré aux causes du sosu-développement et à la pauvreté dans neuf pays du Sud-Est asiatique.
Après avoir contribué à la fondation de l'Institut international de recherche pour la paix, en 1967, il reçoit le prix Nobel d'économie en 1974... en même temps que l'Autrichien Friedrich von HAYEK. "Un homme de droite !" disait-il.

G. Myrdal était un social-démocrate convaincu. Mais son engagement politique ne l'a pas empêché de critiquer le parti qui a gouverné la Suède pendant un demi-siècle sans interruption. Dans plusieurs articles de 1982, il avait dénoncé la bureaucratie galopante, la centralisation administrative te une pression fiscale excessive qui avait transformé les Suédois en "un peuple de tricheurs".

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Douglass C. NORTH (ÉUA, 1920- ) NOBEL 1993
Études à l'université de Berkeley en Californie.
Professeur à l'Université Washington de Saint-Louis.
"Qu'est-ce qui détermine le développement des nouvelles technologies et des connaissances scientifiques fondamentales ? Bien que son rendement social ait toujours été élevé, le développement du progrès technique fut lent tant qu'il n'exista pas un mécanisme permettant d'attribuer son rendement privé aux inventeurs [...]. Les inventions existent depuis toujours, mais leur rythme lent et intermittent s'explique par le caractère sporadique de l'incitation à la recherche. En outre, les innovations pouvaient facilement être copiées sans que l'inventeur ou l'innovateur ne puisse en retirer les bénéfices. Jusqu'aux temps modernes, l'absence de protection systématique des inventions est la cause essentielle de la lenteur du progrès technique." in Structure and change in Economic History, 1981
On le voit, cet économiste explique le développement des sciences et des techniques, et donc de leurs effets cumulatifs par le développement des droits de propriété intellectuelle. Ce n'est qu'à partir du moment où les individus ont pu raisonnablement espérer que leurs découvertes seront récompensées financièrement par le marché que le processus d'innovation à grande échelle a pu se développer. On retrouvera cette idée chez Jopseph SCHUMPETER qui préconisait une législation pour protéger les brevets.
Après plusieurs siècles de maturation, le progrès technique, ainsi favorisé, a permis la croissance économique moderne.

Pour D. NORTH, les individus au pouvoir agissent en fonction de leur intérêt et non comme des "planificateurs sociaux bénévoles", soucieux du bien public. Les responsables politiques sont des individus intéressés qui, tout comme nous, cherchent à maximiser leur propre utilité. Afin de comprendre pourquoi certaines lois et institutions gouvernent ou non une économie, il faut se demander ce que les hommes politiques ont )à y gagner ou à y perdre et s'il est facile ou non pour les gouvernés de les remplacer. Appliquant ce raisonnement à l'histoire économique en général, North, en 1981, écrivait ceci :

Qu'il s'agisse des sociétés redistributives des dynasties de l'ancienne Égypte, des systèmes esclavagiste grec ou romain ou encore du système médiéval, il a toujours existé une tension entre la structure de la propriété, conçue pour maximiser le bien-être des dirigeants et un système efficient économisant les coûts de transactions et encourageant la croissance économique. Cette dichotomie fondamentale est la cause essentielle de l'échec de ces sociétés à connaître une croissance soutenue. "

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Bertil OHLIN (Suède 1899-1979)

Cet économiste suédois étudie dans plusieurs universités suédoises et étrangères, puis il enseigne à Copenhague et, à partir de 1930, à l'Université de Stockholm. Figure de proue de "l'École de Stockholm", Bertil OHLIN peut être considéré comme un précurseur de Keynes. En 1927 déjà, il préconise une politique budgétaire expansionniste, par le biais des travaux publics, en vue de combattre le chômage. En 1934, il étudie l'influence des projets de travaux publics sur le revenu, la production et l'emploi, en incluant dans l'analyse les différentes méthodes de financement d'une telle politique.

Ohlin a été couronné pour son ouvrage de base "Interregional and International Trade", publié en 1933, dans lequel il développe le célèbre théorème HECKSCHER-OHLIN. D'après lui, le commerce international trouve son origine dans les différences qui existent, sur le plan de la disponibilité des facteurs de production, entre deux pays. C'est ainsi qu'un pays exportera les produits qui exigent des quantités relativement grandes de facteurs de production assez abondamment disponibles dans ce pays, et il importera les produits qui demandent une grande quantité de facteurs de production dont il manque. La théorie de Ohlin repose sur un certain nombre d'hypothèses (notamment le libre-échange international et l'immobilité internationale des facteurs de production). Cette théorie a trouvé justification lorsque les pays industrialisés ont subi la concurrence des pays dits à bas salaires. Cette concurrence est surtout ressentie pour les produits dont 1a fabrication requiert une importante main d'œuvre non qualifiée, soit précisément le facteur de production dont les pays à bas salaires disposent en abondance.

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Denis OLIVENNES (France, ?)

Pour lui, (in "La préférence française pour le chômage ", 1994), le chômage résulterait d’un choix collectif des Français "ni assumé, ni avoué" qui ont préféré maintenir des situations acquises et privilégier la croissance du pouvoir d’achat au détriment des chômeurs.

En janvier 1998, dans une note intitulée "Le modèle social français, un compromis malthusien "(Notes de la fondation Saint-Simon), OLIVENNES montre que le modèle français est cohérent et consensuel mais qu’il est rongé par une contradiction des objectifs. "Il traduit une logique malthusienne qui affaiblit l’activité économique et l’emploi en essayant de lutter contre les inégalités et le chômage. ""La redistribution suppose comme préalable de libérer les facteurs de création de richesse. "

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Mancur OLSON 

école du Public Choice
voir mon cours sur l'économie du bien-être

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Vilfredo PARETO (Italie, 1848-1923) NC

1896 "Cours d’économie politique" : 1906 "Manuel d’économie politique"  ; 1916 "Traité de sociologie générale "

Avec Léon WALRAS, auquel il succèdera à Lausanne, ils constituent les fondateurs de l'école néoclassique.

Pour lui, le consommateur ne mesure pas l’utilité d’un bien de manière cardinale, c’est-à-dire à l’aide de chiffres, mais de manière ordinale. Donc, le consommateur classe les biens en fonction de ses préférences ; ainsi, il sait s’il préfère une combinaison de biens à une autre, il peut donc choisir rationnellement entre plusieurs combinaisons de produits. L’individu possède donc une carte d’indifférence constitué d’une multitude de courbes d’indifférence.

Une courbe d’indifférence représente les différentes combinaisons de produits qui procurent au consommateur la même utilité totale, le même niveau de satisfaction globale. Pour choisir parmi ces diverses combinaisons, l’individu doit intégrer sa contrainte de budget, c’est-à-dire toutes les combinaisons de produits que son budget lui permet d’acquérir. C’est au point de tangence entre la courbe d’indifférence et la droite budgétaire qu’il trouvera la combinaison optimale.

Il a formulé une théorie de "l’optimum économique" qui définit un état de l'économie tel qu'on ne peut améliorer le bien-être d'un individu sans déteriorer celui d'au moins un autre.
Ainsi, l’équilibre de
concurrence pure et parfaite constitue un optimum au sens de Pareto.
Il a ainsi ouvert la voie à l’économie de bien-être (
voir théorème de l'économie du bien-être) que l’on retrouvera chez PIGOU.

Par ailleurs, il prôna la nécessité de la "circulation des élites "comme condition de l’équilibre social.

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François PERROUX (France, 1903-1987)

Ce grand économiste français n'a appartenu à aucune grande école de pensée. Sévère à l'égard de Keynes, influencé par Marx tout en récusant son approche de la société, peu aimable envers les libéraux et Adam Smith, il a eu pour maître Joseph SCHUMPETER bien qu'il s'en soit, ensuite, distingué.

Il a distingué la croissance économique du développement économique : "La croissance économique correspond à l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels. (…) Le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître son produit net global ".

Le développement constitue un concept plus large, dans la mesure où il englobe une dimension sociale, en particulier en termes de répartition de richesse nationale. S’il est difficile de concevoir un développement sans croissance économique, cette dernière n’engendre pas nécessairement le développement. Celui-ci introduit une dimension qualitative alors que la croissance constitue un processus uniquement quantitatif

Il a introduit la notion d’effets de domination entre pays riches et pays en voie de développement.

À propos des accords de Bretton-Woods, il a parlé des "rapports asymétriques"entre les États-Unis d’Amérique et le reste du monde car les autres pays doivent payer leur déficit courant en or ou en devises. Les États-Unis étaient dispensés de cette discipline puis que la seule monnaie convertible en or était le dollar.

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William PETTY
(Angleterre, 1623-1687)

1680, Essais d’arithmétique économique. 1691, Anatomie politique

Il fit défendre la liberté commerciale et fut l’un des premiers à reconnaître que le prix des marchandises est déterminé par le travail nécessaire à leur production (valeur-travail).
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A. W. PHILLIPS

Cet économiste anglais est parti d’un constat empirique pour mettre en évidence une relation décroissante entre le taux d’accroissement des salaires nominaux et le taux de chômage.

Lorsque le taux de chômage est fort, les tensions à la hausse des salaires diminuent. Lorsque le taux de chômage est faible, le taux d’augmentation des salaires a tendance à être élevé. De cette relation, on passe à une relation chômage-inflation en supposant que les salaires constituent une part essentielle des coûts de production des entreprises et, donc, que les prix et les salaires ont une variation relativement identique.

La courbe de Philipps a servi de ligne directrice à la politique économique des années 60 et 70, la politique économique dite du "fine tuning ", c'est-à-dire du réglage fin de la conjoncture en recherchant des arbitrages entre le taux de chômage et le taux d'inflation.

À partir de 1974, cette courbe ne fonctionnera plus et nous assisterons à une hausse concomitante du chômage et de l'inflation, ce que FRIEDMAN avait appelé, en 1956, la "stagflation" dont on trouve les explications chez HAYEK, dès 1935.

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Arthur Cecil PIGOU (Angleterre, 1877-1959)

Il sera l’élève attentif de MARSHALL et il lui succédera à la chaire de professeur au King’s College de Cambridge. Sa formation initiale est marquée par l’histoire et les sciences morales. Il en conservera un grand intérêt pour l’histoire du mouvement social et pour la négociation entre partenaires sociaux.

La théorie monétaire de Pigou

Dans son ouvrage sur la monnaie-voile (The vieil of money, 1949), Pigou reprend l’essentiel de l’apport de Marshall, il insiste sur le rôle de la rigidité comme cause de chômage (Industrial fluctuations, 1927). Il avance que l’agent économique désire détenir un certain montant d’encaisses liquides exprimé en termes réels. Si le montant désiré s’écarte du montant détenu du fait de la hausse des prix, l’agent diminue ou augmente selon le cas sa demande de biens de consommation.
On appelle cela
l’effet d’encaisses réelles appelé aussi l’effet Pigou, puisque la baisse des prix entraîne une augmentation de la valeur des actifs monétaires (ou encaisses réelles, c'est-à-dire pièces, billets, dépôts à vue, voire livrets disponibles), le surplus de valeur sera utilisé pour une augmentation de la demande de biens de consommation. Cela s'oppose à l'effet décrit par John HICKS qui montrera, lui, que devant la déflation, l'individu a tendance à ralentir sa consommation d'aujourd'hui pour pouvoir consommer davantge plus tard.

Il défend aussi, prudemment, les créations d’emplois publics pour pallier l’excès de chômage. Cela lui semble acceptable lorsque la dépense publique ne ponctionne que peu la dépense privée pour financer la création d’emplois de fonctionnaires.

L’économie du bien-être

L’économie du bien-être s’occupe "en gros, de cette catégorie de satisfactions et d’insatisfactions qui peuvent être mises en rapport avec une mesure monétaire ".

En 1912, il montre, dans Wealth and Welfare que le monopole avait parfois intérêt à discriminer, c’est-à-dire à proposer des prix différents sur chacun des marchés en fonction de l’élasticité de la demande par rapport aux prix.

