Chapitre 3.— CONSOMMATION ET ÉPARGNE

Introduction

Section 1.— Le choix entre la consommation et l’épargne, un optimum difficile à fixer

§1) Des déterminants nombreux

§2) Un optimum difficile à situer

Section 2.— Des politiques qui doivent agir sur le niveau et la structure de l’épargne

§1) Un niveau qui est difficile à modifier à court terme

§2) Une affectation de l’épargne dont les effets doivent être maximisés

 

Chapitre 3  CONSOMMATION ET ÉPARGNE

Introduction

Le PIB de la France continue à croître. Entre 1970 et 1996, son volume s'est accru de 1 771 MDF, soit une hausse de près de 90 %. Excepté en 1975 et 1993, la richesse produite n'a cessé d'augmenter. Toutefois, le rythme de croissance a été moins soutenu que pendant les "Trente Glorieuses". Dès lors, la croissance étant moins rapide, les oppositions quant à sa répartition se sont faites plus vives. C'est pourquoi, nous passerons rapidement en revue les secteurs institutionnels qui consomment, l'évolution de la consommation (et de l'épargne). Nous montrerons que la consommation est différente selon les tranches d'âge, que les taux d'équipement varient selon les revenus. Nous pourrons alors esquisser une comparaison européenne. Enfin, nous citerons les différents types d'épargne qui s'offrent aux agents qui ont une capacité de financement.

1.— Les ménages et les administrations consomment

Les SNF, les SF et les EI utilisent des consommations intermédiaires alors que les administrations publiques et les ménages consomment dans le cadre de ce que les comptables nationaux appellent la consommation finale.

Pour les ménages, le revenu disponible brut est utilisé soit pour la consommation, soit pour l'épargne. Ce qui vous permet de comprendre pourquoi nous avons intitulé ce chapitre CONSOMMATION ET ÉPARGNE. En 1998, le RDB (en SEC 95) s'est élevé 5 513 MDF,
l'épargne s'est élevé à 544 MDF et la consommation finale à 4 659 MDF

Aux 4 6459 MDF que les ménages ont consommé en direct, se sont ajoutés 1 258 MDF de consommation des APU pour le compte exclusif des ménages. En fait, la consommation élargie des ménages s'est élevée en 1998 à 5 917 MDF, soit 69 % du PIB dont le montant, en 1998, était de 8 564 MDF.

2.— Comment la consommation évolue-t-elle ?

1980

 

1990

2000

6,5 %

197 MDF

Santé

368 MDF

9,4 %

 

 

6,5 %

195  MDF

Loisirs, culture

295 MDF

7,6 %

 

 

17,7 %

565  MDF

Logement, éclairage, chauffage

751 MDF

19,4 %

 

 

16,4 %

497  MDF

Transports et communications

651 MDF

16,7 %

 

 

13,5 %

408  MDF

Coiffure, parfumerie, hôtels, cafés, restaurants, divers

515 MDF

13,2 %

 

 

21,3 %

645  MDF

Produits alimentaires, boissons, tabac

752 MDF

19,3 %

 

 

9,4 %

284  MDF

Meubles, matériel ménager, entretien

309 MDF

7,9 %

 

 

7,7 %

232  MDF

Habillement

253 MDF

6,5 %

 

 

100 %

3 023 MDF

TOTAL

3 895 MDF

100 %

 

 

Les dépenses de santé incluent les remboursements de Sécurité sociale, mais pas les dépenses d'hospitalisation (pas plus que les remboursements correspondants). Le poste "divers" inclut les assurances, les services financiers et les dépenses d'alimentation hors domicile. Ce tableau retrace l'évolution des dépenses en milliards de francs constants (1990). Les pourcentages calculés dans ce tableau indiquent la part de chaque poste de dépenses par rapport à la consommation finales des ménages. On apeelle ces pourcentages des coefficients budgétaires par fonction. Nous montrons, ci-dessous leur évolution entre 1959 et 1990.

1959

1970

1980

1990

 

4,5 %

6 %

6,5 %

9,4 %

Santé

5,5 %

6,5 

6,5 %

7,6 %

Loisirs, culture

10 %

16 %

17,7 %

19,4 %

Logement, éclairage, chauffage

10,5 %

12,5 %

16,4 %

16,7 %

Transports et communications

12 %

11 %

13,5 %

13,2 %

Coiffure, parfumerie, hôtels, cafés, restaurants, divers

34 %

26 %

21,3 %

19,3 %

Produits alimentaires, boissons, tabac

11 %

10 %

9,4 %

7,9 %

Meubles, matériel ménager, entretien

11 %

9 %

7,7 %

6,5 %

Habillement

 

 

100 %

100 %

TOTAL

 

 

3.— Une structure de la consommation différente selon les classes d'âge

Dans le tableau ci-dessous, nous retraçons (source : insee) le budget des ménages selon l'âge en 1995.

 

%

- de 25 ans

25 à 34 ans

35 à 44 ans

45 à 54 ans

55 à 64 ans

65 à 74 ans

75 ans et +

Alimentation à domicile

11,4

12,7

14,4

13,9

16,4

18,1

18,9

Repas à l'extérieur

5,4

4,3

3,6

3,5

2,2

1,9

2,5

Habillement

6,2

5,2

5,3

5,1

4,5

3,7

3,5

Habitation

31,4

31,1

30,3

26,2

25,8

25,2

25,6

Hygiène, santé

4,5

5,4

5,6

5,9

6,0

8,3

10,3

Transports et télécommunications

15,5

14,3

12,6

13,1

13,3

12,2

7,5

Culture et loisirs

10,2

6,9

7,7

7,1

5,5

4,8

3,8

Divers

15,3

20,2

20,4

25,1

26,3

25,8

27,8

Total

100

100

100

100

100

100

100

4.— Des taux d'équipement qui varient en fonction des erevenus

Dans le tableau ci-dessous, nous retraçons (source : insee) le taux d'équipement des ménages selon le revenu déclaré en 1993.

 

%

Automobile

Télévision

Lave-linge

Lave-vaisselle

Téléphone

Réfrigérateur

Congélateur

Combiné

Inférieur à 20 000

41,6

62,1

42,1

8,7

78,5

92,8

20,0

19,0

De 20 à 30 000 F

31,4

71,9

54,0

9,1

78,2

93,4

24,5

24,2

De 30 à 45 000 F

37,6

79,3

72,1

6,8

89,0

94,3

29,4

26,9

De 45 à 60 000 F

49,7

88,4

84,6

12,0

90,9

97,3

34,5

33,4

De 60 à 80 000 F

66,5

90,2

87,0

16,0

93,6

98,6

41,1

38,5

De 80 à 100 000 F

80,8

94,6

90,6

22,8

96,8

99,2

44,7

46,1

De 100 à 120 000 F

87,1

94,6

92,5

31,4

97,1

99,4

48,6

44,1

De 120 à 180 000 F

92,6

94,8

95,1

41,2

98,7

99,4

54,7

48,5

De 180 à 240 000 F

96,6

95,2

98,2

59,8

98,8

99,4

52,8

54,9

De 240 à 300 000 F

97,7

95,2

97,7

72,8

99,1

99,4

51,0

56,5

Supérieur à 300 000 F

96,6

93,1

97,9

77,9

98,4

99,5

52,3

64,7

Ensemble

78,0

91,5

89,4

33,6

95,5

99,8

45,7

44,4

 

