SUJET : L’existence d’un salaire minimum est-elle souhaitable dans les pays développés ?

 

DEVOIR D’ECONOMIE RÉDIGÉ LE 5 FÉVRIER 2000 PAR HÈLÈNE COIN, étudiante en première année de la classe préparatoire Économique et Commerciale, option Technologie, du Lycée Jean Perrin à Marseille. Cette classe est composée exclusivement par des bacheliers STT, issus des quatre options.

 

Présentation de la dissertation :

Problématique : Est-il nécessaire de maintenir un salaire minimum pour l’économie d’un pays développé ? La rigidité du salaire à la baisse est-elle favorable dans de tels pays ?

Plan :

I – Les apports et contestations des différents courants de pensée économique sur le salaire minimum

A – Les apports des Néoclassiques.

B - La contestation de John Maynard Keynes

C – L’actualisation du sujet chez les Libéraux.

Les théories ont pris naissance dans des contextes économiques particuliers. Il s’agit maintenant de rendre compte de la situation concrète et actuelle.

II – L’effet du salaire minimum sur la situation actuelle

A – En France, où l’intervention de l’État prime.

B – Les pays qui s’opposent à la situation française, notamment les États-Unis d’Amérique.

 

L’intervention de l’Etat sur l’économie du pays a toujours été une question clé. Savoir si l’Etat doit instaurer une politique protectionniste, qui engendrerait des rigidités sur les différents marchés ou bien si l’Etat doit laisser le marché s’autoréguler de façon à ne pas mettre de barrières, de contraintes aux agents, est un problème qui se pose encore aujourd’hui.

Notamment pour le marché du travail, on se demande si, pour des pays développés, c’est-à-dire des pays industrialisés où chacun aurait la possibilité de vivre d’une façon plus ou moins correcte grâce au contexte économique, le salaire minimum est encore nécessaire, sachant que le salaire minimum instauré par l’Etat qui est là pour maintenir un certain niveau de qualité de vie est tout de même une barrière à la flexibilité des salaires.

On se pose donc la question de savoir si l’existence d’un tel salaire minimum dans des pays développés est favorable à l’économie. On s’interroge sur les effets de ce salaire.

 

Pour étudier les effets du salaire minimum, nous verrons tout d’abord comment les courants de pensée économique ont analysé le problème. Nous verrons, successivement, le discours des Néoclassiques, des Keynésiens puis des Libéraux.

Dans une deuxième partie, nous adapterons les théories à la situation actuelle des pays développés, principalement en opposant la France et les Etats-Unis d’Amérique, deux grands pays où l’Etat intervient de deux façons différentes.

Le marché du travail est un lieu où l’offre et la demande du travail se rencontrent. Si l’offre de travail est supérieure à la demande, cela entraîne des facteurs de travail inutilisés qui donnent lieu au chômage. Il est important de différencier les différents chômages, notamment par leurs causes.

Tout d’abord, chez les Néoclassiques, chez qui le chômage involontaire n’existe pas. Le chômage involontaire représente une partie des personnes actives qui ne travaillent pas à cause du contexte économique ; on parle aussi de chômage incompressible, c’est-à-dire le chômage que l’on ne pourra jamais résorber, car il serait utopique de dire qu’il soit possible d’arriver à un taux de chômage nul. Si ce chômage n’existe pas il existe bien au contraire un chômage volontaire, d’après les Néoclassiques, qui représente les personnes qui ne veulent pas travailler car le salaire qui leur est proposé ne leur convient pas. A cette époque, il y avait une forte opposition à l’intervention de l’Etat. Le marché du travail n’avait donc aucune contrainte. Il s’effectuait un jeu de la demande et de l’offre naturel. Il n’était donc pas question de parler de salaire minimum et de quelques autres aides de l’Etat.

A la pensée néoclassique a succédé la pensée keynésienne en totale opposition. En effet, pour KEYNES, l’intervention de l’Etat était primordiale. Keynes ne parlait pas directement de salaire minimum mais pour lui, l’Etat devait avoir un rôle dominant pour amener une situation de plein emploi. En effet, la situation de sous-emploi, caractérisée par l’inutilisation de facteurs de travail devait être changée en situation de plein-emploi grâce aux dépenses d’investissement de l’Etat.

