Le chômage n’est-il que volontaire ?

Ces dissertations ont été réalisées par deux étudiantes de première année de classe préparatoire à l’École normale supérieure de Cachan, option D, le vendredi 16 février 2001. Le temps imparti était de 4 heures.

Mademoiselle Magali ESPAZE
Cette étudiante, issue d’un baccalauréat littéraire a reçu, avant d’écrire cette dissertation, un enseignement de 50 heures en économie, et ce entre septembre 2000 et février 2001.

 

Mademoiselle Émilie STUMPF
Cette étudiante est issue d’un baccalauréat économique et social

Introduction

I. Idéalement et à long terme, le chômage répond (sic) aux lois du marché et ne peut être que volontaire

  1. La rationalité et les lois du marché impliquent un chômage volontaire
  2. Un chômage naturel de plein-emploi volontaire

II. En pratique et à court terme, il existe un chômage involontaire

  1. Un marché vicié facteur de chômage involontaire
  2. Un chômage involontaire dû à une insuffisance de la demande

Conclusion

 

Le chômage est depuis 1973 un problème particulièrement présent en France et en Europe, et sa résorption est l’objet des politiques économiques envisagées. [Ndc, la lutte contre le chômage n’est plus vraiment la priorité depuis 1984]. Bien que l’on parle actuellement du retour du plein-emploi, le chômage est toujours d’actualité [Ndc, on pouvait rappeler ici que le niveau de chômage, en France, à la fin de l’année 2000, concernait 9,2 % de la population active, dans la définition restrictive du BIT]. Le chômage est un phénomène résultant du nombre de personnes sans emploi, c’est-à-dire ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois précédent et cherchant un emploi à durée indéterminée à temps plein. Traditionnellement, on distingue chômage volontaire et chômage involontaire. Le chômage volontaire est constitué de personnes appartenant à la population active qui, après un calcul rationnel, choisissent de ne pas travailler au salaire fixé par le marché. On l’oppose au chômage involontaire qui serait le fait de personnes qui ne trouvent pas de travail alors qu’elles le souhaitent, et ceci à n’importe quel salaire. Partisans de la rationalité, les classiques et néoclassiques s’accordent pour dire que le chômage ne peut être que volontaire tandis que les keynésiens et d’autres auteurs contemporains [Ndc, on aurait aimé au moins la citation d’au moins un nom, celui d’Edmond Malinvaud] affirment l’existence d’un chômage involontaire. Cette opposition théorique pose un problème : le chômage, comme l’affirment les auteurs néoclassiques n’est-il que volontaire ? Cette affirmation sous-entend que dans une situation normale, où le marché fonctionne, normalement le chômage ne doit pas exister. Or cela amène à se demander si les mécanismes du marché peuvent générer des situations telles que trouver un emploi est impossible, même à n’importe quel salaire. Si c’est le cas, le chômage n’est pas que volontaire.

En fait, pour répondre à ce problème, nous verrons successivement que le chômage à long terme répond aux lois du marché et ne peut être que volontaire, pour ensuite constater qu’à court terme, et en réalité, le chômage peut être volontaire [Ndc, je crois qu’il y a là une erreur de l’étudiante qui voulait dire Involontaire].

 

I. Idéalement et à long terme, le chômage répond (sic) aux lois du marché et ne peut être que volontaire

Pour les classiques et néoclassiques, le marché du travail répond aux règles de l’offre et de la demande. On peut donc prévoir ses évolutions. La rationalité et les lois du marché qui le caractérisent impliquent l’existence d’un chômage uniquement volontaire, ou bien d’un chômage naturel de plein-emploi volontaire et résorbable à long terme. [Ndc, il faut se demander s’il est possible de résorber le chômage naturel si tant est que l’on puisse s’entendre sur sa définition. Toutefois, il semble bien q’un chômage incompressible existe.]