 

5.— Une comparaison européenne

 

5.— Les différentes formes d'épargne

I.— L'ÉPARGNE FINANCIÈRE

II.— L'ÉPARGNE NON FINANCIÈRE

A.— LES PLACEMENTS À TERME

livrets d'épargne

comptes d'épargne

plans d'épargne logement

A.— L'IMMOBILIER

achat de la résidence principale

achat de la résidence secondaire

achat d'un logement pour le louer

terrains, terres agricoles, forêts

B.— LES VALEURS MOBILIÈRES

actions

obligations

B.— LES VALEURS REFUGES

œuvres d'art

or, bijoux

collections

C.— LES ASSURANCE-VIE

 

 

 

Section 1.— Le choix entre la consommation et l’épargne, un optimum difficile à fixer

§1) Des déterminants nombreux

A. Depuis vingt ans, la consommation et l’épargne connaissent des évolutions variées : Une baisse désormais ralentie de l’épargne nationale

Tableau n°1 : Évolution du taux d’épargne des ménages (en % du revenu disponible)

France

Royaume-Uni

Italie

Allemagne

États-Unis

Japon

France

1996

1975

20,2

12,7

30,6

15,1

9,4

22,8

épargne des ménages : 708 MDF

dont remboursement d’emprunts à l’habitat 240 MDF

1980

17,6

13,4

23,7

12,8

8,4

17,9

1988

11

6

17,2

12,8

5,3

13

1992

13,6

11,9

17,9

12,9

5,7

13,1

1995

14,3

11

14,4

11,6

4,9

13

1996

12,6

11,1

13,4

11,5

5

12,2

1997

12,6

9,8

12,6

11,3

5,2

11,5

1998

15,49

1999

2000

ATTENTION, les chiffres donnés ci-après viennent de plusieurs sources. Il peut donc apparaître quelques différences.

Baisse depuis 1973, remontée de 1992 à 1995 puis baisse à partir de 1996.

Vers un niveau plus homogène sauf États-Unis d'Amérique.

De 11,3 % à 12,6 % en France et en Italie.

En 1998, en SEC 95, le revenu disponible brut des ménages s'est élevé à 5 513 MDF. L'épargne dégagé par ce secteur institutionnel a été de 854 MDF et la consommation de 5917-1258=4659 MDF. Le taux d'épargne fut de 15,49 % et la propension moyenne à consommer de 84,51 %.

B. Les déterminants théoriques du partage entre la consommation et l'épargne

Pour bien comprendre la façon dont se détermine le partage du revenu entre consommation et épargne, il est indispensable de faire un détour théorique.

Traditionnellement, on considère que la détermination de la propension à consommer résulte d'un arbitrage entre consommation présente et consommation future (NC), mais également futures (anticipées). L'adoption de ce cadre d'analyse permet de mettre en évidence les principales variables susceptibles d'influencer la propension à consommer et la propension à épargner.

1) Le revenu courant de Keynes

La consommation est directement et immédiatement reliée au revenu des ménages dont elle suit les fluctuations à court terme. La fonction généralement retenue comprend une consommation incompressible Co et une propension marginale à consommer c positive et inférieure à 1 qui diminue quant le revenu augmente. En d’autres termes, la consommation s’accroît quand le revenu progresse, mais dans une moindre mesure, car l’individu consacre une partie de sa richesse nouvelle à l’épargne. Cette affectation du revenu à l’épargne est d’autant plus forte que le revenu est lui-même important et que les besoins immédiats de la consommation ont été satisfaits :

C = Co + cY

Les travaux statistiques sur la consommation réalisés depuis les années quarante confirment l’existence d’une telle fonction à court terme. Les enquêtes sur les budgets des ménages montrent en effet que la propension moyenne à consommer diminue lors du passage à des revenus supérieurs. En revanche, la propension moyenne à consommer ne diminue pas sur une longue période, malgré la hausse du niveau de vie (travaux de Kuznets en 1946) ce qui peut expliquer par l’urbanisation de la population ainsi que par l’apparition constante de nouveaux produits.

On peut considérer que le revenu courant exerce, à court terme, une influence négative sur la propension à consommer, influence qui s'estompe peu à peu pour s'annuler à long terme.

2) Le revenu permanent de Friedman

Ce résultat découle de la distinction fondamentale opérée par Milton FRIEDMAN entre,

La seule relation stable qui existe entre revenu et consommation unit revenu permanent et consommation permanente. À court terme, une augmentation du revenu courant sera assimilée à une augmentation du revenu transitoire et sera en grande partie épargnée, d'où une diminution de la propension à consommer. En revanche, si cette hausse du revenu ne s'avère pas temporaire mais qu'au contraire elle persiste à long terme, elle sera assimilée par les ménages à une augmentation de leur revenu permanent et sera consommée en conséquence, ce qui ramènera la propension à épargner à son niveau initial.

Une hausse du revenu ne se traduira donc par une augmentation significative de la consommation que si cette hausse est interprétée comme durable par les agents économiques et si elle aboutit à modifier les anticipations portant sur le revenu permanent. Dans le cas contraire, la hausse du revenu sera perçue comme provisoire et se traduira surtout par un flux d’épargne supplémentaire dans la crainte d’une diminution future du pouvoir d’achat. Rappelons que cette explication friedmanienne conduit ainsi à relativiser la portée des politiques de relance de la consommation à court terme et à mettre l’accent sur le rôle par nature contra cyclique des comportements de consommation.

3) Le revenu relatif de DUESENBERRY

Dans cette approche, la consommation des individus est autant influencée par le niveau de leur revenu courant que par la place qu’occupe ce revenu, au sein de la hiérarchie des revenus d’abord, par rapport aux revenus passés de l’individu ensuite.

L’interdépendance du comportement des agents économiques et les phénomènes d’imitation sociale expliquent que la progression moyenne à consommer est globalement stable sur longue période, puisque cette progression dépend avant tout de la situation de l’individu dans l’échelle sociale. + Baudrillard

4) L'effet de cliquet de BROWN

Quant au revenu passé, il explique le maintien du niveau de la consommation en période de récession ou d’expansion (effet de cliquet). Confrontés à une dégradation de leur pouvoir d’achat, les consommateurs préservent leur consommation en épargnant moins ou en s’endettant. Lorsque l’activité reprend, en revanche, ils maintiennent leur consommation à son niveau antérieur et affectent le supplément de revenu courant à l’épargne. Cette inertie des comportements de consommation n’est évidemment que provisoire et ceux-ci se modifient inévitablement en cas de baisse — ou d’augmentation — durable du pouvoir d’achat.

4) Le cycle de vie de Modigliani

Comme Friedman, Modigliani relie la consommation aux ressources moyennes de l’individu calculées sur le long terme. Sa particularité réside toujours dans le fait qu’il substitue à la notion de revenu permanent la somme actualisée des revenus perçus par un individu pendant sa vie entière.