Effets externes. Il peut exister des "services "et des "dé-services "subis par des tiers sans que ceux qui en bénéficient ni ceux qui en supportent la charge aient noué des relations contractuelles. Pigou estime que la correction des externalités passe donc par un système de taxation pour pénaliser ceux qui causent des troubles à autrui et de subventions pour ceux qui enrichissent la collectivité sans pouvoir faire payer ceux qui bénéficient des effets diffus de leur ouvrage. Ses propositions peuvent contribuer à rétablir l’efficacité puisque la taxe augmentera le coût du bénéficiaire de l’effet externe et permettra à la puissance publique de disposer des moyens pour réparer le dommage.

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Thomas PIKETTY (France, 1971 - )

Jeune économiste français dont les travaux ne passent pas inaperçus.

En 1997, il avait comparé la structure de l’emploi en France et aux États-Unis pour en conclure qu’en France, le retard dans les activités de service aux ménages privait notre pays d’un million d’emplois.

En 1998, il publiait une étude qui infirmait, pour la France, la courbe de Laffer.
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Karl POLANYI (Hongrie, 1886-1964)
Pluri-disciplinaire, son oeuvre référe à plusieurs disciplines des sciences sociales.
Pour lui, le marché n' a pas toujours existé.
Il a montré que le marché autorégulateur avait été institué au XIXè siècle et qu'il fut la source et la matrice du système économique et social de 1830 à 1930. Le marché, une innovation, qui donna naissance à une civilisation particulière ; c'est dans les lois qui gouvernent l'économie de marché que se trouve la clé du système institutionnel du 19e siècle ainsi que l'explication de sa chute.
La civilisation du 19e siècle reposait, selon Karl POLANYI, sur quatre institutions qui donnèrent à l'histoire de notre civilisation ses principales caractéristiques. La première était le système de l'équilibre des puissances, la deuxième était l'étalon-or international, la troisième le marché autorégulateur, et la quatrième l'Etat.
Parmi les quatre institutions, l'étalon-or est celle dont l'importance a été reconnue décisive, sa chute fut la cause immédiate de la catastrophe. Mais pour l'auteur, c'est le marché autorégulateur qui était la source et la matrice du système. La thèse de l'auteur est que l'idée d'un marché s'ajustant lui-même était purement utopique. Selon lui, une telle institution "ne pouvait exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société, sans détruire l'homme et sans transformer son milieu en désert" (Polanyi, 1983, p. 22). En réaction, la société pris des mesures pour se protéger, mais toutes ces mesures, selon Polanyi, compromirent l'autorégulation du marché, désorganisant ainsi la vie industrielle, et exposèrent la société à d'autres dangers. Ce fut ce dilemme qui força le système du marché à emprunter dans son développement un sillon déterminé et finit par briser l'organisation sociale qui se fondait sur lui.
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François QUESNAY
(France, 1694-1774)

"Tableau économique" (1758),
"Maximes générales du gouvernement économique d’un royaume agricole" (1767)
Fondateur de l’école des Physiocrates qui postule seule la terre est créatrice de richesse.
Il est le premier économiste à raisonner en termes de circuit économique à trois classes : la classe productive (agriculteurs), la classe des propriétaires, qui vit de prélèvements sur la première, et la classe stérile (artisans, notamment). Il encourage donc le développement de l'agriculture tout en prônant le libre-échange et, en particulier, la libre circulation des grains. En ce sens, il est considéré comme le premier libéral, il s'oppose aux mercantilistes et aurait influencé Adam SMITH.
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John RAWLS (États-Unis, 19..-2002)

Cet auteur légitime la redistribution en pensant que l’on peut allier justice et équité. Il prône pour cela une "discrimination positive". Il a ainsi édité une THÉORIE DE LA JUSTICE.

Les deux principes de la théorie de la justice sont les suivants :
Premier principe : chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous qui soi compatible avec le même système pour les autres.

Deuxième principe : les inégalités et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois,
a.— l'on puisse raisonnablement s'attendre à ce qu'elles soient à l'avantage de chacun,
b.— qu'elles soient attachées à des positions et à des fonctions ouvertes à tous.

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David RICARDO (Angleterre, 1772-1823)

1817 : "Des principes de l’économie politique et de l’impôt"

Théoricien du capitalisme libéral, il sut en dégager les principes plus systématiquement que Smith dont il ne partageait pas l’optimisme. À partir des travaux de Malthus, il établit la loi de la rente foncière différentielle. Pour démontrer cela, il considère que l'exploitation la moins productive (exploitation marginale) détermine le prix de marché. Partant de ce prix de marché, les exploitations plus productives que l'exploitation marginale dégagent un excédent de profit.
L’accroissement de la population exige la mise en culture de terres de moins en moins fertiles, ce qui entraîne un renchérissement du prix des subsistances et provoque une augmentation du revenu des propriétaires fonciers et un appauvrissement des autres catégories de la population. À cette loi (qui prépare la théorie de la plus-value de Marx) se rattache la valeur-travail et le "salaire naturel" (minimum nécessaire pour assurer la subsistance de l’ouvrier et de sa famille).
Partisan du libéralisme économique, Ricardo considère que le libre-échange permet aux différents pays de profiter d’une "division internationale du travail", c'est la "théorie des avantages comparatifs".

Ses travaux sur les impôts furent à la base de nombreuses tentatives de réformes fiscales. Son influence fut importante, tant sur les théoriciens néoclassiques que sur ceux du socialisme scientifique.

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Joan ROBINSON (GB, 1903-1983)

1933 : "L’Économique de la concurrence imparfaite"  ;
1942 : "Un essai sur l’économie politique marxienne"  ;
1956 : "L’accumulation du capital"  ;
1962 : "Essais sur la théorie de la croissance"
De l'université de Cambridge, elle était réputée pour prendre des positions controversées. Mais ses vues iconoclastes lui permettent de rester un des économistes les plus marquants du siècle dernier.
En 1933, elle met en question la théorie de l’équilibre générale de
Walras en niant l'hypothèse de concurrence pure et parfaite qui prévalait dans la profession, elle prend ainsi le chemin d'une analyse plus réaliste des structures de marché. En même temps, CHAMBERLIN, effectue des recherches sur le même thème et on leur attribue la "théorie de la concurrence monopolistique ".
Elle a reçu des enseignements des travaux de Keynes et de la théorie économique de Marx.
Elle a activement défendu activement la macroéconomie keynésienne, et vers la fin de sa carrière, elle a étudié la croissance économique et la répartition du revenu national. Préoccupée de l'instabilité du système capitaliste, elle a réfléchi sur la répartition des revenus et sur la valeur sociale des capitalistes.

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Paul ROMER (ÉUA, 1956- )
Fils de Roy ROMER, gouverneur démocrate du Colorado, il a enseigné dans plusieurs universités, Chicago, MIT, Berkeley. Aujourd'hui, il est professeur à la graduate school of business de l'université Stanford à Palo Alto, Californie.
Au début des années 80, il a étudié la croissance et est à l'origine de la "théorie de la croissance endogène", ce qui lui vaudra d'être l'un des économistes les plus influents de ces années-là.
Parmi les premiers, Paul ROMER a saisi l'importance de la révolution technologique qui se profilait. Il a notamment montré qu'il ne fallait pas avoir peur du changement, et, qu'au contraire il fallait apprendre à le gérer car, en bouleversant les habitudes et les structures, il permettait aux économie de devenir plus efficaces.

Le 10 juin 1997, il acceptait un entretien avec le journal Le Monde :
QU'Y A-T-IL DE NOUVEAU À PROPOS DE LA CROISSANCE ?
"Le savoir et les idées ont toujours été essentiels à l'activité économique. Ce qui est nouveau, c'est que la proportion de l'économie qui est consacrée à la production d'idées est en hausse constante. Cela implique une autre approche de la croissance.
Aujourd'hui, on a réalisé que l'on pouvait appliquer les outils économiques à la production d'idées. Jusqu'ici, on disait : il est essentiel de continuer à trouver de nouvelles idées, de nouvelles recettes pour accompagner les ingrédients existants afin d'accroître leur valeur, mais on n'utilisait les outils économiques que pour l'étape de l'exécution des recettes : le capital humain, le capital physique, etc. Ce que je fais — avec d'autres —, c'est travailler sur l'étape antérieure : sur le pouvoir du monopole, sur la recherche publique, sur l'organisation de l'économie, dans le but de savoir comment accélérer le processus de découverte de nouvelles recettes. Le savoir alimente le savoir, c'est-à-dire que plus nous apprenons, plus nous sommes capables de découvrir de nouvelles. Et contrairement aux ressources physiques, le nombre de choses à découvrir est illimité.

QUELS EFFETS CELA A-T-IL SUR LA CROISSANCE ?
L'économie physique est caractérisée par la loi des rendements décroissants, à cause de la rareté des matières premières. L'économie des idées, elle, entraîne des rendements croissants : développer un logiciel coûte cher en recherche, en essais, en mise au point. Mais la production ne coût presque rien ; le coût moyen baisse à chaque unité, ce qui est une forme de rendement croissant.

COMMENT L'INDUSTRIE DE LA HAUTE TECHNOLOGIE VIT-ELLE CETTE CROISSANCE ?
S'il suffisait de fabriquer, toujours plus, la même chose pour avoir de la croissance, le monde n'aurait guère besoin de changer. Chaque entreprise ou magasin vendrait 10 % de plus tous les ans et il n'y aurait pas de faillite. Mais cela ne se passe pas comme cela. Lorsque l'on découvre de nouvelles formules pour utiliser des ressources rares, cela implique des changements dans la manière dont nous travaillons : la croissance est toujours associée au changement. Or tout le monde aime la croissance, mais personne n'aime le changement. C'est le défi, je crois, auquel nous sommes tous confrontés aujourd'hui dans le monde.
Le truc c'est d'apprendre à gérer le changement, à s'assurer contre le changement, mais ne pas en avoir peur ni le laisser nous paralyser.

L'ÉTAT A-T-IL UN RÔLE À JOUER DANS LA PRODUCTION DES IDÉES COMME MOTEUR ÉCONOMIQUE ?
Absolument. Aux États-Unis, le département de la défense a décidé dans les années 50 qu'il voulait créer une discipline académique, la science informatique. Il est allé voir plusieurs universités, Berkeley, Stanford, Carnegie Mellon, le MIT... et y a financé l'effort des chercheurs et des enseignants. Sans cela, ces gens, qui ont fini par créer l'internet, se seraient mis aux maths ou à la physique. L'État a donc un rôle crucial à jouer en formant les générateurs d'idées du futur. Mais ce n'est là, malheureusement, qu'une pièce du puzzle. Il faut aussi avoir la ressource humaine, un secteur privé qui offre des débouchés et, dans le meilleur des cas, la possibilité de créer sa propre entreprise.
Nous avons parlé du processus de créations de nouvelles entreprises comme l'une des forces de l'économie américaine. Elles donnent une grande souplesse au système : s'il s'avère subitement que la technologie prend la voie de la "Toile", tout un tas de nouvelles entreprises peuvent aussitôt s'engager dans cette voie. En 1992, personne ne pouvait prévoir ce qui se passerait avec internet, même Microsoft s'est trompé, mais a pu redresser la barre. Avoir une multitude d'entreprises sur le marché assure une grande diversité.
La recherche publique pèche souvent par défaut de diversité. En France, par exemple, les pouvoirs publics ont regardé le minitel et se sont dit : c'est là-dessus qu'il faut miser, et c'était un très bon pari. Mais il est si difficile de prévoir en la matière qu'il aurait été plus sage de prendre cent paris différents pour pouvoir être présent sur celui qui réussirait. La bonne stratégie de recherche et développement est celle qui encourage la diversité. L'autre faiblesse du secteur public, c'est que, non content de mettre tous ses oeufs dans le même panier, il s'y accroche parce qu'il y a investi tellement d'argent qu'il ne peut plus lâcher : nous appelons çà "l'erreur Concorde". La loi du profit, elle, vous oblige à abandonner vos erreurs.