A. La rationalité et les lois du marché impliquent un chômage volontaire

Pour les néoclassiques, les individus sont rationnels et maximisateurs. Ils font des choix en fonction de leurs intérêts. Dans le cadre du marché du travail, deux possibilités s’offrent à eux : travailler ou consacrer leur temps aux loisirs (au sens large). Pour arbitrer, ils considèrent l’utilité marginale du temps de travail par rapport à l’utilité marginale du temps de loisir. Pour choisir de travailler, il faut que l’utilité marginale du travail soit supérieure à l’utilité marginale du loisir. Plus précisément, il faut que le salaire proposé soit suffisamment important pour que le choix se fasse en faveur du travail. Donc, en dessous de ce salaire d’équilibre, l’individu fait le choix de ne pas travailler et crée ainsi un chômage volontaire. Ceci est envisagé du point de vue de l’offre. En effet, l’offre de travail augmente quand le salaire augmente. Plus le salaire réel est attractif, plus les individus arbitrent en faveur du travail, mais il y a du chômage volontaire.

Du point de vue de la demande, la situation est différente mais génère toujours une forme de chômage volontaire dans le pire des cas. En effet, la demande de travail diminue lorsque le salaire augmente et ceci en raison des coûts du facteur travail [Ndc, en fait l’entreprise compare le coût marginal du travail à sa productivité marginale et elle continue à embaucher tant que cmL < pmL]. Dans une situation de croissance économique caractérisée par une forte demande, les salaires et le pouvoir d’achat sont élevés, les coûts du travail pour les employeurs sont forts [Ndc, lorsque le chômage est faible, la pression sur les salaires est plus importante, ce qui se traduit par une augmentation du coût du travail, a contrario lorsque le chômage est élevé]. Ceci est à la fois la conséquence de la croissance mais surtout d’une volonté des offreurs de travail. En effet, ils souhaitent des salaires fixes, et les obtiennent par la pression des syndicats, par exemple. Face à cette augmentation du coût du facteur travail, les employeurs privilégient le facteur capital et réduisent leurs embauches, voire licencient [Ndc, ce qui signifie qu’en raison du coût relatif des facteurs, les entreprises substituent du capital au travail et réalisent des investissements de productivité]. Ce chômage peut être conçu comme volontaire car il est le résultat collectif d’un choix des offreurs, mais également un choix politique contre la flexibilité des salaires, garantie de plein-emploi. De plus, à long terme, ce chômage disparaît grâce aux mécanismes du marché… à condition que l’État n’intervienne pas.

[Ndc, il y a un changement de perspective entre ce § e le précédent, mais l’étudiante ne le dit pas] Le salaire diminue pour certains emplois, ce qui crée une demande additionnelle d’emplois à bas salaires. Dans ce cas, le chômage a tendance à disparaître et, si chômage il y a, il ne peut être que le résultat d’un choix des offreurs qui décident de ne pas travailler au salaire proposé.

Nous sommes dans une situation de plein-emploi où, certes le chômage existe, mais il est volontaire. [Ndc, je vois ici une conclusion partielle du I.A., mais il me semble qu’elle n’est pas suffisamment contextualisée. D’autre part, il faudrait annoncer le I.B.]

 

B. Un chômage naturel de plein-emploi volontaire

Même dans une situation où la croissance est là [mal dit] et où le plein-emploi se fait sentir, une certaine forme de chômage volontaire reste latente et ne peut être réduite. Il est le résultat du fonctionnement du marché. En effet, dans un marché dynamique, on retrouve toujours un chômage frictionnel, durant le temps de la recherche d’emploi au salaire souhaité. Ce chômage inévitable est la conséquence d’un choix. Soit il résulte d’un investissement dans les études pour augmenter ses qualifications et, à terme son salaire. Ceci retarde l’entrée d’actifs sur le marché du travail. Soit il est le résultat d’une recherche des salariés pour une meilleure rémunération ou bien de la part des employeurs qui recherchent d’excellentes qualifications. Il s’agit là d’un chômage volontaire de plein-emploi. On peut ajouter au chômage frictionnel un chômage structurel consécutif à l’inadaptation de l’offre à la demande. Ce dernier est temporaire, il dure le temps d’une restructuration du marché et d’une reconversion des salariés à un autre type d’emploi. Si ce chômage persiste, c’est que les offreurs n’ont pas fait le choix d’une reconversion ou n’ont pas cherché à changer de type d’emploi. [Ndc, on peut envisager que les restructurations sont inhérentes aux bouleversements constants des procédés de fabrications, du renouvellement des produits et des services, dès lors le chômage structurel peut aussi être envisagé comme un chômage involontaire] On peut envisager que ce chômage est volontaire. Ces deux types de chômage sont donc le résultat du fonctionnement du marché du travail [Ndc, endogènes]. Ils sont évolutifs, résorbables à long terme et volontaires.