En outre, il affine les explications de l’affectation du revenu à la consommation ou à l’épargne, en montrant les différences de comportement à chaque stade du cycle de vie. Schématiquement, les individus consomment plus qu’ils ne gagnent quand ils sont jeunes (le financement de leurs dépenses se faisant par appel à la famille ou par emprunt auprès des organismes de crédit), épargnent de plus en plus au cours de leur vie active (à la fois pour rembourser leurs dettes initiales et pour se constituer un capital en vue de leur retraite) et consomment les fonds accumulés peu à peu au cours de leur retraite.

Au niveau microéconomique, c’est l’ensemble du revenu actualisé reçu durant sa vie active qui importe à l’individu pour définir son profil de consommation, même si des aléas intervenus dans le revenu courant ou des modifications de ses anticipations sur les revenus futurs peuvent modifier cette consommation à court terme. Au niveau macroéconomique, le taux d’épargne des ménages varie en fonction de la croissance de la population active mais aussi de celle du revenu.

5) L'inflation et le patrimoine des ménages

Le lien entre inflation et épargne a été dégagé par Alfred Pigou en 1949 à travers L'EFFET d'ENCAISSES RÉELLES.

Pour cet économiste anglais, l’agent économique désire détenir un montant donné d’encaisses liquides exprimés en termes réels (AA c’est-à-dire en pouvoir d’achat ; une telle analyse peut être en pratique étendue aujourd’hui à l’ensemble des actifs financiers détenus par les ménages).

Si le montant désiré s’écarte du montant effectivement détenu du fait de la hausse des prix, l’agent modifie son comportement d’épargne afin de maintenir la valeur de ses encaisses.

Agissant par plusieurs canaux différents, le taux d'inflation exerce une influence négative sur la propension à consommer. Ainsi, une augmentation de l'inflation conduit à une réduction de la valeur réelle du patrimoine que les ménages souhaiteront certainement compenser en réalisant un effort d'épargne plus important. Elle doit également conduire à un phénomène de reconstitution des encaisses réelles, le montant initial de monnaie détenue étant désormais insuffisant compte tenu du volume des transactions sur le marché des biens et services.

Pour les économistes néoclassiques, le partage entre S et C est déterminé par la valeur du patrimoine. Si l'individu épargne, il diffère sa consommation (intertemporalité des choix). Son objectif est de se constituer un patrimoine qui lui servira de réserve de valeur.

Toute variation de la valeur réelle du patrimoine engendre une modification du partage entre S et C.

Le patrimoine des ménages apparaît comme un élément des ressources totales dont ceux-ci disposent pour financer leurs dépenses de consommation courantes et futures. Sa valeur conditionne donc le partage entre C et S.

Q. Quelle st la répercussion , sur la propension moyenne à consommer, d'une variation des encours de patrimoine induite par les fluctuations du prix des actifs financiers ?

R. En toute logique, des gains patrimoniaux doivent conduire à une réduction de la part du revenu disponible consacrée à l'accumulation d'actifs (épargne) et à une augmentation de leur consommation courante et future. Cet impact de la valorisation des actifs sur la consommation des ménages est appelé L'EFFET RICHESSE.

Hypothèse. Les ménages recherchent un ratio désiré de leur richesse par rapport à leur revenu disponible, ratio qui, à court terme, est à peu près constant.

Michel AGLIETTA (1995) est parvenu à montrer la corrélation entre :

À l'inverse, le ralentissement de la croissance du prix des actifs à partir de 1990 (éclatement de la bulle financière, crise immobilière) a entraîné le maintien, voire même l'augmentation du taux de l'épargne. Et ce d'autant plus que le ratio (richesse désirée) / revenu avait augmenté.

5) Le taux d'intérêt et les crédits à la consommation

Le taux d'intérêt exerce sur le comportement d'épargne des ménages des influences de sens opposé dont l'effet final est, a priori, indéterminé. Ainsi, une hausse du taux d'intérêt peut stimuler l'épargne dans la mesure où à chaque unité monétaire accumulée elle associe une consommation future plus élevée, ce qui revient à diminuer le "prix" de la consommation future et donc à induire une augmentation de la "demande" au détriment de la consommation présente. Ce premier effet est appelé EFFET DE SUBSTITUTION. Mais une hausse du taux d'intérêt peut également déprimer l'épargne en allégeant l'effort nécessaire à la constitution d'une réserve donnée de pouvoir d'achat. Il s'agit là de l'EFFET DE REVENU.

Les crédits à la consommation doivent, quant à eux, jouer positivement sur la propension à consommer dans la mesure où ils permettent de desserrer, quand elle existe, la contrainte de liquidité pour se rapprocher du niveau de consommation impliqué par le revenu permanent. Cependant, cette influence devrait s'avérer temporaire puisque les ménages devront, tôt ou tard, dégager les ressources financières nécessaires au remboursement des crédits.

CONCLUSION. L'augmentation du taux d'intérêt entre 1989 et 1995 est expliquée :

Mais toute cette analyse empirique est fragile et ne permettait pas de prédire l'avenir, notamment la baisse du taux d'épargne à partire de 1996.

6. Des explications fortes mais incomplètes

Des études empiriques montrent qu'il existe — À MOYEN TERME — une relation stable entre le revenu et la consommation et que l'ÉVOLUTION DU POUVOIR D'ACHAT DES MÉNAGES se traduit par une progression de leur consommation.

En France, de 1981 à 1988, l'inflation chute de 13 % à 3,5 % dans le même temps que la progression du pouvoir d'achat est ralentie. Cela se traduit par une diminution de l'épargne dont la valeur n'est plus dépréciée (EER).

De 1988 à 1990, l'augmentation du taux de l'épargne est expliquée par la croissance du revenu des ménages (liée à la croissance) et à un désir d'attendre pour voir.

Mais, entre 1990 et 1995, l'inflation est très faible ainsi que le pouvoir d'achat. Cela aurait dû entraîner une diminution du taux de l'épargne. OR, IL A PROGRESSÉ de plus de 2 ¨POINTS. Pourquoi ?

L'incidence de l'épargne de précaution par réaction à une très forte crise, la plus importante depuis 1945. De plus,

expliquent les privations des ménages pour s'assurer un avenir moins morose (arbitrage intertemporel).

Il faut y ajouter la croissance soudaine des déficits publics et la constatation du théorème de Ricardo-Barro.

7. "Le poids des engagements, article d'André BABEAU, Le Monde du 02 décembre 1997

André BABEAU est professeur émérite à l’université Paris-Dauphine, directeur du CREP (centre de recherche sur l’épargne). Dans cet article, il nous indique qu'il faut aussi tenir compte de l'endettement et du désendettement.

" Épargne : le poids des engagements "

Au cours des dernières années, la rigidité de la proportion du revenu épargnée par les Français a surpris. En particulier, dans les périodes de faible croissance, l’expérience passée montrait que ce taux d’épargne aurait dû s’orienter à la baisse beaucoup plus nettement qu’il ne l’a fait. On a alors avancé des explications complexes selon lesquelles le manque de confiance aurait poussé le taux d’épargne à la hausse et ainsi plus que contrebalancé l’influence de la faible progression du revenu qui tirait ce même taux vers le bas.

Sans dénier à ce facteur psychologique toute influence, il y a une explication beaucoup plus simple à cette résistance du taux d’épargne à la baisse : les ménages ont un comportement d’épargne rigide parce que, depuis plusieurs années, ce comportement est de plus en plus contraint par les engagements pris. Poids grandissant des charges de remboursement d’emprunt dans des circonstances nouvelles, capitalisation plus répandue des intérêts des placements, enfin engagements plus fréquents de versements dans le cadre de formes contractuelles d’épargne.