LA CROISSANCE AMÉRICAINE A DES REVERS, COMME LES INÉGALITÉS ET LA FAIBLE HAUSSE DE LA PRODUCTIVITÉ
La productivité est la grande énigme. Les statistiques disent que notre économie a ralenti depuis les les années 70, mais le problème pourrait bien provenir des statistiques plutôt que de l'économie : de plus en plus d'indices nous disent que l'on ne mesure peut-être pas la croissance correctement, qu'elle pourrait être aussi forte que dans les années 50 et 60. Ce qui est indéniable, c'est que les inégalités se sont aggravées aux États-Unis et nous savons en partie pourquoi : le changement technologique profite aux gens les plus instruits, les mieux formés, mais handicape ceux qui ne le sont pas.
L'un des défis de nos sociétés, c'est de continuer à élever le niveau d'éducation de manière à ce que tout le monde puisse bénéficier du changement technologique. On peut aussi, en formant un maximum de gens, faire en sorte que les non-instruits soient de moins en moins nombreux, afin de pouvoir augmenter leurs salaires Au Japon et en Europe, le ralentissement de la croissance était prévisible, il est intervenu au fur et à mesure que ces pays rattrapent l'avance technologique des États-Unis. Chez nous, on avait coutume de dire que ce ralentissement dénotait un dysfonctionnement de l'économie, mais on est en train de se rendre compte que c'est faux.

POURQUOI ?
Prenons l'exemple d'un maxidiscompte qui vend des chemises 20 % moins cher. Cette forme nouvelle de vente au détail permet d'augmenter le pouvoir d'achat des consommateurs. Les personnes qui ont des revenus faibles peuvent s'acheter des chemises qu'ils ne pouvaient pas s'offrir et d'autres (par un effet revenu) pourront consacrer une partie de leur revenu à autre chose que des chemises. Or nos instruments statistiques continuent de mesurer le coût des chemises dans les magasins traditionnels. Nous avons ainsi surestimé la hausse des prix et sou-estimé celle du niveau de vie réel.

QUE RÉPONDEZ-VOUS À CEUX QUE LA MONDIALISATION INQUIÈTE ?
Il faut distinguer deux choses. D'abord, il faut convaincre les gens que l'avenir va apporter une amélioration du niveau de vie, comme cela s'est fait dans le passé. Aujourd'hui, aux États-Unis, même les plus pauvres vivent mieux qu'avant. Et, dans ce contexte, il faut convaincre les Européens et les Américains que le fait que les Chinois soient plus riches ne leur portera pas préjudice. C'est là que la différence entre les ressources physiques finies et les idées est fondamentale : si notre richesse, aux États-Unis, provenait de notre bois ou de notre uranium, l'enrichissement des autres se ferait à notre détriment. Mais si nous avons des idées sur la façon de vendre des chemises moins chères, de faire de nouveaux médicaments, de la meilleure nourriture, des voitures qui polluent moins, alors le reste du monde peut utiliser ces idées sans que cela ne nous ôte quoi que ce soit. Nous pouvons même gagner de l'argent en vendant ce savoir. Et, un jour, les gens en Malaisie, en Chine et en Inde se mettront à inventer des batteries qui durent plus longtemps et de nouveaux médicaments, et cela profitera à tout le monde.

ÇA, C'EST LA VISION OPTIMISTE. Y A-T-IL UNE VISION PESSIMISTE ?
Certains gouvernements européens ont fait des promesses qu'ils ne pourront pas tenir. Avec le rythme de croissance des Trente glorieuses, c'était facile. Or, même si l'avenir s'annonce meilleur, il ne le sera pas autant qu'on l'a promis. Accepter cela en Europe va être douloureux. Nous voulons tous des sociétés justes où chacun puisse vivre décemment, et il est important que nous y oeuvrions, mais il faut être réaliste et promettre des choses à notre portée. Donc, à court terme, il va y avoir des heurts et des souffrances au moment d'équilibrer les budgets, de résoudre les questions des dépenses publiques ou de l'aide sociale. Ce que je crains, c'est que les gens mélangent tout : qu'ils associent aux idées, au savoir et à la mondialisation les douleurs du passage à l'euro ou à l'équilibre budgétaire. Ce serait dommage."

 

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Jean-Jacques ROSA (France, ?)

Il préconise, en 1998, d’abaisser les impôts, de laisser filer le déficit de manière à retrouver un niveau d’inflation de 3 % compatible avec une croissance plus tonique.

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Pierre ROSANVALLON (France, ?)

Il pense que dans un système dont le mode de financement est assurantiel, l’acceptation collective des prélèvements décline au fur et à mesure que se déchire le "voile d’ignorance ". Tant q’un individu se sent menacé par des risques et ne les mesure pas précisément, il accepte tous les prélèvements. Dès que l’individu sait qui est exposé, menacé, qui l’est moins, alors il développe des comportements d’évitement. Ainsi se développe le refus de payer pour les "pratiques à risque ": sida, secours en montagne, tabac, alcool, sécurité routière,… D’après cet auteur, il y aurait là un risque de désagrégation sociale.
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Jacques RUEFF (France, 1896-1978)

Cet article est très largement celui de Jean-Marc DANIEL (ESCP-EAP) paru dans Le Monde Économie du 11 avril 2000.

Jacques RUEFF intègre l'école polytechnique en 1916. II part alors sur le front comme officier d'artillerie. La guerre le sort du cocon familial. Il y fait montre d'un certain courage physique et d'une réelle capacité de commandement. Après cette période, dont il dira conserver un souvenir intense durant toute sa vie, il accomplit sa scolarité à Polytechnique, où il devient un élève assidu et admiratif de Clément COLSON, polytechnicien et économiste qui enseigne la nécessité d'adopter en économie une méthode de raisonnement inspirée de la physique. De ces cours, Rueff retiendra en particulier l'importance de la statistique et de l'économétrie, alors naissante, pour valider les théories économiques.

Il s'affiche comme un ennemi résolu de Keynes, dont le succès dans l'immédiat après-guerre l'avait relégué, lui, dans l'oubli.

Féru de problèmes monétaires, il passe le concours de l'inspection des finances. II concilie dès lors son goût pour la réflexion avec son métier de haut fonctionnaire.

Son premier texte marquant en économie est un article de 1925 sur le chômage. On y voit ce qui sera dans toute son oeuvre sa méthode d'analyse. S'appuyant sur la théorie libérale, il y reprend l'idée assez classique que le chômage est dû à un coût excessif du travail. Mais il ne se contente pas d'évoquer les travaux des grands économistes du XIXème siècle. II consolide son raisonnement par une vérification expérimentale qui, en l'occurrence, est une analyse statistique de la situation de l'emploi en Grande-Bretagne de 1920 à 1925. Le lien formel et mathématisé entre le niveau de chômage et le niveau de salaire réel sera dès lors appelé "loi de Rueff "tant par ses partisans que par ses adversaires, même si ceux-ci, comme Keynes, le font avec une pointe de condescendance.

Cette méthode, visant à donner à l'économie une démarche scientifique fondée sur la quantification et la technique expérimentale, Rueff s'en fait le théoricien dans son ouvrage le plus abouti, qui paraît en 1945 sous le titre L'Ordre social, livre où il manie avec brio l'économie, la philosophie et l'histoire des sciences. Avec le temps, il se concentre sur la monnaie.
Pour lui, l'élément central d'une économie développée est son système de prix. Tout ce qui le perturbe lui nuit. Or deux choses empêchent l'émergence d'un système de prix stable et efficace :l'absence de concurrence et l'inflation. La politique économique doit les combattre, c'est-à-dire, d'une part, éviter les situations de monopole, qui confèrent à certains au détriment du reste de la collectivité un pouvoir sur la fixation des prix ; d'autre part, trouver un mode de gestion qui contraigne l'autorité monétaire et lui interdise toute forme d'arbitraire dans la création de monnaie.

Ce mode de gestion monétaire existe, c'est le mécanisme de "l'étalon-or ". Dans ce système, la contrainte qui pèse sur la politique monétaire passe par la balance des paiements courants. Un pays frappé d'inflation perd de la compétitivité sur le marché mondial, voit ses exportations diminuer et connaît rapidement un déficit extérieur. II solde ce déficit en perdant une partie de son stock d'or, et donc de sa masse monétaire. La désinflation - ou même la déflation - qui suit cette contraction de la masse monétaire le rend plus compétitif, lui permettant d'exporter plus, et de retrouver ainsi son équilibre. Cette approche inspire à Rueff tout au long de sa vie ses réactions aux événements du moment : en 1919, il soutient que l'Allemagne peut payer les réparations. La baisse de son stock d'or débouchera sur une baisse de ses prix, ce qui favorisera ses exportations. La dynamique exportatrice ainsi créée outre-Rhin y suscitera une forte croissance économique, profitable en fin de compte à l'Allemagne comme à ses vainqueurs.

Conseiller économique du général de Gaulle en 1958, il rendit, avec Louis ARMAND, un rapport qui préconisait de lever les barrières douanières et toutes les entraves à la libre concurrence. En 1960, il préconise le passage du franc au nouveau franc, six cents ans après la naissance du franc.

En 1965, tandis que les États-Unis d'Amérique paient leur déficit extérieur en fournissant des dollars à leurs créanciers à la place de l'or, il dénonce un système qui s'éloigne des automatismes de l'étalon-or et, augmentant fortement le volume des dollars en circulation dans le monde, ne peut créer que de l'inflation. C'est lui qui poussera le général De Gaulle à demander la conversion des dollars détenus par la France en or. Il inspirera aussi le général De Gaulle pour obtenir des Américains un retour à un système monétaire international centré sur l'or, et non sur le dollar. Lorsqu'il meurt, en 1978, l'or a disparu du système monétaire international depuis deux ans, l'inflation fait rage et le déficit extérieur américain prend des dimensions abyssales. Mais, dix ans plus tard, la désinflation compétitive est devenue le fondement de la politique économique de la droite comme de la gauche, dans une logique pleinement rueffienne même si l'instrument de cette logique a cessé d'être l'or.

Il s’est élevé, pendant les années 30, contre l’allocation chômage qu’il accusait de favoriser l’arbitrage des travailleurs en faveur de l’oisiveté. On retrouve aujourd’hui encore ce raisonnement contre les minima sociaux et la couverture médicale universelle.

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Christian SAINT-ÉTIENNE (France, ?)

Dans le Monde du 23 juillet 2000, il éclaire sa pensée à propos du RMI, "Il y a des gens qui profitent du RMI parce qu'ils sont des maximisateurs néoclassiques. Ils sont très intelligents. Ce ne sont pas des paresseux stupides qui restent dans leur coin... Et les mêmes, quand on va changer les incitations, vont se remettre à travailler."

"Qui nous interdirait d'abandonner le RMI pour passer au RMA, revenu minimum d'activité, c'est-à-dire, que pour toucher une aide, si vous êtes en difficulté, il faudra soit consentir à trouver un travail marchand, soit accepter un travail dans une entreprise d'insertion par exemple, pour laquelle vous devrez travailler 32 heures par semaine ? Sur les 32 heures, il pourrait y avoir 8 heures de formation, d'éducation. (...) On donnerait à la personne prête à faire cet effort 50 % de plus que le RMI actuel. Donc, donner de l'argent pour se réinsérer, et non pas pour rester en dehors du marché du travail."

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Pascal SALIN (France, ?)

Un des chefs de file du libéralisme tant politique qu'économique. Il a écrit que "les libéraux ne sont ni de droite ni de gauche, ils sont d'ailleurs. Il est marqué par les travaux de Friedrich von HAYEK.
Il est donc fermement opposé à toute intervention et à toute régulation de l'État.
Opposé au
salaire minimum, à la réglementation du travail et à tout ce qui peut entraver le libre fonctionnement du marché du travail.
Opposé à la réduction du temps de travail qui, pour lui, est une mesure dans laquelle on perçoit implicitement l’idée que la croissance économique serait bornée ; ce avec quoi il est en total désaccord. Laissons les chefs d’entreprise réaliser leurs projets sans entrave, diminuons les prélèvements obligatoires, ouvrons le chemin de l'initiative et la croissance reviendra.