Cependant, une ombre se dessine sur le marché parfait du travail. À long terme, il fonctionne correctement, mais à court terme, il est facteur de chômage que les salariés subissent lorsqu’ils ne se reconvertissent pas [Ndc, la reconversion n’est pas toujours possible et de toute manière c’est un processus assez long]. De plus, il est facteur d’emplois précaires, mal rémunérés à cause de la flexibilité des salaires, voire de chômage si on considère que les emplois à bas salaires et à temps partiel ne sont pas de véritables moyens de rémunération. Or, si le marché connaît des dysfonctionnements, on peut envisager qu’à court terme le chômage ne soit pas que volontaire.

[Ndc, à mon avis, il n’a pas été démontré qu’à long terme, il ne pouvait y avoir que du chômage volontaire car les mutations et les restructurations ne font pas toujours l’objet, de la part des managers, d’une politique d’anticipation, notamment en matière de formation professionnelle.]

 

II. En pratique et à court terme, il existe un chômage involontaire

Les crises de 1929 et de 1973 nous ont montré un marché déréglé, facteur de chômage. En effet, la pratique nous montre qu’un marché vicié [Ndc, il faudrait préciser ce concept] peut être facteur d’un chômage subi. De plus, en temps de crise, les dysfonctionnements économiques peuvent ne pas être dus à la seule augmentation des coûts de production, comme ce fut le cas en 1973 avec le premier choc pétrolier, mais à une insuffisance de la demande, facteur de chômage involontaire.

A. Un marché vicié facteur de chômage involontaire

Tout d’abord, le chômage structurel est subi. En effet, il résulte de l’inadaptation de l’offre de travail à la demande de travail. Le problème n’est pas, ici, quantitatif, mais qualitatif. Les employés [Ndc, vocable à éviter car il renvoie à la classification en PCS] ont du mal à trouver un emploi qui corresponde à leurs qualifications [Ndc, ou de leur absence de qualification] ; les employeurs ne trouvent pas de salariés répondant à leurs exigences. Ce fut le cas, par exemple, lors de la fin de la Révolution industrielle avec le déclin des secteurs tels que l’habillement ou la sidérurgie. De nombreux ouvriers travaillant dans ces industries se sont retrouvés chômeurs parce que la production ne trouvait plus suffisamment de débouchés et donc ne nécessitait plus autant de main-d’œuvre. Or, nombre d’entre eux ne pouvaient pas se reconvertir compte tenu, soit de leur âge, soit de leur absence de qualification, soit encore de leurs capacités. Ce chômage était donc subi.

En outre, le marché peut mal jouer son rôle de régulateur lorsque le mécanisme des prix ne fonctionne plus. Lorsque la demande des biens est supérieure à l’offre, au lieu d’augmenter le prix des biens, on [Ndc, qui est ON ?] agit par le " côté court du marché " comme l’a démontré Edmond MALINVAUD. Cela signifie qu’on diminue la demande en créant du chômage. Il s’agit d’un chômage subi par les salariés et non pas un choix. Ils ne trouveront pas d'emploi tant que la demande n’aura pas diminué, que la croissance n'aura pas repris son cours et tant que les mécanismes du marché ne se seront pas remis en place. [Ndc, il y avait là une bonne idée qui n’a pas été parfaitement exploitée]

Ainsi, le chômage peut être la résultante d’une insuffisance de débouchés sur le marché des biens et services. Il est, dans ce cas, involontaire. Cette insuffisance de débouchés correspond à une insuffisance de la demande. C’est ce que John Maynard KEYNES avancera comme explication d’un chômage involontaire. [Ndc, il semble que la distinction de MALINVAUD entre chômage classique et chômage keynésien s’imposait ici]

