La « NOUVELLE ÉCONOMIE »

Introduction

Le concept de « nouvelle économie » a été forgé aux États-Unis, vers 1997, après que ce pays ait connu sept ans de croissance ininterrompue. Aujourd'hui, en l'an 2000, la croissance demeure solide (environ 4 % par an) et elle semble même s'accélérer. Le chômage a régressé (4 % de la population active) et ce alors que le taux de chômage qui n'accélère pas l'inflation (NAIRU) a été enfoncé sans que l'inflation ne se manifeste vraiment (3 % par an environ).

Les quelques éléments suivants permettront de comprendre cette insolente santé de l'économie américaine :

      

Alors que William CLINTON va achever son deuxième mandat (1992-2000), les États-Unis baignent dans l'euphorie. Depuis neuf ans, la croissance économique y est ininterrompue. Le plein emploi, chaque mois, se confirme. L'inflation est maîtrisée (pas complètement si l'on en croit Alan GREENSPAN), Wall-Street vole de record en record.
De nombreux Américains sont persuadés qu'ils ont découvert une nouvelle économie, celle de la prospérité éternelle.

Le budget fédéral, aprsè avoir connu des déficits abyssaux avec Ronald REAGAN, est désormais en excédent : 142 milliards de dollars à la fin de 1999. Bill Clinton a annoncé que l'État américain aura remboursé la totalité de la dette publique américaine (3 600 milliards de dollars) en 2010.

Tandis que certains expliquent ce miracle économique par les avanrages structurels dont bénéficient les États-Unis (marché du travail dérèglementé, faible rôle de l'État, fiscalité réduite, protection sociale non obligatoire), d'autres mettent en avant l'intelligence de la politique monétaire conduite par la banque centrale américaine ( Federal Reserve Board, Fed) et son gouverneur, Alan GREENSPAN.
Celui-ci est un des principaux artisans de cette prospérité actuelle. Toutefois, depuis 1997, il s'inquiète d'un excès d'optimisme. Il met en garde contre « exubérance irrationnelle » de Wall-Street. Mais, jusqu'alors, il a conduit une politique monétaire que chacun s'accorde à reconnaître comme étant parfaite.

Mais tous les experts ne sont pas convaincus par les succès de l'économie américaine. Au-delà de l'augmentation des inégalités, ils s'inquiètent des déséquilibres croissants des comptes extéreiurs. L'ex-directeur du FMI, M. Michel CAMDESSUS a évoqué, le 1er fmars 2000, « le symptôme d'une situation dangereuse et insatisfaisante, à savoir l'insuffisance du btaux d'épargne ». Les experts redouten enfin les conséquences de l'éclateemnt de la bulle spéculative qui s'est, selon certains, formée à Wall Street. En neuf ans, l'indice Dow Jones a quadruplé, que dire du Nasdaq.

 

Le tableau de l'économie américaine doi être tempéré. Pour cela, nous citerons Christain SAUTTER, ministre de l'économie et des finances, dans un entretien avec le journal Le Monde du 9 mars 2000 : « Il y a deux aspects dans la croissance américiaine : le développement incontestable d'une nouvelle économie fondée sur la connaissance et les technologies de l'information, dont les effets s'observent maintenant dans les chiffres macroéconomiques et une spéculation boursière autour des valeurs technologiques. Je crois que les autorités américaines sauront trouver les moyens d'organiser un atterissage en douceur et que, en tout état de cause, l'Europe aurait la capacité de réagir à une correction boursière américaine. »

Pour l'Europe, il y a un impératif, profiter de la révolution informationelle pour fortifier la croissance et faire refluer le chômage après avoir réussi à vaincre l'inflation. Mais il lui faut tenir compte de cette exhubérance des marchés financiers qui survalorise toutes les valeurs de lnet-économie... en espérant trouver celles qui réussiront. Car les entreprises qui émergeront de cette révolution connaîtront un enrichissement extraordinaire, mais coimbien seront-elles ? Tout le monde ne gagnera pas. Il faut donc accompagner cette euphorie boursière, mais le mimétisme est très fort et bouscule lesq règles établies ; ainsi LibertySurf qui ne répond à aucun règle de la mise sur le marché parisien du règlement mensuel sera introduite en grande fanfare. C'est le signe du renouveau et c'est aussi celui du risque encouru.