Il partage l’opinion de LAFFER sur le rôle nocif des impôts et préconise, lui aussi, une politique de l’offre.

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Paul-Anthony SAMUELSON (États-Unis d'Amérique, 1915- ). Prix Nobel 1970

Professeur et chercheur, enseignant au Massachusetts Institute of Technology, conseiller économique du président Kennedy, Paul SAMUELSON est l'un des économistes actuels les plus connus, il a étudié la plupart des grands domaines traditionnels de l'économie : la théorie du consommateur, la théorie du bien-être, la théorie du capital, la dynamique économique, les conditions d'équilibre des marchés, les finances publiques, la théorie du commerce international (théorème H.O.S.).
Il apparaît clairement comme un économiste de la synthèse entre l'analyse keynésienne et l'analyse néoclassique.
Il a introduit de façon systématique la formalisation économique dans la théorie économique.

Dans un article, en mai 1939, il montre que la conjonction du multiplicateur d’investissement et du principe d’accélération est à l’origine de fluctuations spontanées de la demande qui conduisent à des oscillations de la production et de l’emploi. C’est de cette oscillation que naissent les cycles économiques, l'oscillateur est un outil d'analyse des fluctuations économiques de court terme.

Complétant les travaux d'HECKSCHER-OHLIN, il présente une nouvelle version de l'analyse de l'avantage que représente le commerce international entre deux pays, il clarifie les conditions dans lesquelles le commerce international asuure l'égalisation, entre pays, du coût des facteurs. Il s'agit du théorème HOS.

Son ouvrage principal : Économie a été réédité en 2000 en collaboration avec NORDHAUS. Ce livre, indispensable pour tout étudiiant en économlie, apparaît comme une synthèse néo-classique associant les enseignements de Keynes et ceux de Walras.

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Alfred SAUVY (France, 1898-1990)

Économiste et démographe français. Son oeuvre, très diverse, reflète son intérêt pour les problèmes démographiques de la France mais aussi du tiers monde et pour les problèmes économiques engendrés par le progrès technique.
Ouvrages principaux :
Histoire économique de la France entre les deux guerres
Théorie générale de la population
La machine et le chômage.

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Leonard SAVAGE (États-Unis d'Amérique, ?)

Mathématicien et statisticien américain, sa théorie présente deux dimensions complémentaires mais différentes. On y trouve une représentation logique de la décision en incertitude, suivie par l'exposé d'un modèle particulier destiné à fournir des solutions aux problèmes qu'elle pose.

On parlera du "paradigme savagien".

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Jean-Baptiste SAY (France, 1767-1832)

1803. "Traité d’économie politique ou Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se conservent les richesses"[À me demander par mél si vous êtes intéressé(e)].
1815. "Catéchisme d’économie politique";
1828-1830 "Cours complet d’économie politique"

Il fait de l'utilité le fondement de la valeur et rompt avec la conception classique anglaise de la valeur-travail.
Il considère la monnaie comme un "voile des échanges", masquant en quelque sorte les échanges réels, qui seuls doivent intéresser l'économiste. Enfin, il est l'auteur de la fameuse "loi des débouchés", par laquelle il montre que l'offre crée sa propre demande (les revenus liés à la vente, partagés entre salariés, fournisseurs et chef d'entreprise, créent une demande d'un montant équivalent à la vente).
Sa "loi des débouchés"qui, si elle explique les crises sectorielles, estime impossible une crise généralisée. Il explique cela en montrant que le producteur qui met ses produits sur les marchés a, pour réaliser sa production, créé des revenus (salaires, matières premières, loyers, profits) qui vont, globalement permettre à la production de trouver des débouchés.
"Les échanges terminés, il se trouve toujours que l’on a payé des produits avec des produits."

La littérature économique a retenu que LES PRODUITS S’ÉCHANGENT CONTRE LES PRODUITS.

Il est aussi à l’origine de nombreuses théories qui seront souvent reprises par les libéraux des années 1970-1980 : neutralité de la monnaie (source du monétarisme), théorie du capital humain, importance de l’offre, théorie de la croissance endogène.
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Theodore SCHULTZ (États-Unis, 1902- ?) Prix Nobel d’économie en 1979.

Il grandit dans une famille d'agriculteurs et obtint le diplôme d'économie agricole à l'Université du Wisconsin. Il enseigna aux Universités de l'Iowa et de Chicago.

Dans l'après-guerre, Schultz est impressionné par le miracle économique allemand. Si l'Allemagne s'est remise aussi vite de la destruction de son appareil de production, c'est selon lui grâce à la puissance de travail, aux connaissances et à la volonté inébranlable de la population.
Particulièrement intéressé par les facteurs humains de développement, il est un des pionniers des études sur le rôle économique de l’éducation et de la famille. Il pense que le savoir est une richesse et dès lors possède une valeur économique. Ces facteurs qualitatifs, Schultz les réunit sous le vocable de "capital humain ".
Il en arrive à la conclusion que le capital humain et donc aussi l'enseignement sont d'importants facteurs déterminants de la croissance économique à long terme.

Sa compétence dans le domaine de l'économie rurale et son intérêt pour le capital humain en tant que moteur de la croissance amènent SCHULTZ à se pencher sur les problèmes du Tiers monde. Il s'oppose à une politique visant unilatéralement le développement industriel et se fait l'avocat de la "révolution verte ", qui tend à accroître radicalement la productivité dans le secteur agraire par l'innovation technologique.
Il s'élèvera contre les subventions destinées à soutenir les prix agricoles, qui empêchent selon lui l'allocation optimale des facteurs de production. Pour améliorer le revenu des agriculteurs, les pouvoirs publics doivent en revanche stimuler les investissements pouvant accroître la productivité.

Theodor SCHULTZ s'efforcera d'appliquer la théorie économique générale aux aspects spécifiques du secteur et de la politique agricoles. Il explique la croissance par la rationalité des individus, par exemple celle des paysans confrontés à l’incertitude chronique. Pour lui, la résistance à l’innovation des agriculteurs du Tiers-monde s'explique par l’incertitude quant aux résultats de l’investissement. Cette incertitude est liée à l’instabilité des activités environnantes (service de commercialisation) et à celle des politiques économiques.

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Joseph SCHUMPETER (Autriche, 1883-1950)

1912 : "Théorie de l’évolution économique"  ; 1939 : "Les cycles des affaires"  ; 1942 : "Capitalisme, socialisme et démocratie" ; 1954 : "Histoire de l’analyse économique ", livre publié en 1954

Joseph Alois SCHUMPETER est né en 1883 àTriesch, petite ville de Moravie. Son père meurt alors qu'il n'a que quatre ans. Il est donc élevé par son beau-père, officier de haut rang très bien introduit à la cour de Vienne. De là lui viennent probablement les conceptions élitistes qui ont toujours été les siennes. Il étudie le droit et l'économie et il sera fortement influencé, à ses débuts, par l'enseignement des marginalistes autrichiens.
Il appartient à l'école de Vienne, mais il est souvent présenté comme un économiste hétérodoxe tant ses positions sont originales.
En 1908, il publie son premier livre : "Nature et contenu principal de la théorie économique".
En 1912, il édite "Théorie de l’évolution économique".
Après la première Guerre mondiale, à l'appel d'Otto Bauer, il prend la tête du ministère des Finances dans un gouvernement de coalition comprenant des socialistes et des chrétiens sociaux. En sept mois, il parvient à s'attirer les méfiances de la gauche, de la droite et même de l'administration.
En 1921, il prend la tête d'une petite banque privée qui ne tarde pas à faire faillite.
Après ces échecs successifs, il revient à l'université, il enseigne à Bonn entre 1925 et 1932, puis à Harvard, où il écrira la majeure partie de son œuvre : en 1939, "Les cycles d'affaires", livre théorique qui n'a pas un grand retentissement, en 1942, "Capitalisme, socialisme et démocratie", livre pessimiste qui le fera connaître à un large public, et enfin, en 1954 : "Histoire de l’analyse économique ", livre publié en 1954 qui sera salué dès sa parution comme un chef d'œuvre inégalé.

Pour lui, la croissance repose sur l'innovation, donc sur les entrepreneurs. Comme ces innovations ont tendance à arriver par vagues, il en fait une explication majeure des cycles économiques et notamment des cycles longs. La croissance est un processus permanent de créations et de destructions des activités, c'est la "destruction créatrice" dans laquelle les innovations jouent un rôle moteur.
Pour cet économiste, l’entrepreneur joue un rôle central car il recherche à améliorer sa position et favorise l’
innovation ("Nous définissons simplement l'innovation comme la mise en place de nouvelles fonctions de production").
L'innovation permet de remettre en cause les situations acquises (dont les monopole dont Schumpeter se fera d’ailleurs le défenseur). L’innovation crée des déséquilibres créateurs et bienfaisants qui se propagent dans toute l’économie. Lorsqu’une innovation est majeure, elle se traduit par une multitude d’applications dans de nombreux domaines, c’est ce que Schumpeter appelle les "grappes d’innovation ". Enfin l'innovation requiert fréquemment des moyens financiers, d'où le rôle du crédit. de là découle une vision de la croissance qui dépend alors du progrès technique et de l'amélioration de la productivité.

Il faut donc favoriser l'innovation ; or, les entreprises innovantes possèdent un avantage sur les autres entreprises, mais cet avantage est dû à des dépenses en recherche, à des risques pris par l’entrepreneur. Si on ne protège pas (par des brevets) les innovations, elles vont être copiées par les concurrents qui n’auront ainsi rien dépensé. Ses effets externes positifs pour les concurrents de l’innovateur pousseraient les entreprises à ne plus innover ou à dépenser pour se cacher et se protéger. Il convient, pour Schumpeter, d’instaurer un monopole temporaire sur les innovations pour les rentabiliser et pour inciter les entreprises à rechercher de nouveaux produits, de nouveaux procédés, de nouveaux marchés et de nouvelles matières premières.

Il montrera que les entreprises de grande dimension sont plus efficaces que les entreprises de type walrasien grâce à des coûts de production plus faibles, une moins grande déperdition de temps et d'énergie à rechercher les fournisseurs, l'effet d'expérience, les économies d'échelle et les économies de substitution.
Il est relativement pessimiste sur l'avenir du capitalisme, la concentration et donc la bureaucratisation des entreprises risquant de réduire l'esprit entrepreneurial, donc l'innovation. Il oppose les notions de circuit et d'évolution.