B. Un chômage involontaire dû à une insuffisance de la demande

C’est dans une situation de crise économique que KEYNES avancera que l’insuffisance de la demande peut être à l’origine d’une forme de chômage involontaire à combattre par des politiques de relance conjoncturelle. Si les débouchés sont insuffisants, la demande n’est pas attractive, donc la production n’est pas encouragée, et l’investissement ne l’est pas non plus. Ainsi, les entreprises produisent moins. Elles ont donc moins besoin des facteurs de production. Le facteur travail diminue, les entreprises embauchent moins, voire licencient. [Ndc, le pouvoir d’achat global peut diminuer et ainsi participer à la baisse de la demande réelle] Le chômage n’est pas ici la conséquence d’une volonté des offreurs qui subissent les aléas économiques. L’insuffisance de la demande peut être due à de nouveaux entrants sur le marché qui diminuent les débouchés d’une entreprise qui était en situation de monopole ou d’oligopole, les offreurs de travail ne peuvent que subir ces situations. [Ndc, je ne comprends pas comment le démantèlement d’un monopole peut se traduire globalement par une diminution des débouchés. Cela semble plutôt être le contraire avec une baisse des prix et un élargissement du marché et donc des débouchés.] Certes, du point de vue néoclassique, ces situations se résolvent à long terme par la disparition des entreprises en difficulté et l’embauche des salariés ainsi disponibles par les entreprises compétitives. Cependant, il n’empêche que ce chômage est bien, dans son origine, involontaire. Pour Keynes, la douleur qu’il crée est trop forte, les enjeux sociaux trop grands pour attendre un long terme qu’on ne verra peut-être jamais. Dès lors, il faut que l’État intervienne pour relancer la demande face à ce chômage involontaire.

 

Ainsi, on peut donc voir que les chômages volontaire et involontaire coexistent, le chômage n’est donc pas seulement volontaire. Tout dépend du mode de raisonnement que l’on emploie. Le chômage ne serait que volontaire dans un idéal de plein-emploi à long terme, encore que rien ne démontre que les différentes modifications de l’économie n’empêchent pas un tel équilibre de long terme.

Il peut être involontaire en temps de crise et à court terme. Selon que le chômage est volontaire ou non, les mesures à prendre pour le résoudre seront différentes. Une solution existe cependant dans la flexibilité des salaires. Mais il s’agit d’un système dangereux, facteur d’inégalité et de précarité. [Ndc, les réformes structurelles du marché du travail trouvent leur origine dans une explication de chômage classique, et d’une certaine manière volontaire alors que les réponses conjoncturelles trouvent leur source dans une explication du chômage de type keynésien. On aurait pu utiliser les exemples des années 1990 avec une politique restrictive qui s’est traduite par une explosion du chômage dont on peut difficilement exciper qu’il fut volontaire]

 

Introduction

I. L’existence théorique d’un chômage volontaire

A. La préférence du loisir au travail chez les néoclassiques

B. La coexistence de deux chômages

II. Cependant, la réalité économique explique l’existence d’un chômage involontaire

A. La difficulté quant à la fixation des salaires

B. Une évolution inéluctable de la nature des emplois

Conclusion

[Note du correcteur, les titres en gras dans le corps du devoir ont été ajoutés par le correcteur, dans un souci de lisibilité. L’étudiante avait choisi de ne pas les faire figurer, ce qui exige de ciseler les phrases de transition et de soigner la mise en page de la copie… qualités que l’on doit aussi retrouver quand on fait le choix de faire figurer le plan de manière apparente.]

Si pendant les " Trente glorieuses ", la croissance exceptionnelle de 5,5 % a permis une situation de sous-emploi, la crise économique (1973-1999 ?) a entraîné un phénomène nouveau, à savoir un chômage de masse permanent qui a profondément affaibli l’économie.
[Ndc, c’est plus la société qui a été affaiblie que l’économie puisque à deux exceptions près, le PIB a continué de croître, certes plus lentement, entre 1973 et 1997, faisant même plus que doubler.]