Il s’agit d’engagements qui ne concernent pas nécessairement les mêmes groupes de ménages : les versements sur les plans d’épargne logement et les remboursements d’emprunts sont surtout le fait des moins de quarante-cinq ans, la capitalisation d’intérêts sur les placements, celui des plus de cinquante ans. L’existence simultanée de ces engagements explique bien le phénomène.

Une première forme d’épargne obligatoire est constituée par les remboursements d’emprunts. Une consolidation des comptes des ménages dans la comptabilité nationale abouti à mettre en évidence que, pour une année donnée, l’ensemble constitué par leur épargne et les crédits nouvellement souscrits comporte trois affectations possibles :

On retrouve bien les évolutions connues comme :

La surprise vient de la spectaculaire augmentation du poids des remboursements des emprunts consacrés à l’habitat : stable et inférieur à 10 % du total des emplois entre 1970 et 1980, décennie où la forte inflation permettait encore de rembourser en " noyaux de cerise " ! Ce poids atteint déjà 16 % à la fin des années 80 qui ont vu apparaître la désinflation et dépasse 20 % en 1996, année où l’inflation est pratiquement à son étiage.

Nul doute : on a considérablement sous-estimé les conséquences de la désinflation. Sans même faire référence aux remboursements des crédits à la consommation, sur lesquels l’inflation a moins d’effet, compte tenu de leur court durée, une bonne partie de leur épargne passe maintenant à rembourser les emprunts au titre de l’acquisition de leur logement principal : en 1996, plus de 240 milliards de francs de remboursements à l’habitat (hors renégociations) sur 700 milliards d’épargne globale (soit 34 %) ; en 1985, ces remboursements n’étaient que de 98 milliards pour une épargne de 465 milliards (soit 21 %)

La période 1990-1996 a été caractérisée par la forte montée en puissance de l’assurance-vie, dont les réserves sont passées de moins de 900 milliards de francs fin 1990 à 2 500 milliards de francs fin 1996. Parallèlement se sont développées deux autres formes d’épargne contractuelle : les plans d’épargne-logement (PEL) et les plans d’épargne populaire (PEP) dont l’encours global est passé de 540 milliards de francs fin 1990 à près de 1 400 milliards fin 1996. Or ces trois types de contrats d’épargne rapportent des intérêts bloqués qui entrent comptablement dans le revenu des ménages et sont intégralement épargnés puisque immédiatement réinvestis. En 1985, les intérêts correspondant à ces contrats représentaient 6 % de l’épargne des ménages ; onze ans après, ils en représentent 29 %.

Si l’on ajoute au poids des remboursements d’emprunts celui des intérêts capitalisés, on atteint, en 1996, 63 % de l’épargne globale des ménages, contre 27 % en 1985. Si l’on tient compte des versements sur les contrats d’assurance-vie à prime périodique et surtout sur les plans d’épargne-logement, les engagements " contractuels " des ménages dépassent alors 70 % de leur épargne. Ce " lest " ne peut évidemment se traduire que par une forte inertie de leurs comportements à l’égard de l’affectation de leur revenu.

Keynes considérait l’épargne comme le " résidu " du revenu après consommation, et si, d’une certaine façon, la consommation était maintenant devenue ce " résidu " après épargne ? Certes, le thème de l’épargne contractuelle n’est pas nouveau ; on l’évoquait déjà dans les années 70. Mais la tendance est devenue réalité. Il a suffi de la conjonction de deux séries de facteurs relativement indépendantes : d’une part, la désinflation qui aboutit au maintien de la valeur réelle des dettes à long terme, d’autre part, le succès de diverses formes d’épargne " projet ", bloquées en capital et en revenu sur des périodes de cinq à huit ans.

Le taux d’épargne des ménages peut-il perdre une partie de sa rigidité ? Peut-il, en particulier, retrouver davantage de souplesse au cours du cycle économique, baissant nettement dans les phases de marasme pour faciliter la reprise de la consommation et augmentant, au contraire, dans les phases de forte croissance pour "éviter la surchauffe ? Les degrés de liberté qui permettraient de retrouver ce comportement anticyclique du taux d’épargne ne sont pas nombreux.

Il ne faut naturellement pas souhaiter une reprise de l’inflation, et une telle reprise n’est pas en vue. D’autre part, le développement de l’épargne à long et très terme, et donc programmée dans sa réalisation et bloquée dans ses encours, doit à coup sûr être encouragée : ne serait-ce que pour maintenir un équilibre souhaitable entre les revenus des actifs et ceux de retraités. (AA cf. fonds DSK)

Reste alors à espérer pour soutenir la consommation — sans tomber dans les excès des États-Unis et en étant vigilant quant à la dynamique du surendettement — une meilleure adaptation du crédit aux fluctuations cycliques.

Dans les périodes de fort ralentissement de la croissance du pouvoir d’achat, le recours au crédit doit être soutenu, dans les périodes d’accélération, au contraire, la prudence doit l’emporter. Les effets de ces modulations sur le taux d’épargne seront, en quelque sorte, mécaniques. Bref, pour que l’évolution du taux d’épargne des ménages soit anti-cyclique, il convient que le recours au crédit le soit lui-même.

Cela ne peut se faire que si prêteurs et emprunteurs ont confiance dans la régularité de ce cycle et, tout spécialement, s’ils sont capables d’en prévoir les points d’inflexion à la hausse comme à la baisse. Naturellement, cette confiance des acteurs et cette " lisibilité " du cycle ne se décrètent pas. Il faut de bonnes informations et de bons réflexes. Mais, à cet égard, les choses vont déjà mieux.

§2) Un optimum difficile à situer

Années 80 et jusqu'en 1995, priorité à l'épargne.

Revirement en 1995 avec une consommation peu dynamique et un investissement atone. La croissance ne peut pas reposer sur le seul commerce extérieur.

Mais comment fixer un optimum ?

A. Une épargne nécessaire pour le financement des investissements

1. Le lien entre épargne et croissance

D'un point de vue comptable, l'équilibre suivant est toujours réalisé :

Y = PIB = C + I = REVENUS = C + S. Cela entraîne S = I … ex post.

Or, d'un point de vue économique, cet équilibre n'est pas garanti. Il n'y a aucune chance que les anticipations soient toutes réalisées. Il y a donc déséquilibre.

Pour les néoclassiques, ce déséquilibre est de court terme et, grâce au mécanisme du taux d'intérêt, il y aura rétablissement de l'équilibre.

Pour Keynes, le taux d'intérêt n'a aucun rôle sinon celui de modifier l'affectation des actifs.

Rappelons tout de même que les comptes économiques intégrés font ressortir une capacité (ou un besoin) de financement de la Nation, ce qui revient à dire qu'il y, ex post, un déséquilibre entre l'épargne et l'investissement. La France connaît, depuis 1992 une capacité de financement. Deux thèses :

NC, l'épargne est abondante et ne trouve pas à s'investir dans de bonnes conditions sur le territoire national, elle cherche à se placer au moins dans le reste du monde.