Enfin l’analyse théorique la plus intéressante est celle des Libéraux. Pour eux, l’intervention de l’Etat par les aides (telles que la sécurité sociale, les allocations,...) n’est pas bonne tout comme le maintien d’un salaire minimum. En effet, pour eux, si l’Etat fixe une limite de salaire, cela engendre une rigidité du salaire à la baisse. Alors que l’idéal serait que les salaires soient totalement flexibles, car ainsi les entreprises pourraient baisser le salaire par travailleur et ainsi augmenter le nombre de salariés, ce qui ferait baisser le taux de chômage.

D’autre part, le maintien de ces aides et d’un salaire minimum pousse au chômage volontaire. Les offreurs de travail vont estimer les gains qu’ils feraient en travaillant, en comparant ces estimations de salaires aux revenus que pourraient leur apporter les différentes aides qu’ils toucheraient en ne travaillant pas. Le revenu perçu par les aides étant supérieur au salaire qu’ils pourraient avoir, ils préféreront dépendre de l’Etat et ne feront rien pour trouver un emploi, d’où le chômage volontaire. Tandis que s’il n’existait pas de salaire minimum, les offreurs de travail chercheraient à négocier avec le demande pour trouver une situation qui leur apporterait une rémunération de marché.

Ces différentes théories s’opposent en ce qui concerne l’intervention de l’Etat sur le marché du travail, c’est-à-dire sur la nécessité d’un salaire minimum. Il convient tout de même de tenir compte de la situation et du contexte économique actuel pour pouvoir répondre au problème du salaire minimum.

Il existe deux grands exemples où l’Etat n’a pas le même rôle dans l’économie et qui peuvent nous permettre d’estimer les effets de l’existence d’un salaire minimum. Ces deux exemples sont : la France et les Etats-Unis.

En ce qui concerne la France, la politique actuellement adoptée est rigoureusement opposée aux idées libérales. Il est vrai que les aides reversées par l’Etat sont très nombreuses et que, surtout, le salaire minimum imposé au marché du travail est d’une rigidité importante. L’Etat français pourrait indirectement faire baisser cette contrainte en faisant baisser le salaire nominal et non pas le salaire réel afin que les individus qui ont toujours été habitués à ce minimum assuré ne réalisent pas immédiatement cette baisse et ne la contestent pas. Ainsi, comme l’a démontré la théorie libérale, le taux de chômage pourrait être diminué. Mais ce n’est pas le cas, au contraire, l’Etat cherche même à augmenter ce salaire minimum. Les agents sont ainsi assurés d’une certaine situation budgétaire. Le problème qui se pose est que l’on assiste au développement d’une population " assistée " par l’Etat. Même si cette politique a pour intérêt de maintenir la qualité de vie à un certain niveau, on se rend compte qu’elle n’a en réalité que des effets néfastes sur l’économie. Car en maintenant un salaire minimum, cela impose aussi des contraintes aux entreprises qui ne peuvent pas évoluer dans un cadre de concurrence pure et parfaite énoncée par WALRAS il y a pourtant bien longtemps.

En opposition à cet exemple, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Contrairement à la France, le gouvernement américain n’a pas opté pour une politique de solidarité mais au contraire pour une politique de volontariat. Les Etats-Unis d’Amérique ont ainsi adhéré aux idées des Libéraux. Et pourtant, il est difficile de dire que la solution est celle là.

En effet, contrairement à un état tel que la France, le taux de chômage en Amérique est relativement faible et si l’on peut dire qu’il n’y a plus que du chômage volontaire, on ne peut pas dire pour autant que la situation économique des agents soit meilleure. L’effet encouru par une telle politique est l’apparition d’un grand écart entre la population qui s’enrichit et la population qui s’appauvrit grandement. En effet, deux catégories extrêmes se créent étant donné que certains agents n’ont pas le pouvoir de négocier, comme il serait bon pour eux, leur salaire.

L’adhésion totale à une politique d’inspiration de pensée libérale n’est pas non plus une parfaite solution.

On peut donc déduire qu’il serait bon de garder un salaire minimum sur le marché du travail afin de maintenir la situation économique des individus surtout pour ceux qui auraient des désavantages par rapport aux choix intemporels qu’ils auraient faits (pensée libérale, théorie du capital humain). Mais il faudrait que ce salaire minimum soit flexible dans une certaine " tranche " de salaires car la rigidité du salaire n’a pas, comme nous l’avons vu, un bon effet sur le reste de l’économie du pays.