Si le chômage évolue, l’emploi lui aussi se modifie à travers le développement important du travail à temps partiel, des emplois flexibles entraînant dans le marché secondaire une précarisation croissante.

[Ndc, noter la dualisation dans l’introduction est une bonne idée mais cela requiert de préciser ce qu’est le marché secondaire, donc devrait t’amener à te questionner sur le lien que cela peut avoir avec le sujet proposé. Par exemple, on peut se demander si le comportement des salariés travaillant dans de grandes entreprises sous conventions collectives ont les mêmes anticipations, les mêmes comportements que les salariés de petites entreprises sans représentation syndicale, ni représentant du personnel.]

Le chômage peut se définir de deux manières différentes. Pour le bureau international du travail (BIT), pour être chômeur, il faut être sans emploi, être disponible immédiatement et rechercher un emploi. Pour l’agence nationale pour l’emploi (ANPE), le chiffre du chômage publié est celui de la catégorie numéro un, la plus restrictive, à savoir : être au chômage (en ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois écoulé, être immédiatement disponibles (15 jours), et être à la recherche d’un emploi de type CDI à temps complet. Lorsque l’on rapporte le nombre de chômeurs de la catégorie 1 à la population active, on obtient le taux de chômage. À la fin de l’année 2000, celui-ci s’élevait à 9,2 %. Le chômage est donc encore un problème bien réel qui suscitent de vives controverses entre les économistes et qui voient s’affronter de nombreuses théories.

Ainsi au chômage volontaire [Ndc, il convient dans ton introduction de définir précisément ce que recouvrent les notions de chômage volontaire et de chômage involontaire] décrit par le courant néoclassique s’oppose la théorie de KEYNES pour lequel le chômage peut être involontaire. Dès alors, en quoi la thèse d’un chômage involontaire est-elle plus proche de la réalité ?

Nous verrons, dans un premier temps l’existence théorique d’un chômage volontaire puis nous montrerons ensuite que la réalité économique explique l’existence d’un chômage involontaire.

I. L’existence théorique d’un chômage volontaire

Les néoclassiques défendent l’existence d’un chômage volontaire qu’ils déduisent d’un cadre théorique ; ils affirment que le chômage provient de la préférence pour le loisir (au sens large) plutôt que pour le travail. Mais rappelons d’abord le cadre général qui est celui de la concurrence pure et parfaite de Léon WALRAS. [Ndc, il convient de bien annoncer les deux sous-parties pour expliquer quel est l’objectif de démonstration recherché. Ici, seule le A est annoncé et on perd de vue le fil directeur de ta démonstration]

A. La préférence du loisir au travail chez les néoclassiques

En effet, ils utilisent une hypothèse d’homogénéité des salariés sur le marché du travail, ce qui signifie que les individus sont parfaitement substituables et qu’ils ont les mêmes qualifications. Ensuite, l’information est parfaite à propos de tourtes les offres et de toutes les demandes, cela veut dire que la transparence est totale. Enfin, les travailleurs peuvent passer librement d’un marché à un autre, c’est la fluidité, et ils sont parfaitement mobiles, c’est-à-dire que l’ajustement entre l’offre et la demande de travail peut se faire sans délai. Les néoclassiques considèrent que si le marché est totalement libre et que si aucun syndicat n’a un monopole d’embauche, alors l’individu doit arbitrer entre le travail qui lui coûte en peine mais lui rapporte un salaire ou le loisir qui lui procure une utilité. Il arbitre donc rationnellement.

Ainsi, l’offre de travail est une fonction croissante du salaire réel qui est le pouvoir d’achat du salaire nominal. À l’inverse la demande de travail est une fonction décroissante du salaire réel puisque celui-ci représente un coût pour l’entreprise. De ces constatations, les néoclassiques tirent des conséquences. Les facteurs de production sont rémunérés à leur productivité marginale ; les individus comparent le gain qu’apporte le salaire réel tiré du travail avec le coût que représente la perte de loisir.

Les entreprises, quant à elles, comparent le coût marginal du travail avec la productivité marginale du travail, et tant que la productivité marginale est supérieure au coût marginal, elles embauchent.