FITOUSSI, l'épargne abonde, ce qui montre que la politique économique n'est pas assez accommodante puisque la politique du franc fort (qui, de facto, a cessé avec l'euro) en renchérissant les taux d'intérêt bride l'investissement dans notre pays, et donc la croissance.

2. L'ouverture des marchés financiers facilite le financement et allège les contraintes

En économie ouverte, un écart entre S et I redevient possible. Pourquoi ? Parce que le reste du monde peut financer un éventuel besoin de financement (cf. ÉUA) :

S-I = (X-M) + revenus nets perçus du reste du monde = solde de la balance des opérations courantes.

Il va y avoir confrontation directe entre offreurs et demandeurs de capitaux et l'épargne va à la recherche du meilleur rendement, c’est-à-dire là où la croissance est plus forte, les gains de productivité plus élevés et où la population est la plus dynamique (démographie).

Entre 1989 et 1994, d'après le FMI, les offreurs nets étaient le Japon (53 %), le Benelux (10 %) et la Suisse (8 %) alors que les demandeurs de capitaux étaient les États-Unis (27 %), le Royaume-Uni (8 %) et l'Arabie Saoudite (6 %).

Quelles sont les limites de l'appel aux capitaux extérieurs pour financer l'investissement ou les déficits publics ?

Projection du transparent.

3. Les difficultés pour déterminer le taux d’épargne optimal

Y a-t-il un taux d'épargne optimal ?

Pour la théorie néoclassique, une économie tend vers une croissance équilibrée à taux qui est la somme du taux d'augmentation de la population et du taux de croissance du progrès technique.

Cette théorie définit trois conditions liées entre elles pour savoir si le taux d'épargne est optimal :

  1. La maximisation de la consommation des individus dans le temps est atteinte lorsque le rendement net du capital est égal au taux de croissance de la population + le taux de croissance du progrès technique.                                    
    Du rendement net, on déduit le stock de capital nécessaire dans l'économie ainsi que le taux d'épargne qui permet de l'obtenir. (SOLOW et PHELPS)
    Taux de croissance
    â stock de capital â taux d'épargne
  2. Efficacité dynamique, comparaison entre le taux de profit et le taux d'investissement.

    Si taux de profit > taux d'investissement, l'accumulation du capital fournit des possibilités de croissance nouvelles et le taux d'épargne n'est pas trop élevé.

    Si taux de profit < taux d'investissement, l'accumulation du capital ne produit pas de revenus suffisants pour maintenir stable la consommation. Le taux d'épargne est trop élevé et la croissance est sous-optimale.
  3. Il faut calculer la productivité marginale du capital pour la comparer au coût d'opportunité de l'épargne.

Ces conditions semblent permettre le diagnostic de sous-investissement en France pendant les années 90 (S>I) alors que le taux de rendement des capitaux est supérieur au taux d'intérêt. Des investissements profitables devraient voir le jour, mais d'où viendra le déblocage ?

Deux questions peuvent alors être posées :

NC â L'investissement est-il contraint par une épargne insuffisante ? (mais capacité de financement)

K â La faiblesse de la demande effective n'explique-t-elle pas l'attentisme des chefs d'entreprise ?

4. Un équilibre réalisé dans le cas français qui demeure précaire

Équilibre épargne / investissement

en %du PIB

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

SEC95

1998

MDF

Épargne brute privée

- dont ménages

- dont entreprises non financière

19,6

9

9,7

20,3

9,4

9,5

20,7

10

9,6

21,4

9,4

10,1

21,7

10

10,2

20,2

8,8

10,1

20,9%

10,00%

8,6 %

1 789

854

736

FBCF

18

16,1

13,9

14,8

15

14,4

17,1

18,40%

1 576

Capacité de financement des APU

- 2,2

- 4,1

- 5,8

- 6

- 5,2

- 4,3

-3,5%

- 2,7 %

- 232

Capacité de financement de la Nation

- 0,6

0,1

1

0,6

1,5

1,5

3,14%

2 %

175

PIB

7 662

8 137

100%

8 564

Comme on le voit sur ce tableau, l'économie française dégage une capacité de financement depuis 1992, ce qui permet, je le rappelle, à Jean-Paul FITOUSSI de parler de "croissance molle", donc, en termes keynésiens, de sous-emploi des facteurs de production puisqu'il y du capital disponible sans parler des salariés potentiels inscrits ou non au chômage.

B. Une consommation indispensable pour assurer la croissance

1. Les effets d’une progression peu dynamique

Tableau 3. L’équilibre entre les ressources et les emplois de la production nationale

en %du PIB

en milliards d’euros 1995

En %

en milliards d'euros 1998 et en SEC 95

En %

Produit intérieur brut

  • marchand
  • non marchand

1 172

970

202

100

83

17

1 305,5

100 %

 

Consommation finale

  • ménages
  • APU

931

702

229

80

60

20

1 026

902

124

76,5 %

 

Investissement

  • FBCF
  • Variation de stocks

213

211

2

18

244

240

4

18,7 %

Commerce extérieur

  • exportations
  • importations

28

275

- 247

2

34

339

- 305

2,6 %

Dans les comptes SEC 95, les ménages consomment (directement ou indirectement) 70 % des richesses produites dans l'année et l'investissement utilise 18,7 % des ressources (en hausse sur les années précédentes).

Entre 1990 et 1997, l'épargne a crû de 50 % alors que la consommation ne s'est accru que de 25 %. Or, pendant les "30 Glorieuses", c'est la consommation qui a tiré la croissance.

 

Consommation

Croissance économique

30 Glorieuses

+ 5 % par an

+ 5 % par an

1974-1989

+ 2,6 %

+ 2,4 %

1990

+ 1,1 %

faible

1997

 

Retour de la croissance grâce au commerce extérieur

1998

La politique économique est entièrement orientée pour faire augmenter la consommation

 

L'autre moteur de la croissance, l'investissement s'étant réveillé en 1998, la croissance redevient forte depuis lors : 3,2 % en 1998

2. Un ralentissement de la consommation qui s’explique par l’évolution du revenu disponible des ménages

Tableau 4. Évolution de la part des principaux revenus primaires dans le revenu national

en %

1982

1984

1986

1988

1990

1992

1995

1996

Revenu primaire des ménages

dont rémunération des salariés

dont rémunération des EI

dont revenus de la propriété

78

57

12

9

77

56

11

10

74

54

11

9

72

53

10

9

74

53

11

10

75

53

10

12

74

52

9

13

Revenu primaire des sociétés

8

10

13

15

13

13

14

Revenu primaire des APU

14

13

13

13

13

12

12

Revenu national

100

100

100

100

100

100

100

100

La part des revenus d'activité des ménages a diminué de manière sensible. Elle est passée de 69 % (57 + 12) à 61 % (52 + 9) entre 1982 et 1996, soit une perte de 8 points de revenu national, ce qui est considérable. La part des revenus de la propriété a augmenté, quant à elle, de 9 % à 13 %, soit une amélioration de 4 points de revenu national (augmentation des taux, capitalisation, hausse de la bourse,…)

Le partage de la valeur ajoutée s'est opéré en faveur des entreprises, il est vrai que 1982 est le point le plus haut atteint par le revenu des ménages et qu'il ne pouvait que diminuer.