 

Donc la nouvelle économie américaine dont les résultats sont probants, suscite un débat.
Pour nourrir celui-ci, on aura recours aux écrits de trois économistes : Friedrich von HAYEK, Joseph SCHUMPETER et KONDRATIEFF, mais on se gardera d'oublier les pages célèbres de John Maynard KEYNES sur la spéculation boursière et le mimétisme.

Deux conceptions s'affrontent donc à propos de la nouvelle économie :

 

Nous passerons ces deux thèses en revue afin de montrer qu'elles ne sont pas inconciliables et que le lien entre les deux se nomme Friedrich von HAYEK.

 

 

Développement

1.— La " Nouvelle Économie " traduit, en fait, un trend haussier d'un nouveau cycle Kondratieff

Pour illustrer cette thèse, nous utiliserons un graphique mettant en relation chômage et inflation (sur le modèle de la courbe de Phillips) :

Cette courbe que j'appelle courbe en delta est révélatrice de l'histoire économique de la France depuis 1970.

On peut y lire trois périodes :

 

 

Nous empruntons, par ailleurs un article à Emmanuel LECHYPRE paru dans la revue L'Expansion n° 615 du 17 février au 1er mars 2000.

JOSEPH SCHUMPETER, le théoricien des cycles de " destruction créatrice " du capitalisme, et FRIEDRICH VON HAYEK, père , spirituel des politiques ultra-libérales menées par Reagan et Thatcher, deux économistes autrichiens, ont inventé le concept de la Nouvelle économie.

Successeurs des Autrichiens du XIXème siècle, Carl MENGER, von WIESER et von MISES, ces deux économistes ont perpétué " l'école autrichienne " et on peut, à travers leurs écrits, trouver des explications théoriques à la révolution actuelle : rôle des entrepreneurs, de la technologie, de la flexibilité et du rôle central du marché. C'était il y a cinquante ans, au temps où Keynes triomphait.

John Maynard Keynes et Milton Friedman resteront sans doute les deux économistes les plus célèbres du XXème siècle. Le premier a inspiré les politiques de relance de la croissance économique par la dépense publique qui ont eu leur heure de gloire après la Seconde Guerre mondiale. Le second, pape du monétarisme, a inspiré les politiques de lutte contre la flambée d'inflation des années 70, surtout dans les pays anglo-saxons. Mais, si puissants soient-ils, ces deux phares de la pensée économique sont d'un maigre secours pour éclairer la nouvelle économie, ce mélange de mondialisation, de déréglementation et d'innovations technologiques, dont on pressent qu'il va, à partir des États-Unis, chambouler le fonctionnement de l'économie mondiale.

Une confiance totale dans le marché

Cette nouvelle économie, pourtant, est moins mystérieuse qu'elle n'en a l'air. Pour la décoder, il faut chausser les lunettes des économistes de l'école dite " autrichienne ". Ils sont les pères de cette nouvelle économie. Ce courant de pensée est né dans la seconde moitié du XIXème siècle à Vienne. Il puise ses racines dans les idées libérales et individualistes qui bouillonnent alors en Europe. L'école autrichienne affirme la primauté de l'individu sur la société, souligne le rôle crucial de l'entrepreneur et affiche une confiance totale dans le marché pour réguler l'économie, une tâche jugée trop complexe; pour l'État Libéralisme et innovation : les bases de la nouvelle économie sont jetées.

" L'Autrichien " le plus éminent du XXème siècle, Friedrich von HAYEK, n'est autre que le père spirituel des politiques libérales menées au début des années 80 par Margaret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis. Hayek, né à Vienne en 1899, n'est pourtant ressorti de l'ombre qu'au milieu des années 70, remis au goût du jour par l'Académie suédoise des Sciences, qui lui décerne son prix Nobel d'économie en 1974. Il sort alors d'un oubli d'un quart de siècle, après avoir été, entre les deux guerres, le rival le plus valeureux de John Maynard Keynes avant que celui-ci ne l'éclipse.

Quand Hayek refait surface, l'Occident vient de subir le premier choc pétrolier. L'inflation s'emballe et les déficits publics dérapent. Hayek recommande alors, comme les monétaristes, de la rigueur pour juguler l'inflation. Mais ce n'est pas tout. Selon lui, les gouvernements ont instauré des législations et des politiques qui rendent instable et pénalisent l'environnement de l'entreprise. Hayek demande de diminuer les impôts et leur progressivité, de déréglementer pour rendre aux marchés leur flexibilité — " quand une loi n'est pas nécessaire, il est nécessaire de ne pas la faire " -, de privatiser pour alléger le poids des charges publiques et généraliser la concurrence. " Si Ronald Reagan et Margaret Thatcher n'avaient pas suivi cette voie, jamais n'aurait pu émerger la multitude de petits entrepreneurs à l'origine de la révolution des technologies de l'information ", souligne Robert Mundell, le Prix Nobel d'économie 1999.