Par ces différents arbitrages, le marché du travail est un marché comme les autres, où offre et demandes de travail se rejoignent en un point d’équilibre qui détermine le salaire d’équilibre du marché du travail. En ce point, toutes les offres et toutes les demandes sont satisfaites, il n’y a donc pas de chômage involontaire possible. Dès lors les individus qui sont au chômage demandent un salaire trop élevé et ils préfèrent, en fait, le loisir au travail, on les appelle les chômeurs volontaires. S’ils acceptaient un salaire inférieur, ils trouveraient du travail. Ils ont donc fait le choix personnel de ne pas travailler, le chômage est alors un chômage volontaire.

[Ndc, il ma paraît utile de préciser que les néoclassiques sont conscients que les hypothèses que tu rappelles sont lourdes et peu fréquemment rencontrées. Mais, ils estiment que c’est dans leur direction qu’il faut aller pour permettre au marché de régler, au mieux, l’équilibre entre l’offre et la demande de travail.]

Par ailleurs, les néoclassiques considèrent que s’il y a déséquilibre du marché du travail, c’est qu’il y a interventionnisme de l’État. En effet, les rigidités sociales comme le SMIC, le RMI ou encore les syndicats sont des entraves au libre fonctionnement du marché et ils en empêchent la flexibilité. Les salaires sont trop rigides et il faut les rendre plus flexibles à la baisse.

GILDER et LAFFER considèrent, quant à eux, que le chômage provient d’une fiscalité trop importante tant au niveau des entreprises avec les cotisations sociales patronales qui de ce fait ont tendance à moins embaucher, qu’au niveau des salariés avec l’impôt sur le revenu qui les dissuadent de travailler.

[Ndc, je pense très utile de rappeler cette thèse, mais il me semble que tu ne la traduis pas parfaitement. Il faut montrer que la fiscalité et les cotisations sociales forment un obstacle au libre fonctionnement du marché du travail en renchérissant le coût pour les entreprises et en diminuant l’utilité pour les salariés. Dès lors le marché est déformé dans les deux sens. En économie, ce phénomène est connu sous le nom de " coin socio-fiscal ".]

Pour les néoclassiques le chômage est donc toujours volontaire et quand il ne l’est pas, il s’explique alors par les diverses rigidités, notamment celle du salaire et des conditions d’emploi. Ainsi, Milton FRIEDMAN explique que le taux de chômage naturel, à savoir le taux qui n’accélère pas l’inflation, est formé du chômage classique, fonctionnel et structurel et il est en grande partie volontaire.

Un autre théoricien reprend lui aussi l’idée de rigidité mais parvient à réaliser une synthèse entre un chômage volontaire et involontaire

B. La coexistence de deux chômages

En effet, Edmond MALINVAUD considère que les dysfonctionnements du marché proviennent de la rigidité des prix à court terme. Deux causes à cela : tout d’abord la concentration sur les marchés qui permettent aux monopoles et oligopoles d’avoir un pouvoir sur les prix, puis sur les coûts de transaction supportés par les entreprises qui font qu’elles ne modifient pas toujours leurs prix en fonction de la demande.

À partir de là ; MALINVAUD explique que l’ajustement se fera à partir du niveau le plus bas de l’offre et de la demande, on dit que l’ajustement se fait " du côté court du marché ". Il transpose cela au marché du travail et explique que s’il y a un excès d’offre de travail, celle-ci sera rationnée puisque l’ajustement se fera au niveau de la demande de travail des entreprises. Dès lors, il peut y avoir un chômage involontaire. Cette constatation permet à MALINVAUD d’expliquer l’existence de deux types de chômage.

Un chômage keynésien dû à une insuffisance de la demande sur le marché des biens et services qui n’incite pas les entreprises à investir et à embaucher (anticipations négatives). Et un chômage classique avec une demande supérieure à l’offre sur le marché des biens et services et une offre supérieure à la demande sur le marché du travail. [Ndc, dans ce cas, les entreprises n'embauchent pas à cause de la cherté relative du travail en considérant que le coût marginal du salaire est supérieur à l’utilité marginale du travail.]