L'article suivant traite des apports de Schumpeter. Il est tiré de la revue Sciences Humaines d'août-septembre 2001, il est signé par Emmanuel Mounier

Après avoir donné à l'entrepreneur le rôle central du changement, Joseph A. Schumpeter fait la part belle aux dimensions historiques et sociales de l'économie, pour aboutir à l'annonce de la fin du capitalisme Curieux auteur que Joseph Alois Schumpeter. Boudé, parfois même méprisé par ses contemporains, il connaît aujourd'hui un regain de faveur. Reconnaissance posthume pour le moins paradoxale : personne, y compris parmi ceux qui se réclament de son héritage, ne songe à nier que sur bien des sujets, Schumpeter s'est surtout distingué par ses erreurs. Et pourtant... il a beau avoir prédit que les jours du capitalisme étaient comptés et promis un bel avenir au socialisme, son prestige demeure intact et semble même aller grandissant. Avec " Théorie de l'évolution économique ", publié en 1912, Schumpeter énonce un certain nombre de propositions qui constituent le noyau de l'œuvre à venir. Il n'a alors que 28 ans, mais il n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà un livre important à son actif : " Nature et contenu principal de la théorie économique ", publié en 1908. Au cours des trois années qui séparent la publication de ces deux livres, la réflexion de Schumpeter a évolué. Dans son premier livre, il s'était efforcé, s'inspirant des travaux de Léon Walras et des économistes autrichiens, de définir l'activité économique en situation statique. Autrement dit, en ne s'appuyant que sur la seule logique, l'observation des faits n'étant pas prise en compte dans l'analyse, Schumpeter proposait une théorie permettant de mettre en évidence les mécanismes régissant le système économique dans un état fictif caractérisé par l'absence de changement. Il s'agissait d'un travail de pure théorie, et l'évolution du système économique, ses fluctuations, sa croissance, toutes ces questions ayant trait à la dynamique économique étaient totalement laissées de côté. Avec " Théorie de l'évolution économique ", la méthode change, l'objet de l'analyse également. D'une part. Schumpeter délaisse l'approche purement théorique pour une méthode plus empirique inspirée de Max Weber. D'autre part, son attention se porte non plus sur ce que le système peut avoir de stable mais sur ses points de déséquilibre ; il cherche à remonter aux sources du changement, point de départ de tous les bouleversements de la vie économique. Le non-choix du jeune Schumpeter Comment expliquer le glissement qui se produit entre le livre de 1908 et celui de 1912 ? Replaçons-nous dans le climat intellectuel du début du siècle. Un vif débat, la fameuse " querelle des méthodes ", opposait alors les économistes. Les uns, des Autrichiens comme Carl Menger, défendaient une approche purement théorique de leur discipline, tandis que d'autres, des Allemands comme Gustav von Shmöller, se réclamaient d'une approche historique. En 1908, un jeune économiste de langue allemande écrivant un ouvrage de théorie économique faisait donc un choix lourd de conséquences. Car faire le choix de la théorie signifiait renoncer à introduire toute dimension historique dans ses analyses. Qu'importe. II en faut plus pour impressionner le jeune Schumpeter. Entre la théorie et l'histoire, il décide donc de ne pas choisir. II les réunira dans sa démarche, empruntant à l'une et à l'autre ce qu'elles auront de meilleur à lui offrir. Ce faisant, il s'engage sur la voie ouverte par Weber qui, dans la " querelle des méthodes ", n'avait pris parti pour aucun des deux camps, plaidant pour une approche à la fois théorique et historique. Pour décrire la dynamique du changement, Schumpeter recourt à deux concepts: le circuit et l'évolution. Le circuit, c'est l'essence du système économique, le système économique tel qu'il est lorsqu'il fonctionne normalement, c'est-à-dire quand aucun changement majeur n'est à l'œuvre Quant au concept d'évolution, Schumpeter l'emploie pour désigner le processus de transformation du circuit. La démarche de Schumpeter se déroule en deux temps. Dans un premier temps, il définit le circuit. Mais il ne s'agit que d'un préalable. Décrire le fonctionnement normal du système a un intérêt en soi, mais surtout, Schumpeter dispose ainsi d'un modèle lui permettant de distinguer les phénomènes ordinaires des phénomènes extraordinaires susceptibles de bouleverser le système et d'enclencher la dynamique de l'évolution : la description rigoureuse du circuit doit permettre de démontrer que tel ou tel phénomène, parce qu'ils n'ont pas cours dans le circuit, peuvent par conséquent être considérés comme cause possible du changement. On peut difficilement imaginer démarche plus wéberienne. En adoptant cette méthode, Schumpeter en arrive à la conclusion que le ressort de J'évolution se situe au niveau de l'offre. Ce ne sont pas les besoins des consommateurs qui dictent leur loi à l'appareil de production, mais les producteurs qui orientent les besoins des consommateurs. Pas n'importe quels producteurs : uniquement un tout petit nombre d'entre eux, que Schumpeter désigne sous le nom d'entrepreneurs. Ce qui fait l'entrepreneur, c'est sa capacité à mettre en œuvre de nouvelles combinaisons productives, qui peuvent être de cinq types : · fabrication d'un bien nouveau ; · introduction d'une nouvelle méthode de production ; · ouverture d'un nouveau débouché ; · conquête d'une nouvelle source de matière première ; · réalisation d'une nouvelle organisation (par exemple l'établissement d'une situation de monopole). Qui sont les entrepreneurs Être entrepreneur, c'est donc, à un moment donné, se faire l'agent du changement. C'est rompre avec la routine, bousculer les habitudes: les habitudes de ses collaborateurs, bien sûr, mais également celles des consommateurs, sans parler de celles des concurrents bousculés par la nouveauté. L'entrepreneur se heurte à de multiples résistances, et toute sa force est de parvenir à les surmonter. Schumpeter observe que l'entrepreneur est rarement isolé; il parle souvent de " troupe des entrepreneurs ". Comment expliquer que les changements les plus considérables ont presque toujours eu lieu en un espace de temps extrêmement resserré ? Tout simplement, selon lui, parce qu'il se crée alors un climat favorable au déploiement des énergies; les grands changements en appellent d'autres, et ainsi de suite. Parler de " troupe des entrepreneurs " permet donc d'expliquer que des phases d'inertie succèdent à des phases dynamiques et vice versa. Pour achever de brosser le portrait de l'entrepreneur, on notera que le personnage a quelque chose d'éminemment aristocratique. Dans le système de Schumpeter, il est l'être d'exception qui incarne le mouvement au milieu d'un troupeau de médiocres où règnent le conformisme et l'apathie. On est très loin du bourgeois cupide de Marx. Ce qui anime l'entrepreneur, ce n'est pas l'appât du gain, mais des mobiles irrationnels tels que la volonté de puissance, le goût de la victoire, la joie de créer… Des troupes d'entrepreneurs aux grappes d'innovations Au fil des années, Schumpeter, jugeant probablement insuffisantes ses premières analyses, est amené à les revoir en abordant les problèmes sous un autre angle. La part belle est faite aux dimensions historiques des phénomènes économiques, ce qui n'était pas le cas dans la première partie de son œuvre. De publication en publication, le rôle de l'entrepreneur est revu à la baisse. Ainsi, dans Business Cycles (Les Cycles d'affaires), livre publié en 1939, ce n'est plus la " troupe des entrepreneurs " qui est présentée comme la variable permettant d'expliquer le changement. Schumpeter préfère parler des " grappes d'innovations ". Une idée demeure : celle du " tir groupé " ; le changement suscite le changement. Cependant, la notion de " grappes d'innovations " suggère, ce qui n'était pas le cas avec la " troupe des entrepreneurs", que ce qui est décisif, c'est le progrès technique, pas les hommes qui l'appliquent. La désacralisation de l'entrepreneur est encore plus marquée dans Capitalisme, socialisme et démocratie. Dans ce livre publié en 1942, Schumpeter s'interroge sur l'avenir du capitalisme. Son diagnostic est bien connu: le capitalisme est appelé à disparaître; l'avenir est au socialisme, qui instaurera la propriété collective des moyens de production, la planification centrale, et ce sans menacer sérieusement la démocratie. Les thèses de Schumpeter ont été longtemps délaissées. Elles n'ont rencontré que peu d'écho durant les Trente Glorieuses, en partie en raison du succès des théories keynésiennes. Depuis les années 70, le retour des crises économiques a rappelé que le système capitaliste, comme tout système économique, pouvait connaître des soubresauts. Le thème de l'évolution, cher à Schumpeter, est ainsi redevenu pleinement d'actualité. II est vrai que Schumpeter, en la matière, a défriché un territoire que peu, pour ne pas dire aucun économiste de sa stature n'avaient exploré avant lui. L'influence de Schumpeter se ressent surtout dans le choix des thèmes de travail. Il n'y a pas d'école shumpéterienne comme il y a une école keynésienne ou néoclassique. Les économistes qui, aujourd'hui, reviennent à lui ne reprennent que rarement des propositions qu'ils tiendraient pour acquises ; elles sont le point de départ de leur travail.

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Amartya SEN (Inde, 1933-)   NOBEL 1998

Né en 1933 dans la province indienne du Kérala en Inde, Amartys SEN est un grand théoricien du développement ainsi qu'un philosophe soucieux de justice sociale.

Il est actuellement (2000) professeur d'économie au Trinity College de Cambridge et professeur visiteur à Harvard (Cambridge, ÉUA) où il enseigne l'économie et la philosophie. Il y a commencé sa carrière d'universitaire avant de partir en Angleterre (Cambridge, Oxford) puis aux ÉUA (Harvard) dans les années 1990, avant de revenir en janvier 1998 au Trinity College de Cambridge.

C’est le premier économiste asiatique, et a fortiori indien à recevoir le Nobel, en 1998. Il doit celui-ci à son travail scientifique sur la "théorie du choix social"et pour "des contributions essentielles dans la recherche sur les questions fondamentales du bien-être économique".

Il a présidé les associations d'économistes les plus prestigieuses (American Economic Association, Econometric Society, International Economic Association) et obtenu de très nombreuses récompenses. Ses travaux scientifiques se situent à l' origine dans la théorie économique du choix des techniques et de la croissance (années 1960). Puis ses publications se partagent entre deux domaines .

 

Son influence en économie du développement se traduit au Nations Unies (PNUD) par la mise au point d'une conception alternative du développement, le développement humain durable, qui s'oppose à la seule prise en compte du PIB à la manière des institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale, FMI). Ainsi depuis le début des années 1990, le "Rapport sur le développement humain" du PNUD fait concurrence au "Rapport sur le développement dans le monde" de la Banque Mondiale. On y trouve l’indice construit par SEN, celui du développement humain (IDH).

"Le grand problème de notre société est que l’on ne pense pas assez aux pauvres. (…) Je suis persuadé que les famines sont évitables ; avec une volonté politique, elles sont même très faciles à empêcher ".
Il défend la thèse selon laquelle le meilleur remède à la famine est la démocratie.

Enfin, il écrit que "le succès du capitalisme est autant dû au rôle de l’État qu’à celui du marché. "

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Herbert Alexander SIMON (États-Unis, 1916-)

Né aux États-Unis en 1916, Herbert SIMON obtient le diplôme de sciences politiques à l'Université de Chicago. Il se distingue ensuite dans diverses sciences sociales.
C'est un scientifique qui a introduit l'analyse du comportement humain dans la science économique. Il propose de remplacer la rationalité parfaite des agents économiques par une rationalité limitée.
Les choix réels sont effectués en prenant en compte "un schéma simplifié, limité et approximatif de la situation réelle ".

L'apport fondamental de Simon réside dans sa critique de la vision de l'homme dans les sciences économiques. Cette vision de l'homme, fondée sur le comportement rationnel et, corrélativement, sur l'effort de maximisation des agents économiques, est, selon Simon, contraire aux modèles de comportement observés. En effet, tant dans la collecte de données que dans leur traitement, les capacités intellectuelles de l'homme sont limitées et celui-ci n'est pas en mesure de se former une idée complète et exacte de toutes les possibilités de choix. C'est pourquoi Simon substitue à l'hypothèse de rationalité et à l'effort de maximisation la "rationalité limitée" et "l'effort d'assouvissement".

SIMON a été couronné pour sa célèbre application de ces principes à la structure d'organisation et au processus de prise de décision dans l'entreprise. Dans son livre "Administrative Behavior - A study of Decision-Making Processes in Administrative Organization"(1947), Simon soutient que les décisions dans les entreprises sont le résultat d'un processus de négociation entre les dirigeants, qui cherchent chacun à faire passer une décision satisfaisante pour leur domaine d'activité propre. Il s'oppose par conséquent à l'hypothèse, utilisée dans la théorie économique, selon laquelle l'entreprise recherche la maximisation du bénéfice.
Il assigne au décideur un objectif de satisficing et définit sa rationnalité par rapport à la limite de ses connaissances.

Plus tard, Simon étudiera également les possibilités de l'informatique en tant qu'auxiliaire de l'homme. La théorie de Simon touche un des fondements de la science économique. Il plaide en faveur de l'intégration de toutes les sciences sociales et propose une alternative à l'homo ceconomicus.

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Philippe SIMONNOT (France, ?)

"39 leçons d’économie politique "1998.

Une présentation très claire et très complète de la pensée libérale. Il partage les idées de Pascal SALIN et trouve
que l’omniprésence de l’État est un frein à l’initiative, à la création de richesses et à l’efficacité.