Une révolution comme il s'en produit tous les soixante ans, selon des mécanismes que personne n'a mieux décrits que Joseph Schumpeter, le vulgarisateur génial des idées autrichiennes. Lui aussi autrichien de nationalité, il naît dans la petite ville de Trest en Moravie en 1883, la même année que John Maynard Keynes. Celle qui voit aussi s'éteindre Karl Marx, dont l'œuvre lui apparaîtra plus tard comme " une des grandes créais de l'intelligence humaine ".

Les imitateurs diffusent l'innovation

Son analyse du fonctionnement du capitalisme est pour le moins originale. Pour lui, l'impulsion fondamentale à la croissance économique est donnée par l'apparition des nouveaux produits de consommation, des nouvelles méthodes de production et de transport, des nouveaux marchés, des nouveaux types d'organisation industrielle, autant d'éléments créés par l'initiative capitaliste: Une fois qu'une innovation est introduite avec succès par des entrepreneurs novateurs, ceux-ci sont suivis d'une vague d'imitateurs qui diffusent l'innovation à travers toute l'économie. Ces innovations arrivent par grappes, et marquent le début d'un cycle d'une soixantaine d'années (dit de Kondratiev, du nom d'un économiste russe du début du siècle), avant qu'une nouvelle grappe apparaisse. Ainsi, le cycle des technologies de l'information ne fait sans doute que commencer. C'est le fameux processus de " destruction créatrice " , que Schumpeter considère comme la donnée fondamentale du capitalisme, et qui aujourd'hui s'accélère avec la durée de vie de plus en plus courte des ordinateurs. Un processus " qui révolutionne incessamment de l'intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments anciens, et en créant continuellement des éléments neufs ", écrit-il en 1942 dans Capitalisme, socialisme et démocratie, son ouvrage majeur.

Comment ces maîtres de l'école autrichienne voyaient-ils l'avenir ? Dès 1942, Schumpeter s'inquiète pour le capitalisme et redoute l'émergence d'unités industrielles géantes parfaitement bureaucratisées, n'éliminant pas seulement les petites et moyennes entreprises, mais aussi, au bout du compte, l'entrepreneur. Un pronostic à méditer à l'ère des mégafusions. Friedrich von Hayek, lui, proposait dès 1976 d'enlever aux banques centrales le monopole d'émission de la monnaie, de mettre en concurrence les moyens de paiement et de rendre aux banques privées la responsabilité des crédits qu'elles accordent. Un concept rattrapé par le probable développement de la monnaie électronique qui risque de court-circuiter les banques centrales.

Ainsi, à l'aube du XXème siècle, le libéralisme redevient le courant de pensée dominant qu'il était. L'interventionnisme keynésien et la contestation marxiste ne lui auront disputé sa suprématie guère plus d'un demi-siècle. Mais le jeu des forces du marché à nouveau libérées débouchera inévitablement sur des excès qui appelleront de nouvelles formes de régulation. Comme l'activité, la pensée économique, elle aussi, a ses cycles.

LES CYCLES KONDRATIEV. Selon Nikolaï Kondratiev, économiste russe du début du siècle, les innovations changent l'économie et ouvrent des cycles de hausse et de baisse d'environ soixante ans.

 

1789 à 1814 : cycle à la hausse

Les industries du textile et du charbon se développent d'abord au Royaume-Uni, puissant rival de l'empire napoléonien, puis en Europe

 

1814 à 1849 : cycle à la baisse

 
 

1849 à 1873 : cycle à la hausse

Le chemin de fer, grâce à la sidérurgie, se répand en Europe depuis l'Allemagne. Et inaugure une nouvelle ère

 

1873 à 1896 : cycle à la baisse

 
 

1896 à 1920 : cycle à la hausse

La fée électricité et l'automobile, venues des États-Unis lancent la révolution industrielle

 

1920 à 1945 : cycle baissier

 
 

1945 à 1974 : cycle haussier

Pétrole, chimie et aéronautique bouleversent l'économie. Nouveau maître du jeu jusqu'au Krach pétrolier : les États-Unis

 

1974 à 1996 : cycle baissier

 
 

1997 à 2025 : cycle haussier ?