Selon lui, il y a alternance entre ces deux types de chômage.

Ainsi le chômage est toujours structurel, i provient soit d’un manque d’investissements ou d’une atonie de la demande, soit de la cherté relative du travail.

L’insuffisance de l’investissement comme cause du chômage a aussi été théorisée par ADDA en 1995. Pour lui, le chômage et l’inflation dépendent du niveau de l’utilisation des capacités productives. Ainsi, quand celles-ci sont utilisées de façon intensive, il y a résorption du chômage mais une hausse de l’inflation. Il réactualise ainsi la courbe de PHILLIPS. Pour ADDA, la crise provient donc du sous-investissement ; force est de constater que depuis 1973, le trend de l’investissement est orienté à la baisse. [Ndc, pour la période 1995-2000, on assiste bien à une augmentation du taux d’utilisation des capacités de production, à une diminution du chômage liée à de nombreuses créations d’emplois, par contre, l’inflation reste étonnamment modérée. Il est vrai que le taux de chômage dans sa définition la plus stricte laisse encore apparaître 9 % de personnes privées d’emploi et que le taux d’activité, s’il est passé à 61,7 % en 2000, reste faible. Il y a encore peu de tensions sur le marché du travail.]

Même si la rigidité des prix à court terme est présente chez MALINVAUD et qu’il considère le chômage actuel comme la résultante de deux types de chômage, à savoir keynésien et classique, sa conclusion sur la persistance d’un chômage de nature structurelle, laisse apparaître un chômage involontaire qui dépend de la réalité économique.

 

En effet, le cadre théorique ne suffit pas et l’évolution de l’économie explique l’existence d’un chômage involontaire

 

II. Cependant, la réalité économique explique l’existence d’un chômage involontaire

Tout d’abord, il existe une difficulté quant à la fixation des salaires. [Ndc, même remarque que pour le I : absence de chapeau pour la deuxième partie]

A. La difficulté quant à la fixation des salaires

Ainsi KEYNES explique que les salariés sont victimes d’illusion monétaire car ils n’accordent de l’importance qu’à leur salaire nominal. À partir de la, KEYNES pense qu’il ne faut pas indexer les salires sur les prix car cela permet d’abaisser le salaire réel sans que les salariés ne constatent une diminution du salaire tel qu’il figure sur la feuille de paie. Cette baisse des salaires réels devrait rendre les prix relatifs du travail plus intéressant et donc favoriser l’emploi. Mais il ne faut pas aller jusqu’à la diminution du salaire nominal pour au moins deux raisons. La première est que le salaire est un revenu qui permet aux individus de consommer et qu’il soutient la demande solvable, laquelle détermine l’offre des entrepreneurs qui choisissent alors d’investir ou pas. La deuxième est d’ordre psychologique car une diminution des salaires réels peut déclencher des réflexes de protection contre l’avenir incertain et augmenter l’épargne dont on sait que chez KEYNES, elle constitue une fuite par rapport à la demande et la déprime donc.

Nous voyons que la demande (dont celle des salariés) et l’investissement des entreprises sont deux variables indépendantes et qu’elles ne s’ajustent pas forcément. En effet, la demandes des salariés peut ne pas correspondre aux anticipations des entreprises et il peut donc y avoir un chômage involontaire.

La difficulté de fixer les salaires peut aussi provenir du manque d’information, d’un défaut de transparence sur l’offre de travail (qualification, attente de salaire) et sur la demande de travail (conditions de travail, proposition de salaire). À partir de là, AZARIADIS, entre autres, a expliqué la théorie du salaire d’efficience. L’entreprise fixe un salaire supérieur à la productivité du salarié. Il s’agit d’un salaire optimal. [Ndc, comment peut-il être optimal s’il est supérieur à la productivité du salarié ? De quelle optimalité veux-tu parler ?] Cependant, le salaire d’efficience est d’autant plus élevé que les entreprises sont performantes et qu’elles ont les moyens d’économiser le facteur travail en ayant recours à d’importants investissements. Dès lors elles imposent une norme de salaire que les petites entreprises ne peuvent pas suivre et qui les empêchent ainsi de recruter un personnel dont elles auraient besoin. Il peut donc y avoir un chômage involontaire endogène au marché du travail. Dans ce cas, ce n’est ni l’intervention de l’État, ni celle des syndicats qui crée une rigidité mais le marché du travail lui-même.