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Jean-Charles Léonard SISMONDI (Suisse, 1773-1842)
D'origine suisse, il est banquier en France qu'il quitte au moment de la Révolution pour gagner l'Angleterre. Il découvre un pays industriel et Adam SMITH dont il sera un grand admirateur.
Puis il s'installe en Toscane et découvre une société harmonieuse dans laquelle l'entraide est importante, il sera conquis par ce sentiment de quiétude et d'harmonie.
Les crises économiques et la misère ouvrière le marqueront profondément. Ainsi, en 1819, il publie ses "Nouveaux principes d'économie politique" et devient l'un des principaux opposants au courant classico-libéral. Il ne croit pas à à la loi des débouchés de Say et met au contraire en avant l'importance de la demande. Sensible à la misère ouvrière, il défendra l'intervention de l'Etat pour réguler l'économie et faire reculer la misère. Cela en fait l'un des inspirateurs de Keynes, avec un siècle de décalage.
Karl MARX le qualifiera de petit-bourgeois parce qu'il souhaite une régulation de la production et de la répartition par l'État.
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Adam SMITH
(GB, Écosse) (1723-1790). Fondateur du courant classique

1776. "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations"

Cet auteur est très important car il inspirera la science économique avec son livre-clé "Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations" (1776). Il y montre notamment que l'égoïsme individuel peut mener à l'harmonie collective. C'est la "main invisible" de la concurrence qui permet de s'assurer que ce qui est fabriqué par les uns correspond bien aux besoins des autres. Ce sont les mécanismes de prix qui permettent naturellement au marché de s'équilibrer. Adam Smith insiste également sur les bienfaits que l'on peut attendre de la division du travail, permettant d'augmenter considérablement l'efficacité de ce dernier et donc la richesse globale. Et ce qui est vrai entre individus au niveau de la société l'est aussi entre nations au niveau mondial : chacune doit se spécialiser dans les produits pour lesquels elle est la plus performante de manière absolue. Cela implique de supprimer les obstacles au libre échange tant à l'intérieur des nations qu'aux frontières entre les pays. De manière générale, l'Etat doit se cantonner dans ses fonctions régaliennes, les marchés assurant naturellement le bien-être dans la société.

Voyant dans le travail la source de toute richesse et la mesure réelle de la valeur échangeable des biens, il affirme que sa division et le développement de l’industrie favorisent l’accroissement de la production. Fondamentalement optimiste, il pense que le mécanisme des prix assure l’équilibre entre l’offre et la demande et croit en la convergence des intérêts individuels vers l’intérêt général.
Libre-échange et concurrence sont pour lui les principes fondamentaux de la politique économique.
On lui doit la célèbre image de la "main invisible"pour signifier que le marché réalise les meilleures affectations entre les personnes.

Son influence est encore réelle de nos jours.
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Pierro SRAFFA (1898-1983)

1960. "La production des marchandises par des marchandises, prélude à une critique de la théorie économique ". Renouveau de l’analyse ricardienne.

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James STEUART (Angleterre,

1767. "Principes d’économie politique". Pour Schumpeter, il s’agit d’une "oeuvre de première importance".
Malthus se serait attribué les thèses de Steuart.

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Joseph STIGLITZ (États-Unis, 1943- )
Prix Nobel d'économie 2001avec George Akerlof et Michael Spence

Source : Encyclopédie Universalis.
Joseph Stiglitz, en recevant le prix Nobel, s'est empressé de dénoncer les baisses d'impôt décidées par George W. Bush, l'idéologie du tout privatisable et l'hypocrisie américaine vis-à-vis des paradis fiscaux. Après trente-cinq années d'une carrière plutôt atypique, marquée par une rébellion peu commune dans l'univers feutré des institutions internationales, Stiglitz a conservé son franc-parler.
Il naît en 1943 à Gary, dans l'Indiana, une ville sinistrée par le déclin de ses activités industrielles. Son père, Nat, a vendu des contrats d'assurance jusqu'à plus de quatre-vingt-dix ans, tandis que sa mère enseignait l'anglais aux immigrants. Après sa licence au Amherst College, il obtient une bourse pour préparer son doctorat (1967) au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.). Ses projets de recherche intéressent plusieurs fondations qui financent ses travaux en même temps qu'il enseigne la politique économique au All Souls College d'Oxford. À vingt-six ans (1969), il devient professeur à Yale, puis il quitte sa chaire en 1979 pour Princeton où il enseigne jusqu'en 1988, date à laquelle il est nommé à l'université Stanford. Stiglitz appartient au courant de pensée des "nouveaux keynésiens", ces économistes qui ont introduit dans la problématique keynésienne (de nature macroécono-mique) l'étude des comportements individuels (de nature microéconomique). Avec eux, Stiglitz contribue à fonder la nouvelle microéconomie qui, depuis les années 1970, se démarque des hypothèses de marchés parfaits propres à la théorie walrasso-parétienne. Selon lui, les défaillances du marché (market failures) laissent une place à l'intervention de l'État et à l'instauration de règles volontaristes adoptées par la négociation ou le compromis. Les rigidités existent mais elles résultent des comportements des individus confrontés à deux phénomènes particuliers: l'incertitude et l'asymétrie de l'information. À défaut de connaître le futur et de pouvoir prendre des décisions rationnelles, les agents ne s'engageront sur le marché (du travail, du crédit, du foncier, etc.) qu'à travers des contrats négociés entre eux. L'information des agents contractants est cependant asymétrique: acheteurs et vendeurs ne disposent pas des mêmes informations sur les biens qu'ils échangent. D'où une inégalité entre le "principal" (aussi appelé le mandant) et l'"agent" (le mandataire), l'agent pouvant exploiter sa rente informationnelle au détriment du principal. Stiglitz applique cette théorie aux contrats d'assurance. Il montre par exemple qu'un assuré potentiel à faible risque quittera son assureur s'il constate que des contractants présentant plus de risques paient la même prime que lui. Ce départ contribuera à diminuer la qualité même des assurés qui restent et à faire augmenter leur prime. Tout se passe alors comme si les assurés à hauts risques se substituaient de proche en proche aux assurés à faible risque. C'est un phénomène classique de "sélection adverse" qui, appliqué aux relations entre emprunteur et banquier, entraîne de la même façon un rationnement du crédit. C'est l'ensemble de ces travaux réalisés dans les années 1970 qui ont fait de Stiglitz l'un des précurseurs de l'économie de l'information et qui lui vaudront le prix Nobel d'économie 2001. Tout aussi connu est l'apport de Stiglitz aux théories du salaire d'efficience. Les libéraux expliquaient que le niveau des salaires ne diminue pas comme il le devrait dans une situation de chômage (quand l'offre de travail est supérieure à la demande) parce que le marché du travail est paralysé par des rigidités (conventions collectives et droit du travail contraignants, exigences syndicales). Stiglitz et les nouveaux keynésiens répondent que le marché du travail ne fonctionne pas ainsi. Les employeurs, ne pouvant mesurer ni l'efficacité ni l'intensité de l'effort de travail de chaque salarié, proposent un salaire d'efficience supérieur à celui qui équilibrerait, en théorie, l'offre et la demande de travail. Ils attirent ainsi des salariés fidèles, reconnaissants et plus performants. En situation d'excès de main-d'œuvre, l'ajustement se fait alors non pas par le prix (le salaire ne baisse pas), mais par les quantités; le chômage est donc involontaire. La voix de Stiglitz se fait entendre au-delà du milieu académique. Surtout lorsque le président Bill Clinton fait de lui en juin 1993 le directeur de ses conseillers économiques. Depuis le début des années 1990, Stiglitz anime la controverse qui oppose, au sein de la Banque mondiale, les "révisionnistes" et les "néo-classiques". Pour ces derniers, l'État accompagne "amicalement" (friendly) le marché; pour Stiglitz, l'État conduit le marché par des politiques sélectives de crédit (financial restraint) et de soutien à l'exportation. Le "révisionniste" dénonce sans relâche le "consensus de Washington", ce discours, commun au F.M.I. et à la Banque mondiale, selon lequel la libéralisation financière permet le développement du marché des capitaux et par suite, la croissance dans les pays en développement. Après la crise asiatique de 1997, la critique de Stiglitz, alors chef économiste de la Banque mondiale, se durcit. Une violente polémique éclate entre lui et Stanley Fisher, son homologue au F.M.I., à propos des remèdes imposés par le Fonds aux pays asiatiques. La Banque se désolidarise alors des positions du F.M.I. sur la conditionnalité de l'octroi des crédits. Mais, un an plus tard, James Wolfensohn, son président, doit sacrifier Stiglitz dont la liberté de ton exaspère les tenants de l'orthodoxie financière. Stiglitz a depuis lors rejoint l'université Columbia de New York et continue d'invectiver le F.M.I. et la Banque mondiale. Ses travaux alimentent une réflexion politique devenue majeure: quelle doit être la place des institutions internationales dans le processus de globalisation ?

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Frederich Winslow TAYLOR (États-Unis d'Amérique, 1856-1915)

Ingénieur, il a créé l'organisation scientifique du travail. Il mena une carrière de consultant pour propager ses idées.
La définition et l'adoption d'une norme de travail ("the one best way") dans l'entreprise doivent permettre d'accroître la productivité des travailleurs.
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Jan TINBERGEN
(Hollande, 1903-1994)

Premier prix Nobel d'économie en 1969, "pour avoir élaboré et appliqué des modèles dynamiques à l’analyse des processus économiques."
Spécialiste de l'économie du développement, il a avec
Ragnar FRISH (Norvège, 1875-1973), créé l'économétrie.

À partir de 1945, Jan TINBERGEN concentre ses travaux sur la politique économique. Contre la coexistence de politiques juxtaposées visant chacune un objectif, il prône une politique unique poursuivant une gamme d'objectifs, il montre que pour être efficace, une telle politique doit se donner autant de moyens (fiscalité, stabilité des prix, équilibre de la balance des paiements).
À partir de 1955, il travaille principalement sur les problèmes de développement.
Il a aussi développé une
théorie de l'intégration.
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James TOBIN (États-Unis, 1918- ) Prix Nobel 1981
CONCILIATEUR ENTRE KEYNÉSIENS ET MONÉTARISTES

James TOBIN, né en 1918 dans l'Illinois, a fait ses études à l'Université de Harward. Il a été professeur à l'Université de Yale entre 1950 et 2001.
Conseiller de feu le président Kennedy et du président Johnson, TOBIN croyait à une politique conjoncturelle active. Il n'était donc pas d'accord avec la politique monétariste préconisée par Milton FRIEDMAN, du fait surtout que le prix que cette politique exige, sous la forme d'une récession et d'un chômage de longue durée, lui paraissait trop élevé.
TOBIN soutenait que l'inflation pouvait être mieux combattue, et plus vite, par une politique des revenus. Une telle politique avait, en même temps, selon lui, l'avantage d'être plus transparente.

Tobin a reçu le prix Nobel pour sa contribution dans un tout autre domaine, la théorie du portefeuille, qu'il a développée dans une série d'articles. Cette théorie repose sur la constatation que le patrimoine comprend aussi bien des actifs financiers (tels que dépôts a terme et obligations) que des actifs réels (tels que terrains et immeubles). Les variations du stock monétaire exercent dès lors des effets non seulement sur les taux d'intérêt, mais aussi sur les prix relatifs des éléments réels du patrimoine. Avec cette théorie, Tobin prend place entre les Keynésiens et les Monétaristes. Il peut en effet se déduire de sa théorie du portefeuille qu'il existe à la fois un lien indirect (à travers les taux d'intérêt qui déterminent les investissements des entreprises : doctrine keynésienne pure) et une relation directe (doctrine monétariste pure) entre la sphère de la monnaie et la sphère des biens. Quoique, sur le plan des recommandations de politique économique, Tobin se rattache nettement aux Keynésiens, il peut en tout état de cause, pour ce qui concerne sa théorie, être considéré comme le conciliateur des principes keynésiens et des thèses monétaristes.

Père de la "taxe TOBIN"ou "Tobin tax".