Les opérations de redistribution ont plutôt amplifié cet état de fait car les augmentations d'impôts et de cotisations sociales ont été portées à la charge quasi exclusive des ménages. Il en est résulté une stagnation du pouvoir d'achat entre 1990 et 1996 qui explique l'atonie de la demande effective.

3. Pourtant les besoins ne sont pas saturés

En effet, le changement de la structure de la consommation vers des besoins supérieurs montre qu'il existe de nombreux biens et services qui font encore défaut à la population.

Observons le comportement des européens pour nous convaincre qu'une standardisation de la consommation des ménages des 15 pays sur les standards les plus élevés nous conduirait à augmenter la consommation dans des proportions très importantes. À partir des chiffres de l'Eurostat, je vous propose la petite simulation suivante :

Produits alimentaires

Autriche

932 euros

Alors que la moyenne européenne était de 11 107 euros en 1996, cela représenterait une différence de 6 712 euros par européen (17819-11107).

291 millions d'habitants à 6712 euros, cela fait 1809 milliards d'euros. C'est dire la marge que nous possédons.

Habits et chaussures

Luxembourg

1 538 euros

Logement

Danemark

1 485 euros

Meubles

Autriche

2 236 euros

Dépenses de santé

Danemark

2 716 euros

Transports

Luxembourg

2 844 euros

Culture éducation

Allemagne

2 288 euros

Autres biens et services

Suède

3 780 euros

Total

 

17 819 euros

Section 2.— Il convient donc que les politiques agissent sur le niveau des revenus et sur la structure de l’épargne

En 1995, les contraintes du traité de l'Union européenne, la politique du franc fort laissent la France dans un état paradoxal. Les fondamentaux sont corrects : la balance des transactions courantes est excédentaire, c’est-à-dire que la Nation possède une capacité de financement, le taux d'autofinancement est supérieur à 100 %. Toutefois, l'investissement est à un niveau très faible (effet du décélérateur), le taux de chômage est très élevé : 12,5 % de la population active.

En l'absence d'action forte sur le RDB, il faut utiliser des mesures ponctuelles pour modifier l'équilibre entre l'épargne et la consommation et jouer sur la composante psychologique pour redonner confiance aux ménages.

§1) Il est difficile de modifier, à court terme, le niveau du revenu et le partage entre C et S

A. Quels sont les instruments ? Sont-ils efficaces ?

Pour influencer la répartition du revenu, il existe plusieurs moyens, mais ils sont parfois contradictoires. Pour faire augmenter ou diminuer l'épargne (ou pour faire diminuer ou augmenter la consommation), il n'existe pas de levier simple et universel.

1.— Les taux d'intérêt. À long terme, le marché, donc l'opinion des opérateurs sur les fondamentaux de l'économie. À court terme, la BCE. Ce levier échappe au gouvernement sauf en ce qui concerne une politique favorable à la baisse des taux longs. Mais c'est à long terme.

2.— Les impôts. Peuvent être analysés comme une compensation entre épargne privée et épargne publique. Mais on se rappelle l'apport théorique des économistes de l'offre (Laffer et Mundell) sur l'éventuelle diminution du rendement de l'impôt. Il faut y ajouter l'effet décrit d'abord par Ricardo puis repris et actualisé par Robert BARRO selon lequel une augmentation du déficit entraînerait une augmentation de l'épargne de précaution pour parer à l'augmentation future des impôts (anticipations rationnelles des agents). Il ne faut pas omettre le contexte de concurrence fiscale à l'intérieur de l'Europe puisqu'il n'y a pas d'harmonisation entre les pays membres de l'UE.

Toutefois, c'est ce levier qu'utilisera Dominique STRAUSS-KAHN quand il arrivera à Bercy en 1997 puis qu'il alourdira la fiscalité de l'épargne (CSG + CRDS à 8 %) contre une diminution des cotisations sociales qui engendreront une petite augmentation du pouvoir d'achat, très symbolique en cette période d'extrême morosité. L'épargne en souffrira un peu… au profit de la consommation et de la croissance. Dans le même temps, il alourdira temporairement l'impôt sur les sociétés. Un raisonnement keynésien.

3.— La politique des revenus. Pour cela, il faut pouvoir infléchir le partage de la valeur ajoutée en faveur des revenus des ménages sans que la diminution de l'épargne des entreprises ne se traduise par une augmentation de l'épargne privée. On se souvient qu'une augmentation de revenus peut enclencher deux effets contradictoires, un effet de revenu et un effet de substitution.

L'idée de DSK fut alors de créer des emplois-jeunes pour distribuer ce surcroît de prélèvements fiscaux et pour s'assurer qu'il serait consommé et qu'ainsi, une spirale vertueuse se mettrait en route. Baisse du chômage et distribution de pouvoir d'achat devraient venir gonfler la demande effective et, en conséquence, l'investissement. En 1997, la croissance française était tirée par les seules exportations. DSK voulait y adjoindre la demande interne pour sortir de cette période néfaste qui s'était ouverte en 1992.

B. Une évolution qui dépend des perspectives données au revenu des ménages

1. La consommation

La progression plus dynamique de la consommation a exigé que soit amélioré de façon durable revenu disponible brut des ménages.

La création d'emplois (emplois-jeunes, effet des 35 heures et des nouvelles technologies) est parvenue à améliorer le revenu global des ménages et, surtout leur attitude devant l'avenir. Il en est résulté une augmentation forte de la consommation qui va entraîner, à partir de 1998, les investissements induits.

Le boom internet est arrivé dopant un peu plus l'optimisme général.

2. L’épargne

Elle dépend, nous l'avons vu, de facteurs structurels, notamment démographiques. Son niveau et son évolution font débat de fond en France. Faut-il introduire les fonds de pension à l'américaine, faut-il mâtiner le régime de retraite par répartition par un peu, beaucoup de capitalisation ?

La place de la France dans la nouvelle économie peut dépendre, en partie, des réponses que nous fournirons à ces questions.

DÉBAT SUR LES FONDS DE PENSION.

§2) Une affectation de l’épargne dont les effets doivent être maximisés

A. La recherche d’une structure plus efficace de l’épargne

RDB = C + S. L'épargne des ménages leur permet d'acquérir des biens immobiliers (FBCF), d'effectuer des placements (épargne financière) et d'investir (pour les entreprises individuelles). L'épargne financière comprend un grand nombre de supports : dépôts à vue, dépôts à terme, épargne sur livrets (A défiscalisé 2,25 % en 2000 et B non défiscalisé) et des titres, actions, obligations et titres d'OPCVM.