Par ailleurs, la théorie des contrats implicites explique que les salariés ont une aversion pour le risque et qu’ils acceptent d’être embauchés à un salaire inférieur au salaire d’équilibre. En contrepartie, l’entreprise accepte de maintenir leur salaire en cas de baisse d’activité. Ainsi, l’entreprise n’a pas à supporter des coûts de formation et des coûts de recherche puisqu’elle conserve ses salariés, mais cela empêche des chômeurs de profiter d’éventuelles possibilités d’emplois et le marché du travail, rigidifié, est réduit.

Toutes ces théories sur le salaire s’expliquent par le fait que la conjoncture économique évolue sans cesse, entraînant ainsi une évolution inéluctable de la nature des emplois.

B. Une évolution inéluctable de la nature des emplois

Depuis les années 80, le chômage est essentiellement structurel, c’est-à-dire qu’il résulte d’une inadaptation de la structure des offres avec celles des demandes. L’évolution des qualifications fait que les salariés des secteurs industriels en déclin ne trouvent pas forcément un emploi dans le secteur tertiaire ou alors il s’agit souvent d’emplois précaires.

En effet, les emplois détruits dans l’industrie depuis ces seize dernières années ont été remplacés par des emplois flexibles, précaires dans les services. Aujourd'hui, la flexibilité croissante a entraîné une hausse de la précarité et des emplois à temps partiel qui représentent en 2000, d’après le ministère de l’emploi, 974 000 créations d’emplois à durée déterminée alors que le taux de temps partiel est de 16,8 % de la population active.

Cette évolution se fait sentir dans la segmentation du marché du travail. Ainsi le marché primaire est celui des emplois qualifiés, à temps plein avec des salariés syndiqués alors que le marché secondaire est caractérisé par des salaires bas, de faibles qualifications et regroupe majoritairement des femmes, des jeunes et des gens proches de la retraite.

Aujourd’hui, le marché du travail connaît une dualité. En effet, les salariés du marché primaire en demandant des salaires élevés rigidifient le marché primaire et rendent plus flexible le marché secondaire. Les salariés du marché secondaire alternent donc entre emploi et chômage et ils occupent une position de " surnuméraires ", comme l’écrit Robert CASTEL dans la Métamorphose de la question sociale en 1995.

Aujourd’hui le chômage est donc de nature structurelle et il est en grande partie involontaire. [Ndc, voilà ce que tu devrais systématiquement faire pour chaque argument : revenir à la question posée et étayer ainsi ta démonstration]

Le cadre théorique de la théorie néoclassique ne semble pas suffire pour une explication concluante du chômage.

Si pour les libéraux, le SMIC ou le RMI entraînent l’existence d’un chômage volontaire, ceux-ci sont indéniablement indispensables pour aider les personnes au chômage à s’en sortir [Ndc, attention, le smic est un salaire versé à des travailleurs. Les allocations chômage s’adressent à des personnes qui viennent de perdre leur emploi. Le RMI et les minima sociaux s’adressent à des personnes actuellement inemployables.]

Si pour les libéraux, on assiste les individus, plus qu’on ne les incite au travail, il faut noter la décision du gouvernement de verser une prime pour l’emploi, le fameux impôt négatif préconisé par le rapport PISANI-FERRY. Celui-ci consiste comme le déclare Michel BOUVIER dans un numéro du Monde de janvier 2001 " à redonner du pouvoir d’achat " aux salariés touchant un salaire très bas. Cette mesure a été prise dans l’espoir du plein-emploi à l’horizon 2010. [Ndc, et pour élargir les différences entre salaire minimum et revenu minimum d’insertion]

Néanmoins, l’année 2000 offre des perspectives positives puisque, d’après le ministère de l’emploi, 500 000 emplois ont été créés et que le nombre de demandeurs d’emplois a diminué de 418 000.