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Anne Robert Jacques TURGOT
(France, 1727-1781)

Source : Jean-Marc DANIEL, professeur à l'ESCP-EAP, in Le Monde du 5 septembre 2000.
Né à Paris le 10 mai 1727, il se passionne pour l'économie et rencontre Vincent de Gournay , un haut fonctionnaire qui l'introduit à la Cour et lui fait connaître Vincent de Gournay. En 1761, il devient intendant du Limousin (1761-1774), correspond avec Denis Hume qui lui conseille de publier ses articles et lui recommande un de ses amis Adam Smith. En 1770, il publie ses "Réflexions sur la formation et la distribution de richesses" .

Des physiocrates, Turgot retient l'idée que la croissance économique repose sur l'agriculture. C'est de la capacité de la terre à fournir une récolte supérieure aux semences que naît l'accumulation des richesses. Aussi l'État doit-il libérer le prix du blé pour donner aux agriculteurs les ressources nécessaires à l'amélioration des rendements.
Mais Turgot s'éloigne des physiocrates par son approche de l'épargne. Pour lui, celle-ci ne se limite pas à la mise de côté par les paysans d'une partie des récoltes pour constituer les semences.
Il identifie trois emplois de l'épargne :
- l'acquisition de terre par laquelle l'épargnant cherche un revenu stable, une rente ;
- le prêt à intérêt qui fournit à l'emprunteur de la trésorerie et au prêteur également une rente ;
- l'investissement en machine, en pleine expansion dans cette fin du XVIIIème siècle.

De ce schéma, il tire trois conclusions.

Il complète cette théorie de l'épargne par ses idées sur la monnaie. S'il défend la théorie quantitative de la monnaie, il soutient que le mécanisme de l'échange impose que la monnaie inspire une confiance totale. À chaque transaction, le vendeur cède un bien matériel contre de la monnaie. Il ne le fait que s'il a la conviction que la monnaie qu'il reçoit conservera durablement sa valeur. Il défend en conséquence une politique monétaire stricte dont la réalisation n'est à ses yeux possible que si la monnaie est constituée de métaux précieux et qu'elle est gérée par un organisme indépendant échappant aux tentations de rognage et d'altération des États impécunieux (AA : c'est la thèse de Robert Lucas et de la nouvelle macroéconomie classique).

En ce qui concerne la hiérarchie des prix, il considère qu'elle reflète à long terme celle des coûts. Mais, à court terme, le prix fondamental, qui est le prix formé par l'offre, n'est pas celui constaté lors des échanges qu'il appelle le prix courant car il est corrigé par les envies des demandeurs. Cette conception des prix ou l'utilité des biens pour l'acheteur joue un rôle ne lui est pas propre, mais elle deviendra le fondement du marginalisme et de la théorie de l'économie de marché un siècle plus tard.

Devenu contrôleur général des finances (1774), il applique ses idées et entreprend des réformes économiques, il institue d’abord la liberté du commerce et de la circulation des grains (1774) à l’instigation des physiocrates, puis celle du travail (1776) par la suppression des corporations, des maîtrises et des jurandes. Enfin, il s'attaque au déficit de l'État. Une mauvaise récolte dont les effets sont amplifiés par la spéculation provoque, en 1775, une pénurie de blé ; des émeutes éclatent, c'est la guerre des farines. Les conservateurs exigent son départ, il finit par être disgracié en 1776.

Quand il meurt en 1781, la plupart de ses réformes ont été abandonnées. De son oeuvre, il reste des idées qui marquent la transition entre la physiocratie et le libéralisme d'Adam SMITH, que Louis XVI eut tort de négliger.

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Thorstein VEBLEN (États-Unis d'Amérique, 1857-1929)

Il est né le 30 juin 1957 dans le Wisconsin, dans une famille d'agriculteurs immigrée de Norvège.
En 1884, il obtient un doctorat en philosophie de l'université de Yale (inspirée des idées de Kant et de Spencer). Puis il se retire pendant sept ans dans la ferme familiale, période pendant laquelle il va lire quantité de livres.
Il sera enseignant dans plusieurs universités : entre 1892 et 1906, à Chicago, entre 1906 et 1909 à Stanford, entre 1911-1918 à Missouri.
En 1918, il est employé dans la Food Administration et il devient membre du comité de rédaction du périodique progressiste The Dial.
En 1919, il participe à la fondation de la New School for Social Research, à New York, où il enseigne occasionnellement jusqu'en 1926, date à laquelle il se retire à Palo Alto.
Le 3 août 1929, il meurt d'une maladie cardiaque.

1899 son ouvrage le plus connu : Théorie de la classe de loisir, (Gallimard, 1990)
1904 : The Theory of Business Enterprise
1914 : The instinct of Workmanship and the State of industrial Arts.
1915 : Impérial Germany and the industrial Revolution.
1918 : An inquiry into the Nature of Peace and the Terms of its Perpétuation.
1918 : The Higher Leaming in America.
1919 : The Vested lnterests and the Common Man.
           The Place of Science in Modem Civilization and other Essays.
1921 : The Engineers and the Price System,
1923 : Absentee Ownership and Business Enterprise in Recent Times.

Économiste et sociologue qui a fondé le courant "institutionnaliste" aux États-Unis, il accorde aux faits sociaux et culturels, aux institutions une place centrale dans l'économie.
La classe aisée a une consommation ostentatoire qui lui permet de se différencier du commun des mortels, afin d'affirmer leur statut de classe privilégiée ; par mimétisme, ce comportement tend à se répandre dans l'ensemble de la société. Le consommateur ne lui apparaît pas être cet être rationnel décrit par la théorie néoclassique.

Critique impitoyable et sardonique de la société de son temps, Veblen est aussi critique de l'économie néoclassique. Il critiquera aussi le marxisme, bien qu'il en soit manifestement plus proche. Il reproche à Marx, comme à son inspirateur Hegel, leur conception déterministe de l'histoire. Il considère que la théorie de la valeur travail et de la plus-value n'est pas adaptée aux complexités de la société industrielle moderne dominée par le machinisme. Il ne croit pas dans la lutte des classes telle que Marx la conçoit. Il considère que le prolétariat ne cherche pas à se révolter, mais qu'il est perverti par les classes supérieures dont il assimile les valeurs et qu'il cherche à imiter.

C'est lui qui fondera le terme de "néoclassiques" comme pour mieux souligner la continuité plutôt que la rupture entre l'économie politique classique et la nouvelle école marginaliste.
Il considère que la théorie néoclassique est en retard par rapport à la réalité dont elle pense rendre compte. Il la trouve abstraite, déductive et statique, donc incapable d'expliquer la croissance économique et les crises.
Elle est fermée aux autres disciplines, telles que la sociologie et l'histoire, alors qu'il faut une approche multidisciplinaire pour comprendre l'évolution sociale et la transformation des institutions. Elle a une conception étriquée de l'être humain, contredite par les enseignements de la biologie, de l'ethnologie et de la psychologie. L'homo oeconomicus est un atome passif, " faisceau de désirs ", calculateur de plaisirs et de peines, qui ne correspond à rien de réel.

Instincts, évolution et institutions

La société est, depuis l'origine, le théâtre de conflits et de dominations, elle n'est ni harmonieuse, ni équilibrée. L'être humain est mû par des instincts et des pulsions irrationnelles, il n'est pas un calculateur hédoniste et rationnel. Ces instincts évoluent avec les transformations qui, partant des communautés primitives, conduisent aux sociétés industrielles modernes. L'un des instincts primitifs les plus importants est l'instinct prédateur, qui mène à l'appropriation du surplus économique par une minorité oisive. Il se manifeste d'abord dans les relations entre les hommes et les femmes. Il oppose ensuite la " classe de loisir ", qui s'adonne aux activités sportives, religieuses, à la guerre et au gouvernement, à celle des travailleurs. L'instinct prédateur s'accompagne alors de la propension à la prouesse et à l'exploit, des instincts guerrier et sportif. Dans la société moderne, il prend la forme d'une rivalité pécuniaire qui se traduit par l'étalage de consommations, de loisirs et de gaspillages ostentatoires. Plus on est élevé dans l'échelle sociale, moins on consomme pour satisfaire ses besoins, plus on consomme pour manifester sa supériorité, son pouvoir, sa richesse. On appelle ainsi " biens Veblen " ceux dont la demande baisse lorsque leur prix baisse. À ces pulsions néfastes s'opposent l'instinct artisan, ou laborieux (workmanship), la propension à la curiosité gratuite et l'instinct parental. Ce sont les moteurs du progrès économique, social, scientifique.

Veblen ne croit pas que ces instincts soient l'apanage exclusif d'une seule classe sociale. On les retrouve, à des degrés divers, chez tous les êtres humains. Même les plus pauvres, influencés par la publicité et l'exemple, s'adonnent au loisir et à la consommation ostentatoires.

Admirateur de Darwin, Veblen met, avec les instincts, l'évolution et les institutions au centre de sa vision de la société. Il définit ces dernières, non pas comme des organisations, mais comme " des habitudes mentales prédominantes, des façons très répandues de penser les rapports particuliers et les fonctions particulières de l'individu et de la société " (Théorie de la classe de loisir). Ce sont des coutumes, des usages, des règles de comportement, des principes juridiques. Ces institutions ont donc une dimension culturelle importante et elles évoluent en s'adaptant à un environnement changeant. Mais elles manifestent, la plupart du temps, un retard par rapport au progrès scientifique et technologique, retard qui est la source principale des problèmes économiques et sociaux.

Critique de l'économie moderne

Cette analyse en termes de dualité, Veblen l'applique à l'étude de l'économie moderne.
À l'instinct artisan correspond, dans l'économie moderne, l'industrie.
À l'instinct prédateur correspond le monde des affaires. Le progrès industriel est relié à l'avancée des sciences et des techniques. L'industrie moderne se caractérise en particulier par le rôle central du machinisme. Le but de l'activité industrielle est la fabrication de produits, en vue d'améliorer le bien-être de la population. Il se trouve que, dans le capitalisme moderne, les activités productives sont gérées dans le cadre d'entreprises d'affaires. Ces entreprises investissent en vue d'obtenir un gain financier, un profit. Il ne s'agit pas de faire des objets, mais de faire de l'argent.

Rien n'assure que les intérêts de l'industrie et ceux des affaires coïncident, bien au contraire. Il peut ainsi être rentable pour une entreprise, même si c'est antisocial, de freiner la production, d'augmenter indûment les prix, de gaspiller des ressources, de produire des objets inutiles ou nuisibles. Il fut un temps, au moment de l'émergence du capitalisme, où l'entreprise était dirigée par un véritable industriel mû par l'instinct artisan. Désormais, le pouvoir économique est entre les mains de ces prédateurs modernes que sont les capitaines d'industrie et les financiers. Veblen est l'un des premiers à décrire les effets de la séparation entre la propriété et la gestion des entreprises, et l'émergence de la " propriété absentéiste " qui s'impose dans l'après-guerre comme la forme dominante du capitalisme. Les crises économiques et le chômage sont le produit de " ce freinage de l'industrie que la propriété du capital exerce dans le système des prix " (dans "Les ingénieurs et le capitalisme"). L'inflation de crédit et la capitalisation boursière excessive créent une distorsion croissante entre le capital réel, productif, tangible, et le capital monétaire, intangible.

Pour sortir de cette impasse, Veblen espérait une prise de contrôle de l'industrie par les véritables porteurs de l'instinct artisan, les techniciens et les ingénieurs, alliés aux travailleurs manuels. Il n'expliquait pas, toutefois, comment ce régime de " soviets des techniciens " allait être mis sur pied et fonctionner. Dans les dernières années de sa vie, il était de plus en plus amer et pessimiste face à ce qu'il voyait comme une collusion grandissante entre le monde des affaires, celui de la religion et celui de la guerre. Il ne serait sans doute pas dépaysé s'il ressuscitait aujourd'hui !