Tableau 5. Comportement financier des ménages

1979

1980

1981

1982

1983

1984

1985

1986

1987

1988

1989

Revenu disponible des ménages en MDF

2648

2883

3086

3323

3500

3629

3853

4149

Consommation en MDF

Épargne en MDF

458

459

447

465

450

393

423

485

E

n % du revenu disponible

Taux d’épargne global

18,8

17,6

18

17,3

15,9

14,5

14

12,9

11,1

12,1

12,3

Taux d’épargne financière

5,8

5,1

6,7

6,3

5,5

4,9

4,8

3,5

1,6

3

2,6

Taux d’S non financière

13

12,5

11,3

11

10,4

9,6

9,2

9,4

9,5

9,1

9,7

Taux d’endettement

35

40

51

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

Revenu disponible des ménages en MDF

4 418

4 640

4 826

5 012

5 140

5 364

5 476

5513

SEC95

Consommation

4659

Épargne

546

596

618

711

698

778

708

854

Taux d’épargne global

12,4

12,3

13,7

14,2

13,6

14,3

12,6

14,4

13,5

Taux d’épargne financière

2,6

2,6

6,4

7,7

6,1

7,5

6,3

Taux d’S non financière

9,8

9,7

7,3

6,6

6,5

Taux d’endettement

51,5

Dans les années 80, la structure de l'épargne française présentait deux défauts majeurs :

En 1984, la loi bancaire facilite la "désintermédiation" ; les marchés financiers sont réformés, les privatisations de 1986 sont un succès. La France sort du financement intermédié et encadré. Mais le niveau de l'épargne n'augmente pas beaucoup.

Par contre, en 1992, il augmente subitement. C'est le début du Krach immobilier La part de l'immobilier dans le patrimoine des ménages passe de 47 % en 1983 à 41 % en 1993, deux effets ont joué, les moins-values et la baisse de l'épargne immobilière. La composition des placements financiers s'est modifiée, on constate une augmentation de l'épargne stable à moyen et à long terme et une augmentation des valeurs mobilières (actions et obligations). Cette augmentation des placements financiers et la modification de leur structure se sont effectuées dans un contexte d'endettement accru. En 1980, le ratio dettes  : fonds propres était de 35 %, en 1990, il était de 55 %. Notons que l'augmentation de l'endettement signifie une augmentation des revenus qui s'est placée dans l'épargne financière.

Après 1992, on assiste à un désendettement (cf. André Babeau) et à une forte croissance de l'épargne financière (conséquence de la crise de l'immobilier qui prendra fin en 1999).

B. L’impact de la politique fiscale

Selon l'hypothèse de la rationalité, la détention des actifs dépend d'un seul critère, le rendement net après impôt. Ce qui signifie que la politique fiscale joue un rôle décisif dans l'affectation de l'épargne ; tout dépend des orientations que l'on veut donner à l'épargne : Sicav 500, CEA, PEA,…

1. Les distorsions existantes

Quels sont les placements qui ont été favorisés ?

    1. L’épargne populaire et liquide investie dans des secteurs privilégiés

Le livret A (Caisse d'épargne, Caisse nationale d'Épargne (Poste), Crédit Mutuel)

100 000 F. 2,25 % nets

Les CODEVI (comptes d'épargne pour le développement de l'industrie)

30 000 F. 2,25 % nets

Les comptes d'épargne logement au faible rendement

1,75 % CSG et CRDS

Le privilège des livrets A et des codevi profite surtout aux classes aisés car 10 % des détenteurs cumulent la moitié des dépôts : 130 000 F à 2,25 % nets d'impôts, sans aucun risque, et en quasi disponibilité. Les banques, après avoir demandé, soit la fiscalisation, soit la banalisation se sont calmées depuis la dernière baisse des taux en 1999; de 3,5 % à 2,25 %. Désormais ces placements ne présentent plus que des avantages minimes.

  1. L’épargne longue afin de fournir à l’économie des moyens de financement stables
  2. 5000 en actions

    M. MONORY

    1978

    Carotte fiscale : déductibilité des revenus

    CEA 7000

    M. BÉRÉGOVOY

    1982

    réduction d'impôt = 25 % du placement en actions françaises

    PER

    M. BALLADUR

    1987 à 1990

    Carotte fiscale : déductibilité des revenus

    PEP

    M. BÉRÉGOVOY

    1990

    Revenus financiers exonérés d'impôts à la sortie

    PEA

    M. BALLADUR

    1993

    Revenus financiers exonérés d'impôts à la sortie

    FCPI

    M. STRAUSS-KAHN

    1998

    réduction d'impôt = 25 % du placement en actions de société en développement

    Au total, depuis 1978, des mesures visant à favoriser les placements en actions.

    Dans le même temps, l'épargne logement est privilégiée. Le plan d'épargne logement, créé en 1972, est destiné à favoriser les emprunts immobiliers et l'accession à la propriété. Il est resté exonéré de tout impôt jusqu'en 1998 ; Désormais, CSG : 7,5 %, CRDS : 0,5 % et 2 % de contributions sociales.

    L'assurance-vie a bénéficié d'une carotte fiscale intéressante jusqu'en 1995. Chaque ménage pouvait réduire ces impôts de 25 % des sommes placées dans cette épargne longue (8 ans) dans la limite de 4 000 F + 1 000 F par enfant à charge. Les encours se sont élevés jusqu'à 2 500 milliards de francs.

    C'est le gouvernement JOSPIN (et son ministre DSK) qui a supprimé les avantages fiscaux de l'assurance-vie et a réduit les atouts de l'épargne-logement.

  3. L’épargne financière investie en titres

C'est à la suite du rapport Lebègue de 1990 que la fiscalité sur l'épargne investie en actions et en obligations a été allégée, et cela dans le but de drainer l'épargne vers les actions et de développer la bourse de Paris. La situation fiscale d'aujourd'hui est la suivante :

Actions et OPCVM en actions

Exonération d'IR jusqu'à 8 000 F de dividendes pour une personne seule et de 16 000 F pour un couple. L'avoir fiscal est de 50 %. Les plus-values de cession sont exonérées tant que la somme du montant des actions vendues ne dépasse pas 50 000 F. Au-delà, il convient d'appliquer le même régime que pour les obligations

Obligations, OPCVM en obligations et OPCVM monétaires

Impôt sur les plus-values : 15,0 %

Prélèvement social : 2,0 %

CSG : 7,5 %

CRDS : 1,5 %

La fiscalité des actions est devenue très intéressante pour les petits portefeuilles qui ne comptent pas trop d'opérations. L'objectif était de stabiliser l'actionnariat et d'améliorer les fonds propres.

Le débat sur les fonds de pension (ou de participation) relègue ces modestes mesures à l'arrière plan car le problème posé par l'émergence des fonds anglo-saxons qui détiennent 40 % du CAC 40 dépasse ce lui du financement des retraites, lequel, on le verra, n'étant qu'une question de transferts intertemporels rendus douloureux par le "papy-boom".

    1. Les contraintes issues de l’harmonisation européenne

L'union européenne pose la question de la concurrence fiscale avec le risque de délocalisation vers les pays à faible fiscalité comme l'Angleterre. La France est caractérisée par une fiscalité plus lourde sur les dividendes et les plus-values et par une fiscalité moins lourde sur l'assurance-vie, les intérêts d'obligations et l'épargne liquide. Va-t-on vers un moins-disant fiscal… et social ? L'harmonisation est-elle souhaitable ? Et si oui, est-elle possible ?

 

CONCLUSION

Il ne semble pas que la politique économique puisse établir une "bonne" répartition du revenu des agents entre S et C.

De plus, elle ne semble pas en avoir les moyens.

Mais il semble qu'elle doit se préoccuper de rendre l'épargne plus efficace pour le fonctionnement de l'économie.

Rassurer sur l'évolution future des revenus.

Favoriser les placements permettant de financer la croissance économique et donc l'enrichissement de l'ensemble des agents économiques : fonds DSK, FCPI, taux indexés sur l'inflation (proposé par Maurice ALLAIS, Nobel 1988) et adopté en France par l'État à la fin de l'année 1998.