Venues des États-Unis, la révolution informatique et les biotechnologies provoquent une nouvelle rupture technologique. Le nouveau cycle est lancé.

 

2.— La " Nouvelle Économie " bien que réelle, repose sur une dangereuse bulle financière

Pour cela, nous utiliserons un article de Laurent Mauduit paru dans Le Monde daté du 2 mars 2000

Nouvelle économie ou nouvelle spéculation ?

SE SOUVIENT-ON de la folie spéculative qui a secoué la Grande-Bretagne au milieu du XIXe siècle ? On objectera qu'à l'heure de la " nouvelle économie ", cette plongée dans le passé lointain du capitalisme naissant ne présente guère d'intérêt. À quoi bon exhumer de si vieilles histoires, où il est question de construction de lignes de chemins de fer, alors que l'économie moderne connaît une autre révolution technologique, sans aucun rapport, celle d'Internet et du multimédia ? Pourtant, la question a plus d'intérêt qu'il n'y paraît, car elle invite à manier avec prudence une idée en vogue selon laquelle la " Net-économie " serait le gage d'un regain de dynamisme et donc d'une nouvelle croissance, plus durable.

L'histoire se déroule dans les années 1844-1846. La Grande-Bretagne est alors prise par une folie, celle de la " railway mania ". Comme quiconque veut construire une ligne de chemin de fer peut le faire, pour peu que le projet soit accepté par le Parlement, tout monde veut en être. Les projets fleurissent innombrables: pas moins de 1 200 en quelques mois. À la Bourse, c'est donc la ruée : les investisseurs affluent, les titres de sociétés flambent. Et il se trouve d'innombrables commentateurs pour pronostiquer, grâce à ces chemins de fer, un " nouvel âge " - ce n'est pas la " nouvelle économie ", mais c'est tout comme... -   où le monde entier sera devenu une grande famille, parlant la même langue, respectant les mêmes lois et adorant le même dieu ", comme l'écrit un chroniqueur de l'époque. Plus qu'un changement économique presque un changement de civilisation...

Et puis, soudainement, après la fête, la gueule de bois: la bulle spéculative se dégonfle brutalement, entraînant la Grande-Bretagne, en 1848, dans une grave crise économique, dont ne survivent , au terme d'un vaste mouvement de concentration, qu'une vingtaine de sociétés.

Une bien vieille histoire, donc, mais à laquelle le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet ne répugne pas parfois de faire référence, et qui apporte quelques repères dans les débats actuels.

Car qu'entend-on désormais ? S'il faut en croire les zélateurs de la " nouvelle économie ", ce que l'on vit actuellement, est beaucoup plus qu'un bouleversement technologique. Au travers de la montée en puissance de ce secteur de pointe, lié à la téléphonie mobile, au Net et au multimédia, c'est tout un monde qui émerge. Un monde qui induit des chocs innombrables, économiques mais aussi sociaux.

On comprend donc bien la logique du raisonnement: les catégories économiques anciennes seraient impropres à saisir le sens des évolutions en cours. Un seul exemple : les évolutions boursières. Suivant les réflexes anciens, on pourrait ainsi être enclin à penser que l'envolée des cours dont profitent, à Wall Street, mais tout autant à Parts, les sociétés qui investissent dans ce domaine participe de la création d'une bulle spéculative. Une bulle qui connaîtra logiquement le sort de toutes les précédentes : elle se dégonflera, totalement ou non. En quelque sorte, comme en 1987, l'économie se vengera de la finance. Et les entreprises concernées retrouveront des cours beaucoup plus proches de ce qu'elles valent effectivement. Or, entend-on parfois, avec la " nouvelle économie ", ce raisonnement classique a perdu de sa pertinence.

Si la Bourse s'envole à ce point, c'est d'abord parce que les investisseurs font un pari mûrement réfléchi sur des secteurs prometteurs, qui dégageront, à terme, de très forts rendements. En toute logique, ils opèrent donc leurs arbitrages en fonction de critères nouveaux: ce n'est plus le ratio classique du PER (price earning ratio, bénéfice rapporté au cours de l'action) qui leur sert de point de repère, mais des ratios nouveaux, comme celui, dans le cas de la téléphonie mobile, du nombre d'abonnés potentiels rapporté au cours coté de la société.