Mort relativement isolé, Veblen a eu deux disciples, John R. Commons et Wesley C. Mitchell, qui sont les véritables artisans du courant institutionnaliste dont il peut être considéré comme le père. Principale opposition hétérodoxe à la domination néoclassique aux États-Unis, l'institutionnalisme a pris des formes diverses, parfois très différentes des idées de Veblen. Après avoir inspiré le New Deal de Roosevelt, il a connu une longue traversée du désert dans l'après-guerre. Il connaît une résurgence importante depuis les années 60, notamment avec la fondation de l'Association for Evolutionary Economics.

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Léon WALRAS (France, 1834-1910) Néo-classique, fondtaue de l'école de Lausanne

"La théorie mathématique de la richesse sociale "(1873-1883).
"Éléments d’économie politique pure ou théorie de la richesse sociale" (1874-1887).
"Études d’économie politique appliquée "(1898).

Walras formule, en même temps que Jevons et Wenger, une nouvelle théorie de la valeur fondée sur le principe de l’utilité marginale. Il considère que les individus sont capables de déterminer l’utilité qu’ils confèrent à une quantité de bien sous une forme ordinale, et que, partant de là, ils sont capables de comparer et de choisir, parmi les possibles, la combinaison de produits qui maximisent leur satisfaction.

C’est le fondateur du modèle de la "concurrence pure et parfaite" dans lequel il estime qu’il faut que cinq conditions soient respectées pour que celui-ci existe.

Dans ce contexte de CPP, il a appliqué les mathématiques en économie, en tentant d’établir "à l’aide d’un système d’équations un modèle complet de l’équilibre général, des prix et des échanges "(Henri Denis).

Walras veut démontrer que l’économie peut atteindre un équilibre général stable, c’est-à-dire lorsque, sur tous les marchés, l’offre est égale à la demande. Walras introduit l’idée d’un commissaire-priseur fictif qui fixe un premier prix, l’annonce et attend les réactions du marché ; en fonction du volume de l’offre et du volume de la demande, il procède par tâtonnements pour atteindre un niveau d’équilibre : O = D à l’aide d’un prix d’équilibre.

Il s’agit d’une analyse réelle car Walras considère la monnaie comme une marchandise particulière qui permet de mesurer les prix relatifs des produits en cette unité. Dans ce modèle, la seule fonction de la monnaie est de servir d’unité de compte.

Walras a posé le modèle et ses équations mais n’a pas trouvé la solution mathématique. Il faudra attendre résolu le système pour que Gérard DEBREU fasse cette démonstration, ce qui lui vaudra le prix Nobel en 1983.

L'éon Walras, on l'a dit est le fondateur de l'économie néoclassique. Jean-Marc DANIEL, professeur à lESCP-EAP, a publié l'article suivant dans le journal Le Monde du 16 janvier 2001 dans la rubrique "PENSÉE ÉCONOMIQUE"

Ironie de l'histoire, Léon WALRAS, le fondateur de l'économie néoclassique, dénoncée aujourd'hui par certains comme une théorie réactionnaire, était un socialiste convaincu. Walras a, jusqu'à ses derniers jours, fait montre d'activisme de gauche, tout en marquant sa défiance vis-à-vis des chefs socialistes, en qui il voyait des hypocrites et des démagogues irresponsables. Léon Walras naît à Évreux en 1834. Son père, AUGUSTE WALRAS, normalien, mène une carrière universitaire brillante qui se termine par un poste d'inspecteur d'académie à Lyon. Féru d'économie, Auguste Walras anime les réunions de la société d'économie politique locale, avec son ami Augustin COURNOT. Ce dernier, polytechnicien, est passionné d'économie. Le jeune Léon assiste, admiratif, aux débats entre son père et lui, au point d'en faire son maître et son modèle. Hélas, il échoue au concours de Polytechnique. Devenu en 1854 élève à l'École des mines de Paris, il sombre dans la dépression. Il rate sa scolarité et se retrouve exclu des Mines sans en avoir obtenu le diplôme.

Vivant d'expédients, critique d'art ou journaliste d'un jour, il s'engage dans l'action militante. Il publie en 1860 une réfutation des doctrines économiques de Pierre-Joseph PROUDHON dont le but est d'inciter les socialistes, ignares selon lui en économie, à quitter leur approche utopiste des problèmes. En 1864, il devient directeur de la Banque du travail, une banque coopérative qui aide les audacieux, riches en idées et pauvres en capitaux.

Déçu par le sectarisme et les luttes de clan au sein des mouvements socialistes, il postule en 1870 au poste de professeur d'économie récemment créé à l'université de Lausanne, qu'il obtient grâce au prestige de son père. II s'installe définitivement en Suisse, où il enseigne pendant vingt-deux ans. Son cours comme ses écrits trouvent leur inspiration chez son père, chez Cournot, mais aussi chez l'économiste anglais Jevons, avec qui il entretient une abondante correspondance.

Pour Léon Walras, l'économie se scinde en trois blocs :

- l'économie pure où l'économiste, à partir des concepts essentiels qu'il tire de la réalité, établit des lois mathématiquement formalisées ;

- l'économie appliquée, qui tire de la précédente des préceptes à mettre en œuvre pour la gestion de la politique économique, ce que Walras appelle la gestion des choses ;

- l'économie sociale, qui rassemble les mesures permettant d'éviter la pauvreté et l'injustice, comme par exemple la création d'un salaire minimum.

L'histoire a surtout retenu de lui la première partie de sa démarche, la formulation de sa pensée théorique qu'il publie en 1874 sous le titre " Éléments de politique économique pure ". Il ne cessera de préciser et de clarifier sa doctrine au travers des quatre éditions de cet ouvrage qui vont se succéder jusqu'en 1900.

Ses idées tournent autour de quatre principes majeurs.

Ne donnant pas une description convaincante du processus qui conduit à l'équilibre, la théorie walrasienne, souffrant, en outre, de la complexité mathématique de sa formulation, reste d'abord confidentielle. À Cambridge, Alfred MARSHALL en enseigne à partir de 1890 une version personnelle avec des mathématiques plus simples, mais c'est John Hicks qui, en traduisant Walras en anglais en 1950, le propulse au panthéon des économistes. Walras pour sa part ignorera le succès grandissant de ses idées, succès tel que l'on parle désormais de lui comme du fondateur de l'école de Lausanne.

Vivant en Suisse, il participe de loin à la vie politique française, devenant conseiller et ami de Jules Ferry. Il publie des articles demandant la nationalisation des monopoles comme les chemins de fer. Mais, ébranlé par le boulangisme, effaré par l'affaire Dreyfus, il se détache peu à peu de la France et meurt à Clamons, près de Lausanne, en 1910.

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Max WEBER (Allemagne, 1864-1920)

Économiste et sociologue, il a analysé les phénomènes sociaux en essayant de comprendre les motifs des actions des hommes et la signification qu'ils leur donnent. Cette "sociologie compréhensive", en mettant en avant les motivations individuelles, s'oppose en partie à la sociologie de E. DURKHEIM.
Ouvrages principaux :
L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme
Économie et société

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Knut WICKSELL (Suède 1859-1926)

Économiste suédois fortement marqué par BÖHM-BAWERK.
Mais, fondateur de l’école suédoise, il sera aussi un précurseur de
KEYNES même si les interventions qu'il demande à l'État sont plutôt destinées à améliorer le sort des ouvriers.

WICKSELL pense (Geldzins und Güterpreise, 1898) qu’il existe deux taux d’intérêt, le taux d'intérêt "naturel" à long terme compatible avec une croissance équilibrée, sans inflation et le taux d'intérêt monétaire (ou taux courant de l'intérêt) qui est déterminé sur le marché de la monnaie et du crédit (?). Comme pour les NC, le taux d'intérêt courant représente le coût de la renonciation à la disposition du capital pendant une certaine période.
Un taux d’intérêt effectif trop faible (par rapport au taux naturel) provoque l’inflation ; un taux d’intérêt trop élevé engendre la déflation. Le rôle des autorités monétaires est d’éviter de tels processus cumulatifs, en élevant le taux d’intérêt monétaire dès les premiers signes inflationnistes et en l’abaissant dès le moindre signe de déflation, ce qui peut être considéré comme l’origine
des politiques monétaires actuelles.
Tant que le taux d'intérêt monétaire est égal au taux d'intérêt naturel, la
politique monétaire est neutre. Si le taux monétaire devient inférieur au taux naturel, cela déclenche une incitation à investir, ce qui accroît le prix des investissements et les prix des biens de consommation. L'expansion appèle l'augmentation de l'investissement.
Cela fonctionne tant que le taux monétaire est inférieur au taux naturel. Dès que le taux monétaire augmente, il peut y avoir récession, situation dans laquelle on trouve un surendettement, une forte inflation et une fuite des capitaux.

Wicksell, par ailleurs, a travaillé sur la validité des décisions publiques. Ainsi, il montre que l'unanimité est la meilleure règle de décision pour ce qui concerne la production d'un bien indivisible. Ainsi, le niveau de production désiré ne se fait pas au détriment du bien-être d'un individu ; on retrouve là le souci parétien, ne pas augmenter le bien-être d'un individu quand cela se passe par la diminution du bien-être d'un autre individu.
Conscient des risques de blocage des décisions à l'unanimité, Wicksell propose la règle de quasi-unanimité.
Il suffit de penser aux blocages des décisions européennes pour comprendre l'étendue de ces blocages.
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WICKSTEED
Ouvrage principal : Essai sur la coordination des lois de la répartition (1894)

Il introduit la fonction de production ; établie pour un état donné des connaissances techniques, elle traduit les liens qualitatifs entre services producteurs et produits.

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Friedrich von WIESER (Autriche, 1851-1926)

Il appartient à la première école autrichienne, c'est un disciple de Carl Menger auquel il succède à l'université de Vienne. Il y poursuit son analyse mathématique du comportement humain. On lui doit notamment le concept d'utilité marginale. et la notion de coût d’opportunité, c’est-à-dire ce à quoi il faut renoncer pour se procurer un bien au détriment d’un autre.
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Olivier WILLIAMSON (États-Unis, 1932-)

La "nouvelle économie institutionnelle"est interdisciplinaire puisqu'elle réunit "l'étude des organisations"et la "microéconomie appliquée". Elle marque une certaine rupture avec l'économie néoclassique des années 50.

Les économistes néoclassiques, sous l'influence de la CPP de Walras, raisonnaient alors en considérant que le recours au marché n'a pas de coût, comme si le temps nécessaire à la préparation et à leur suivi n'existait pas. Le prix est alors le seul signal donné à l'entreprise pour ajuster sa production. Les entreprises, nombreuses sur le marché (hypothèse d'atomicité de Walras) sont "price-taker".

Au contraire, pour les "néo-institutionnalistes", les transactions ont un coût dont on doit tenir compte pour tous les calculs et les choix économiques, sous peine de gâchis ou d'inefficacité.
Pour Olivier WILLIAMSON, l'exemple classique est celui du choix offert à l'entreprise entre fabriquer elle-même ou acheter à l'extérieur un produit ou un service dont elle a besoin.
Contrairement à ce qu'enseigne la théorie néoclassique, le marché n'est pas toujours le plus efficace. C'est le cas lorsque le produit en question est tellement spécifique qu'il va créer des liens de dépendance entre l'entreprise et son sous-traitant ; le recours au marché engendre alors des coûts de transaction excessifs : pour conclure un contrat, il faut que l'entreprise se protège des risques de défaillance, de tromperie ou de copie.
À l'inverse, la production interne risque de sécréter une bureaucratie qui, elle aussi, pèsera inutilement sur les coûts dans le cas où le produit recherché est standard, interchangeable et fourni par le marché à moindre prix.

Pour WILLIAMSON, "il n'y a pas de système à coût nul. Le bon choix dépend de la nature des actifs, de leur spécificité (localisation, caractéristiques techniques) et aussi de l'environnement de l'entreprise (législation, taille du pays, organisation du travail). Pour plus de précision sur ces choix, il faut se reporter à la théorie éclectique de DUNNING (paradigme OLI).

Il a par ailleurs démontré (après Joseph SCHUMPETER) que les concentrations n'obéissaient pas seulement à une logique monopolistique de pouvoir au détriment du consommateur mais aussi souvent à une logique d'efficacité en réduisant les coûts de transaction.