 

COMPLÉMENTS  : La fonction de consommation friedmanienne de longue période selon Frédéric POULON

Pour KEYNES, la loi psychologique fondamental joue à court terme. En 1957, FRIEDMAN critique cette hypothèse keynésienne qui crée un lien entre revenu courant et consommation courante. Pour FRIEDMAN, KEYNES considère le consommateur comme un agent à courte vue, ne se fiant, pour déterminer sa consommation courante, qu’au revenu de la même période. Or, en réalité, il n’en est rien. Selon FRIEDMAN, les agents font des plans pour une durée assez longue. Et, pour déterminer leur consommation actuelle, ils se fient, non à leur revenu présent, mais à leur revenu permanent, c’est-à-dire un revenu moyen anticipé pour toute la durée de la période de prévision.

1. Le modèle de comportement du consommateur

Selon Friedman, la raison de la mauvaise spécification de la fonction de consommation keynésienne est une mauvaise analyse de ses fondements microéconomiques. Il faut, pense-t-il, reprendre les choses à la racine. Cependant, il ne revient pas à l’analyse microéconomique pure et simple de la demande. Il retient de Keynes l’idée que le consommateur peut ne pas dépenser, dans la période courante en tout cas, une partie de son revenu, ce qui était exclu par l’analyse classique de la demande (d’ailleurs peu préoccupée de périodisation du temps). Mais si le consommateur décide d’épargner une partie de son revenu courant, c’est-à-dire d’en différer la dépense, ou, au contraire, de dépenser dans la période actuelle une partie de ses revenus futurs anticipés, c’est que précisément, pense Friedman, son horizon dépasse le cadre de la période présente. En tant qu’agent rationnel, le consommateur friedmanien recherche la meilleur répartition possible entre C et S de tous ses revenus présents et à venir.

Pour illustrer cela, considérons que le consommateur a le choix entre la consommation présente et la consommation future (S). Le consommateur est doté d’une fonction d’utilité U = f(C,S). Le comportement du consommateur consiste à déterminer une répartition (C,S) réalisable et telle que U(C,S) soit maximale en ce point. Il y a don une première condition, analogue à l’équation budgétaire de l’analyse néoclassique qui s’exprime ici par :
pc.C + ps.S = W où pc et ps sont le prix de la consommation présente et de la consommation future tandis que W est la richesse totale de l’individu à répartir entre consommation présente et consommation future. Le problème à résoudre pour le consommateur se résuma alors comme ceci :

 

Max U(C,S)

Le problème F a une solution (C*, S*) unique indiquant notamment la consommation présente optimale C* en fonction des paramètres du problème

(F)

 

 

pc.C + ps.S = W

De l’hypothèse du revenu permanent étendue à l’échelle macroéconomique, FRIEDMAN et d’autres auteurs après lui tireront une fonction de consommation globale qu’ils confronteront à la théorie keynésienne.

2. L’hypothèse du revenu permanent et la fonction macroéconomique de consommation

De son hypothèse de revenu permanent, Friedman a prétendu tirer une analyse globale de la consommation meilleure en tout point que celle de Keynes. Plus nuancés, A. ANDO et Franco MODIGLIANI ont pensé, à partir d’une hypothèse dite du cycle de vie, dérivée de l’hypothèse du revenu permanent, pouvoir faire une synthèse des fonctions de consommation friedmanienne et keynésienne.

2.1. Les implications macroéconomiques de l’hypothèse du revenu permanent

De la fonction individuelle obtenus par l’analyse macroéconomique entre la consommation globale © et le revenu permanent global (2 ), définis comme somme, respectivement, des consommations et des revenus permanents individuels. Friedman suppose pour pouvoir passer d’un niveau micro à un niveau macro que tous les agents économiques ont une propension à consommer identique. Ce qui n’est pas vérifié, mais il feint de l’ignorer et suppose le problème de l’agrégation résolu. Il se contente alors de voir si les faits observés confirment ou non son résultat. Dans ces conditions, la fonction friedmanienne de consommation s’écrit :
C = k(î).
2 où k(î), propension moyenne à consommer des ménages dans leur ensemble, ne dépend que du taux d’intérêt î exprimant, à l’équilibre, la préférence des ménages pour le présent sur le futur. Donc k’(î) < 0.

La fonction friedmanienne justifie la stabilité observée de la propension moyenne à consommer. En effet dès que le taux d’intérêt î est stable, k(î) l’est aussi. Or î qui exprime le taux de préférence de la collectivité pour le présent sur le futur, peut être légitimement supposé stable.

La fonction friedmanienne contient en outre une critique radicale du multiplicateur keynésien. Friedman fait dépendre la consommation courante du revenu permanent et non, comme Keynes, du revenu courant. La différence (positive ou négative) entre le revenu courant et le revenu permanent est appelée composante transitoire du revenu : elle est sans effet sur la consommation. en somme, pour Friedman, une soudaine augmentation du revenu (équivalent à une soudaine augmentation de la composante transitoire de celui-ci) n’a aucun impact sur la consommation, et le multiplicateur keynésien est inopérant.

2.2. L’hypothèse du cycle de vie et la conciliation entre Friedman et Keynes

L’hypothèse du cycle de vie a été surtout développée par Franco MODIGLIANI en collaboration avec R. BRUMBERG, puis avec A. ANDO vers le début des années soixante. Connaissant l’hypothèse de revenu permanent, Modigliani et Ando la jugent insuffisante au regard des comportements réels de consommation. En effet, il y a, selon les auteurs, au moins deux types de comportement différents, correspondant à deux phases extrêmes de la vie des individus : au début de la vie active, le patrimoine accumulé est faible mais les revenus espérés sont importants ; à la fin de la vie active et pendant la retraite, c’est le contraire. Ainsi, pour les personnes jeunes et celles qui sont encore dans la force de l’âge, la variable 2 représentative du revenu moyen attendu devrait avoir une influence prépondérante sur la consommation, comme dans la théorie du revenu permanent. Mais pour les personnes d’âge avancé, qui dépensent, au-delà même de leur revenu, leur patrimoine, c’est la variable A représentative des actifs accumulés pendant la vie entière qui devrait le mieux expliquer leur consommation. Globalement, pour tenir compte de la coexistence de toutes les classes d’âge, il faut donc écrire la fonction de consommation comme ceci :
C = c.Y + b.A où c et b sont des nombres positifs et inférieurs à l’unité, Y est le revenu global courant (supposé égal au revenu attendu) et A est la valeur globale du patrimoine des ménages.

À court terme, le patrimoine, faiblement variable, peut être considéré comme constant. b.A est alors constant et peut s’écrire Co. La relation s’identifie à la fonction de consommation keynésienne.

À long terme, le patrimoine augmente tout en engendrant un revenu également croissant tel que le rapport Y/A reste égal au taux de rendement î des patrimoines.

La relation C = c.Y + b.A devient C = (c + b/î).Y qui correspond à la fonction de consommation friedmanienne.

Ainsi est réalisée une conciliation entre les fonctions de consommation keynésienne et friedmanienne au prix d’un rôle accru dévolu au patrimoine des ménages et donc à leur épargne.