LA THÉORIE DES CYCLES LONGS

La thèse va encore au-delà. Spéculant sur le dynamisme nouveau dont l'économie tout entière va profiter, grâce à ces nouvelles technologies, on entend aussi souvent dire que la France entre dans une période nouvelle, à l'instar des États-Unis, qui entrent dans leur neuvième année consécutive de croissance sans inflation. En quelque sorte, après les " trente glorieuses ", puis les " vingt piteuses ", voici venir une nouvelle phase d'expansion... Dominique Strauss-Kahn a souvent, l'an passé, fait entendre cette petite musique. Mais il est loin d'être le seul.

Comme s'il s'était converti subrepticement à la théorie ancienne des cycles longs en économie, popularisée en d'autres temps par le Russe Nikolaï Dimitrievitch Kondratiev, Jacques Chirac lui-même, a versé dans ce type de prophétie, annonçant qu'il croyait " à une croissance qui reprendra et qui sera durable, en tout cas pour un cycle de vingt ou trente ans " (Le Monde 24 février 1996). Lors d'un récent " Grand jury RTL-Le Monde-LCI ", le 9 janvier 2000, Raymond Barre, de son côté, annonçait pour l'Europe " une période de croissance satisfaisante " en défendant cet argument : " Et tout cela tient au fait qu'il y a des technologies nouvelles, qu'il y a les technologies de l'information qui sont d l'origine d'innovations gui touchent non seulement toute l'économie mais toute la société( ...), et qui sont à (origine d'un accroissement massif de la productivvité. " Bref, l'engouement fait tache d'huile, et de plus en plus d'experts ou de responsables politiques annoncent que l'on a peut-être enfin trouvé une équation magique : qui dit nouvelle économie dit nouvelle croissance...

On aimerait le croire. Et pourtant, c'est ici que le passé — en l'occurrence celui des chemins de fer britanniques - fait son office de rappel: même dans les périodes de mutations technologiques, même quand la croissance est relancée, il arrive toujours que l'économie réelle puisse se venger. Surtout que " l'exubérance irrationnelle des marchés " (Alan Greenspan, président de la Fed) confine à la folie et pousse les cours boursiers à des sommets dangereux.

Longtemps, on a pu penser, en effet, que seule la Bourse américaine faisait peser sur l'économie mondiale un aléa formidable, à cause des risques potentiels de krach. Même si l'effet de richesse éventuel n'est évidemment pas comparable, force est pourtant de constater que l'Europe a été contaminée par le même virus. Dans les grandes manœuvres innombrables auxquelles donne lieu la " Netéconomie ", il y a des chiffres qui donnent le tournis : les quelques 1 200 milliards de francs (180 MD€), par exemple, que le britannique Vodafone est disposé à mettre sur la table pour acquérir l'allemand Mannesmann (soit 75 % des recettes de l'État français) ; les quelque 12 % de hausse dont a bénéficié le titre Suez-Lyonnaise le jour où cette société a annoncé, au début de cette année, qu'elle nourrissait l'intention d'investir dans les boucles locales radios et la téléphonie mobile de troisième génération. Que dire de la hausse de 25 % de France Télécom le jeudi 2 mars 2000 après que cette entreprise eut annoncé la mise sur le marché boursier de Wanadoo, soit un gain de 295 milliards de francs dans une journée ?

Cette euphorie n'est-elle pas excessive ? Et, surtout, n'y a-t-il pas quelque impudence à accréditer l'idée que la " nouvelle économie " peut déroger aux lois économiques ordinaires et que son émergence sonne l'entrée de l'Europe dans une nouvelle phase d'expansion, sans crise ? Dans Enjeux-Les Échos (février 2000), l'historien de l'économie Jacques Marseille évoque la spéculation sur les chemins de fer, qui toucha aussi Paris, et cite la réaction de Lamartine après fa première grande catastrophe ferroviaire française, qui survint le 8 mai 1842 à Meudon : " La civilisation est un champ de bataille où beaucoup succombent pour la conquête de tous. Plaignons-les, plaignons-nous et marchons ! "

CONCLUSION

Cependant, on trouve dans les explications de la crise que donne HAYEK aussi des raisons de penser que le boom actuel pourrait s'inverser.

Voir mon papier sur le libéralisme.